Énergie : un nouveau souffle

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Source : AIE

Le réchauffement planétaire, l’épuisement des combustibles fossiles et les risques géopolitiques rendent inévitable le passage aux énergies renouvelables. Le défi présente des incertitudes considérables, mais l’inaction serait pire. Une stratégie énergétique alternative réaliste est possible.

Existe-t-il une solution miracle pour relever les défis énergétiques actuels ? Au risque de démoraliser ceux qui se réjouissaient d’avoir trouvé la solution avec les fermes éoliennes et les panneaux solaires, la réponse est non. Les technologies des énergies renouvelables, en l’état, ne sont pas en mesure de répondre aux besoins énergétiques de demain. Il en va de même pour l’énergie nucléaire, car il n’existe pas suffisamment de combustible fissile disponible, même pour assurer la totalité de la production d’électricité actuelle. Les défenseurs de l’environnement doivent savoir que, même dans le plus optimiste des scénarios, la majeure partie de nos besoins en énergie continuera à être couverte par des combustibles fossiles pendant un certain temps.
Malgré ce panorama sommaire, il existe de bonnes nouvelles. Nous pouvons changer et, en fait, nous le devons. Il faudra du temps, des efforts et des moyens, mais de nouvelles stratégies pour utiliser l’énergie de manière plus propre, plus sûre et plus économique sont possibles.Pour l’heure, nous faisons exactement le contraire. Nos habitudes en matière de consommation d’énergie ne sont pas durables : nous polluons, nous gaspillons les ressources, avec des conséquences désastreuses, voire irréversibles, pour l’environnement. C’est la conclusion sévère de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans l’édition 2006 du World Energy Outlook, parue en novembre. D’après Fatih Birol, économiste en chef de l’AIE, « selon l’évolution actuelle, la situation énergétique mondiale restera vulnérable, polluante et coûteuse ».Autrement dit, les pouvoirs publics ne peuvent se permettre de poursuivre les mêmes politiques, ils doivent établir des stratégies pour une énergie propre, intelligente et concurrentielle. Ces stratégies doivent s’attaquer à trois problèmes : l’augmentation de la demande d’énergie, la sécurité des approvisionnements et les émissions de CO2, l’une des causes du réchauffement climatique.Le rapport de l’AIE présente deux scénarios, s’inscrivant dans la période 2004-2030 : un scénario de référence, fondé sur l’évolution probable des tendances énergétiques actuelles, et un scénario alternatif qui décrit les résultats de l’adoption des mesures actuellement envisagées pour constituer un « bouquet énergétique ».La demande mondiale d’énergie primaire – soit l’énergie sous sa forme initiale, avant transformation – devrait, selon les prévisions, croître de plus de moitié d’ici à 2030, et plus de 70 % de cette demande émaneront de pays en développement, dont 30 % de la Chine à elle seule. Les combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz) continueront d’en représenter la majeure partie, et ce pour une bonne raison : ce sont des sources d’énergie extrêmement denses. Pour une densité de puissance de 1 Watt/m2 dans le cas de la biomasse ou de 10 W/m2 pour l’énergie éolienne, l’équivalence est de 100 à 1 000 W/m2 pour les combustibles fossiles. De plus, de nombreux pays en possèdent de vastes réserves.La présence de réserves de combustibles sur le territoire national dissipe les craintes de perturbation des approvisionnements. Les catastrophes naturelles récentes, tels les ouragans dans le golfe du Mexique, et les événements géopolitiques comme le différend gazier entre la Russie et l’Ukraine, ou les troubles civils au Nigeria, ont contribué à faire de la sécurité énergétique une priorité.Mais pour de nombreuses personnes, les émissions de dioxyde de carbone et leur influence sur le climat représentent la principale préoccupation. La thèse, pour le moins fallacieuse, selon laquelle il s’agirait d’un phénomène naturel est maintenant généralement écartée, mais il nous est impossible de concevoir des mesures dont nous pourrions garantir l’efficacité, pour la simple raison qu’aucun précédent ne permet d’étayer nos décisions.Le récent rapport Stern commandé par le gouvernement britannique prévoit que les températures augmenteront de 2°C en moyenne d’ici à 2035 si rien n’est fait, et qu’il y a 50 % de chances que leur hausse dépasse 5°C à plus long terme, écart aussi grand que celui qui nous sépare du dernier âge glaciaire. Les répercussions sur la géographie physique et humaine seraient immenses. Les pertes de PIB atteindraient environ 5 % par an, 20 % dans le pire des cas.Nous nous orientons déjà vers une hausse de 55 % des émissions de CO2 à l’horizon 2030. Plus des trois quarts de ces émissions proviendront de pays en développement. De surcroît, pour compliquer encore les choses, le charbon revient à la mode. « Il semble que le charbon est en train de faire un grand retour », dit M. Birol, « avec notamment pour effet que les émissions de CO2 progresseront plus vite que la demande d’énergie ».Malheureusement, il est évident aujourd’hui que les objectifs d’émissions du Protocole de Kyoto ne seront probablement pas atteints. Toute action ne pourrait avoir qu’une influence marginale sur les émissions avant 2010, en raison de la volatilité des chiffres des émissions : par rapport aux années 90, leurs niveaux sont montés en flèche entre 2000 et 2004, et ceux de la Chine à elle seule ont fait plus que doubler.Nous pouvons néanmoins, en adoptant les mesures envisagées dans le scénario des politiques alternatives de l’AIE, réduire les émissions de 16 % par rapport au scénario de référence. Pour limiter les émissions à leur niveau actuel, la mise en oeuvre de toutes les mesures envisagées, couplée à une innovation technologique sans précédent, s’imposerait. En bref, il faudrait une volonté politique formidable.Il y a lieu de s’attendre à des résistances. Les gouvernements auront du mal à convaincre les entreprises de l’urgence et de la nécessité d’appliquer de nouvelles mesures, et ils devront créer des incitations s’ils veulent être suivis. Les activités de recherche et de développement étant principalement privées, les pouvoirs publics devront créer un climat propice à l’investissement.Car l’investissement devra être massif. Jusqu’à 20 000 milliards de dollars devront être mobilisés pour construire des infrastructures énergétiques, dont plus de la moitié dans les pays en développement. Cela ne sera pas une tâche facile. Toutefois, les mesures prévues dans le scénario alternatif seraient payantes : par rapport au scénario de référence, l’investissement cumulé se monterait à 560 milliards USD de moins, et les consommateurs économiseraient 8 100 milliards sur les carburants. Si les avantages économiques l’emportent sur les coûts, pourquoi cette difficulté à mettre en oeuvre les nouvelles politiques ? Rappelons qu’il n’y a pas de pénurie d’énergie. Les prix sont élevés, mais les réserves très abondantes. Les arguments qualifiant le réchauffement climatique d’inévitable et de cataclysmique n’ont pas persuadé tout le monde. Et des difficultés immenses demeurent. L’énergie renouvelable issue de fermes éoliennes ou de biocarburants requiert de grandes étendues de terres ; or, le monde sera très peuplé en 2030, et la majorité des terres arables sera utilisée pour produire des aliments.Améliorer l’efficacité énergétique est le moyen le moins coûteux et le plus rapide de répondre à la demande d’énergie, car l’investissement en infrastructures énergétiques qu’il nécessite est minime. Pourtant, le consommateur se soucie très peu du rendement énergétique quand il achète des appareils électroménagers. Et malgré le ralliement de principe à la sobriété énergétique (essentiellement motivé par les prix des carburants) des acheteurs de voitures aux États-Unis et, de plus en plus, en Europe, ceux-ci préfèrent encore les voitures plus grandes parce qu’ils les jugent plus sûres et confortables.Au fur et à mesure que l’on descend la filière du producteur jusqu’au consommateur, les décisions sont davantage prises par des individus que par des entreprises ou des organisations, c’est pourquoi il est difficile de les harmoniser. Des informations incomplètes sur les performances énergétiques, la méconnaissance des économies potentielles, ainsi que les préférences et les craintes individuelles compliquent la mise en oeuvre de nouvelles mesures. L’incertitude sur la faisabilité de certaines technologies, par exemple celles du stockage du carbone ou du traitement des déchets nucléaires, n’accroît certainement pas la confiance. Les décideurs publics travaillent, si ce n’est dans l’obscurité, au mieux dans la pénombre, et il ne peut en être autrement face à un défi d’une ampleur inégalée à ce jour.S’il n’y a pas de fumée sans feu, l’inverse est tout aussi vrai. Car nos sociétés ont besoin de toujours plus d’énergie et tous les moyens seront bons pour s’en procurer, ce qui implique plus de fumée. Notre voie n’est cependant pas durable.En l’ignorant, nous courons peut-être à la catastrophe. Heureusement, nous avons le choix.Pour construire son scénario des politiques alternatives, l’AIE a analysé plus de 1 400 politiques et mesures, toutes actuellement étudiées par divers gouvernements. Il ne s’agit pas de voeux pieux : les émissions de CO2 diminueraient de 40 % si seulement douze de ces politiques étaient adoptées.Pour M. Birol, les décisions qui seront prises dans les dix prochaines années seront cruciales pour deux raisons. D'abord, dans de nombreux pays de l'OCDE, les centrales électriques construites au lendemain de la Seconde Guerre mondiale seront mises hors service. « Le type de technologie que nous choisirons sera déterminant pour les 50 prochaines années, parce qu'une centrale dure 60 ans », affirme-t-il. La seconde raison est liée au développement : de grands pays, tels l'Inde et la Chine, sont en plein essor et multiplieront les investissements énergétiques pendant la prochaine décennie. Selon M. Birol, « si ces investissements ne tiennent pas compte du développement durable, nous devrons en supporter les conséquences pendant les 50 à 60 prochaines années, voire plus longtemps ». L.T.RéférencesAIE (2006), World Energy Outlook 2006, Paris.Contactez Fatih.Birol@iea.org


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