Le pétrole contre vents et marées

La lutte contre le réchauffement climatique suppose la réduction de la dépendance à l’égard du pétrole. Or, les approvisionnements, s’ils ne sont pas sûrs, sont encore très abondants. La place du pétrole dans le bouquet énergétique garde donc son sens.

Source: AIE

Il existe une vaste région inexplorée qui renferme, selon les estimations, 30 % des réserves pétrolières de la planète. Pourtant, seulement 2 % des forages d’exploration mondiaux y sont menés. Cette région n’est ni l’Antarctique, ni sous le Pacifique : c’est le Moyen-Orient.Curieusement, le plus grand réservoir pétrolier du monde est sous-exploité. Depuis 40 ans, le nombre de puits d’exploration forés au Moyen-Orient est en chute libre, et l’activité d’exploration y est aujourd’hui quasiment inexistante. Ce déclin a plusieurs raisons, des conflits régionaux et de deux décennies de bas prix à l’envolée du coût des équipements. La situation est la même partout ailleurs, avec la contrainte supplémentaire des sévères mesures environnementales pesant sur l’exploration et le forage. Actuellement, une société louant un appareil de forage en mer du Nord peut s’attendre à payer 100 % de plus qu’il y a quelques années, et jusqu’à 400 % de plus dans le golfe du Mexique. Cette inflation découle surtout de la flambée de la demande, venant principalement des économies en expansion rapide. Pendant combien de temps ces besoins peuvent-ils être satisfaits ?L’Oil & Gas Journal estime les réserves mondiales connues de pétrole à environ 1 293 milliards de barils, rehaussant ainsi les estimations antérieures de quelque 14,8 millions de barils. Mais les prix à la production et à la consommation restent élevés. En 2005, un baril de brut coûtait en moyenne environ 50 dollars, soit près de quatre fois le prix nominal de 1998. La hausse est due en partie aux transports, puisque le pétrole est principalement consommé dans ce secteur. La consommation primaire mondiale de pétrole représente environ 35 % de la consommation totale d’énergie primaire, et cette part n’affichera qu’un léger recul la ramenant à 33 % à l’horizon 2030, selon la publication World Energy Outlook 2006. Le pétrole est actuellement responsable de 39 % des émissions mondiales de CO2 – dont un cinquième est imputable au secteur des transports. Compte tenu en outre des incertitudes géopolitiques, il n’est pas surprenant que les gouvernements se tournent vers les biocarburants comme filière d’avenir pour mettre en place un portefeuille énergétique fiable.L’US Geological Survey estime le volume des ressources conventionnelles non découvertes à près de 2 300 milliards de barils, soit environ le double du volume déjà produit (1 080 milliards). Et il s’agit de ressources récupérables dans de bonnes conditions économiques. La difficulté est de les extraire du sol. Les trois quarts de l’investissement total du secteur se font « en amont », c’est-à-dire pour la production, et sont consacrés à l’exploitation pour 90 % et à l’exploration pour 10 % seulement. De nouvelles technologies seraient utiles, mais l’industrie est prudente, car les entreprises préfèrent, c’est compréhensible, se servir de méthodes éprouvées lorsqu’elles s’attellent à de nouveaux projets onéreux. Le scénario de référence du World Energy Outlook (WEO) 2006 prévoit qu’il faudrait investir environ 164 milliards de dollars par an entre 2005 et 2030, principalement dans la production, pour assurer le maintien de la capacité actuelle.Source: AIEClick here for bigger graphMême si elles investissent massivement dans l’exploration, les compagnies internationales devront affronter de nouveaux obstacles. Les bassins restant à explorer autour du Groenland, dans l’Arctique russe et dans la mer Caspienne sont prometteurs pour l’investissement à grande échelle, mais leur éloignement, la rudesse de leur climat et le manque d’infrastructures signifie que l’investissement sera lourd. Au Moyen-Orient, l’exploration est insuffisante en Irak, mais les risques de sécurité y sont pour le moment dissuasifs. Enfin, comme le signale WEO 2006, les investissements dans les secteurs pétrolier et gazier ont spectaculairement augmenté depuis quelques années, à cause de la hausse des coûts des matériaux, des équipements et de la main-d’œuvre. Les craintes pour la sécurité énergétique et les soupçons du public à l’égard des entreprises énergétiques multinationales engrangeant des bénéfices énormes grâce à la flambée des prix ont renforcé l’intérêt pour les nationalisations. Certains pays restreignent l’investissement étranger, tandis que d’autres, y compris dans l’OCDE, l’interdisent complètement. Le Venezuela, la Bolivie et la Russie ont remis leurs réserves dans les mains de l’Etat. Le prix élevé du pétrole n’a pas, jusqu’ici, affaibli l’économie mondiale, ce qui peut être interprété comme un signe de bonne santé, le marché actuel étant robuste et résistant à des chocs pétroliers comparables à ceux des années 70 et du début des années 90. Cependant, le maintien des subventions, notamment dans les pays en développement, protège les consommateurs de la réalité des prix. Ceci encourage le gaspillage. De plus, les subventions absorbent des crédits publics qui pourraient être consacrés à la recherche sur les énergies alternatives ou à des initiatives énergétiques dans les pays pauvres.Les plus ardents défenseurs de la diversification des sources d’énergie se trouvent parmi les pays tributaires des importations. Si les pays de l’OCDE adoptaient les politiques énergétiques alternatives proposées dans WEO 2006 pour réduire la dépendance à l’égard des importations et les émissions de gaz à effet de serre, ils pourraient économiser jusqu’à 900 milliards de dollars d’importations pétrolières d’ici à 2030, soit environ le PIB du Canada.Le pétrole demeure une source d’énergie remarquable, caractérisée par une densité et un rendement énergétiques très élevés. Sa consommation relative devra certes diminuer si nous voulons réduire les émissions de carbone, mais il est économiquement rationnel qu’il continue à faire partie du bouquet énergétique pendant plusieurs années encore. Pour cela, il faudra intensifier l’activité de forage de puits d’exploration.  ReferencesPour plus d'informations sur les prévisions concernant le pétrole à l'AIE, contacter olivier.rech@iea.org et david.fyfe@iea.org ©L’Observateur de l’OCDE, n°258/259, décembre 2006


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