Education: ambitions à la hausse

Quantité, qualité, équité et ambition sont les quatre grands défis à relever par les pays de l’OCDE en matière d’éducation aujourd’hui Voici pourquoi.

©André Faber

Toutes les huit secondes, un élève dans la zone OCDE sort du système scolaire sans avoir obtenu un diplôme du 2ème cycle. Ce qui augure mal de son avenir : en moyenne, 26 % des adultes sans diplôme de ce niveau ont une rémunération au moins 50 % inférieure aux revenus du travail médians à l’échelle nationale.
Les systèmes éducatifs des pays de l’OCDE vont devoir considérablement progresser pour répondre aux besoins des sociétés modernes. Pour cela, les étudiants, les parents et les enseignants doivent se fixer des objectifs plus ambitieux. Les systèmes d’éducation doivent être assouplis, moins tributaires du milieu social, plus ouverts à l’évaluation internationale des performances, et les procédures de financement doivent être remaniées, selon les études et les indicateurs sur l’éducation de l’OCDE contenus dans la dernière édition de Regards sur l’éducation.La technologie a joué un rôle de premier plan dans le développement économique et social au cours des dernières décennies. Elle a transformé la production industrielle et a conduit à des améliorations organisationnelles grâce à Internet. Toutefois, l’essor de la technologie dépend également de la progression des acquis : une population active très instruite est un préalable nécessaire pour que les nouvelles technologies soient adoptées dans l’ensemble de l’économie.Par exemple, la réussite économique des États-Unis aujourd’hui découle, du moins en partie, de l’avantage qu’ils ont retiré d’avoir été les premiers à se doter d’un capital humain dont le niveau de base était élevé. Les indicateurs de l’OCDE montrent également que de nombreux pays avaient rattrapé les États-Unis dans les années 80 et les ont finalement dépassés. Ces dernières années, des pays comme la Chine, l’Inde ou la Corée ont également élargi leur offre de personnels hautement qualifiés.En Europe, le nombre de personnes ayant un diplôme universitaire évolue différemment selon les pays. En France, en Italie et au Royaume-Uni, ce nombre n’a pas bougé ; il a diminué en Allemagne.Dans ce contexte, l’Europe comme les ÉtatsUnis sont de plus en plus dépassés dans le domaine éducatif par les pays de l’Asie de l’Est. En partie de ce fait, les membres de l’OCDE ne sont plus concurrencés par des pays émergents offrant de la main-d’œuvre peu qualifiée à bas coût. Aujourd’hui, la Chine ou l’Inde commencent à fournir du personnel hautement qualifié à un coût limité et à un rythme croissant. Le principal défi réside peut-être dans la concurrence pour obtenir du personnel très qualifié.Dans le passé, des économies comme la Chine ou l’Inde étaient incapables d’offrir des emplois adéquats à leur propre élite, et beaucoup de hauts diplômés quittaient leur pays pour aller travailler aux États-Unis et en Europe. Ce schéma change rapidement, avec la technologie, et les pays autrefois exportateurs de talents offrent désormais du travail hautement qualifié chez eux. Les pays de l’OCDE ne peuvent ignorer les pressions qui résultent de ces évolutions à moins d’être prêts à subir une grave détérioration de leur bien-être économique.Les pays de l’OCDE doivent relever de vastes défis dans leurs efforts d’amélioration de leurs structures et de leurs systèmes éducatifs. Ces défis concernent la quantité, la qualité, l’équité et l’ambition en matière d’éducation.L’exemple de la Corée montre qu’il est possible de relever le défi de la quantité. Il y a tout juste deux générations, ce pays avait le niveau de vie actuel de l’Afghanistan et ses performances éducatives figuraient parmi les plus faibles des pays de l’OCDE. Aujourd’hui, 97 % de tous les Coréens de 25 à 34 ans ont achevé le deuxième cycle du secondaire, taux qui place la Corée en tête dans la zone OCDE.De nombreux facteurs ont aidé la Corée à progresser plus vite que d’autres pays. Notamment, la société et les professionnels de l’éducation en Corée n’ont jamais accepté les cloisonnements systémiques et structurels qui ont entravé les processus d’apprentissage et renforcé les iniquités dans beaucoup d’autres pays. Lorsque la demande de formation a commencé à dépasser l’offre, les élèves et étudiants n’ont pas été renvoyés chez eux. Les établissements ont plutôt augmenté l’effectif de leurs classes et leurs heures d’ouverture, et les parents ont complété le service public en investissant largement dans la formation de leurs enfants.Dans le même temps, le Programme international de l’OCDE pour l’évaluation des acquis des élèves (PISA) permet désormais de comparer directement et à intervalles réguliers la qualité des résultats éducatifs dans les principaux pays industrialisés. La toute dernière évaluation du PISA (2003) était ciblée sur la capacité des élèves à analyser, raisonner et communiquer efficacement. L’enquête a révélé que les performances des jeunes de 15 ans aux États-Unis et dans la plupart des grandes économies européennes se situaient seulement aux alentours ou en dessous de la moyenne de l’OCDE. À l’inverse, les systèmes éducatifs des six pays de l’Asie de l’Est qui ont pris part à l’évaluation 2003 du PISA figurent parmi les dix meilleurs. Les indicateurs mettent aussi en évidence dans de nombreux pays de l’OCDE la nécessité de davantage d’ambition concernant les résultats et les aspirations. À l’inverse, en Corée, au Japon ou à Hong Kong (Chine), les élèves, les parents et les enseignants, quel que soit leur milieu économique, investissent temps et ressources afin de parvenir aux meilleurs résultats possibles. Une enquête récente évaluant le temps total consacré à l’acquisition de connaissances montre qu’en Chine, les élèves de 15 ans ont passé en moyenne près de 3 000 heures à apprendre en 2002 – à l’école, sous forme de cours supplémentaires de soutien ou en préparant leurs devoirs à la maison – soit près de deux fois plus que leurs pairs des pays de l’OCDE.Le PISA a également interrogé les élèves de 15 ans sur leurs propres attentes concernant leurs études futures. Les résultats montrent que les élèves de 15 ans dans tous les pays d’Asie pour lesquels on dispose de données ont de très grandes aspirations puisque environ 60 à 70 % d’entre eux s’attendent à atteindre un niveau de formation tertiaire au Japon, à Hong Kong (Chine), à Macao (Chine), et en Thaïlande. En Corée, cette proportion atteint même 95 %. La situation est très différente en Europe, où les élèves révèlent un faible degré d’aspiration à faire des études tertiaires, la moitié d’entre eux seulement pensant obtenir un diplôme à ce niveau d’enseignement au cours de leur vie.De nombreux systèmes éducatifs prétendent garantir l’équité des chances de formation. Or, selon l’enquête du PISA, le rôle du milieu social dans la détermination des performances des élèves est encore plus marqué en Allemagne, en France et en Italie qu’aux États-Unis. En Europe comme aux États-Unis, les inégalités socioéconomiques sont plus importantes que dans n’importe quel pays d’Asie pour lequel des données comparables sont disponibles. Les résultats montrent que les élèves issus de milieux socioéconomiques difficiles ne bénéficient pas des mêmes chances de formation que les enfants des familles des classes moyennes et supérieures.À l’inverse, la Finlande et le Canada, ainsi que cinq des six pays de l’Asie de l’Est et du Sud-est pour lesquels des données ont été recueillies dans le cadre du PISA, figurent parmi les pays dont le milieu social a l’incidence la plus faible sur la réussite des élèves. Les données montrent aussi que la variation globale des résultats des élèves, les écarts de résultats d’un établissement à l’autre et la concentration des résultats scolaires en fonction du milieu social sont en général plus marqués dans les pays qui pratiquent une stratification rigide dès un jeune âge entre les types de programmes et d’écoles que dans les systèmes où les programmes d’enseignement ne diffèrent guère d’un établissement à l’autre.Cependant, la nature extrêmement compétitive des systèmes éducatifs des pays de l’Asie de l’Est conjuguée aux attentes excessivement élevées des enseignants font peser une pression considérable sur les élèves, qui se disent en général très angoissés : tous les pays de cette région qui ont pris part à l’enquête 2003 du PISA ont signalé que les élèves témoignaient pendant les épreuves de mathématiques d’un degré de désarroi et de détresse émotionnelle bien supérieur au niveau moyen observé dans les pays de l’OCDE. L’éducation porte certes sur le savoir et les compétences, mais elle doit aussi transmettre aux étudiants l’amour de l’apprentissage, particulièrement dans un monde où, de plus en plus, c’est tout au long de la vie qu’il faut apprendre.Cet article reprend l’éditorial de Regards sur l’éducation : Les indicateurs de l’OCDE (édition 2006).Ce rapport de 450 pages comprend des données et des analyses sur les performances, les résultats, les questions financières, l’accès et l’environnement d’apprentissage. Il est disponible sur www.ocdelibrairie.org. ISBN 9264025332 ©L’Observateur de l’OCDE  n°257, octobre 2006


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