Des changements énergiques

Secrétaire général de l’OCDE
L’énergie est devenue l’une des premières préoccupations politiques. D’abord, le prix du pétrole demeure historiquement élevé, malgré une légère détente ces derniers mois, au détriment des producteurs et des consommateurs.
La deuxième raison tient à l’insécurité des approvisionnements pétroliers et gaziers, provoquée par des conflits et incertitudes géopolitiques.Mais notre inquiétude est surtout due au réchauffement climatique. Nous savons dorénavant que les émissions de gaz à effet de serre dues aux transports et à la production d’électricité sont en partie responsables de ce phénomène.L’énergie est au coeur de la croissance et du développement et constitue une problématique de la mondialisation par excellence. Au cours des 25 prochaines années, plus de 70 % de l’augmentation de la demande d’énergie viendra des pays en développement – dont un tiers de la Chine –, et l’activité économique des pays développés demeurera une importante source d’émissions. Imaginer de nouvelles stratégies énergétiques pour notre planète nécessitera une coopération internationale que l’OCDE devra contribuer à construire. Quelles sont les étapes à suivre ?Selon le rapport Stern présenté récemment au gouvernement britannique, le coût du changement climatique représenterait entre 5 % et 20 % du PIB mondial si rien n’est fait, contre à peine 1 % pour y remédier. Un autre rapport publié en septembre par PricewaterhouseCoopers arrive à une conclusion similaire. Dans la dernière édition du World Energy Outlook, l’Agence internationale de l’énergie, organisation soeur de l’OCDE, reconnaît également les dangers de la stratégie énergétique actuelle et envisage divers scénarios.Quels que soient les chiffres exacts, la tâche demeure la même. Pour reprendre les termes de l’AIE, la situation énergétique mondiale est aujourd’hui à la fois fragile, polluante et coûteuse. Par chance, comme le montrent les travaux de l’OCDE et de l’AIE, nous possédons les outils nécessaires pour bâtir un avenir énergétique plus intelligent, propre et économique. Ces nouvelles stratégies sont abordables, mais doivent être adoptées sans délai pour être efficaces.La recherche de solutions donne lieu à des débats enflammés sur l’industrie automobile, l’énergie nucléaire, les marchés, la fiscalité et la réglementation. Le potentiel commercial des technologies des énergies renouvelables suscite l’engouement.Écouter tous les arguments et faire la part des choses est l’une des principales missions de l’OCDE pour aider les gouvernements à décider de la voie à suivre. Notre message est simple : les énergies renouvelables ne sont pas la panacée, loin de là. Il n’est pas non plus envisageable de continuer comme si de rien n’était avec les combustibles fossiles. La solution intelligente passe par un bouquet énergétique reposant sur de meilleures technologies et, surtout, sur une efficacité accrue.La mise en place d’une nouvelle stratégie énergétique est possible puisqu’elle revient à appliquer des politiques déjà étudiées. La demande d’énergie progressant, toutes les options doivent être concernées : pétrole et gaz, séquestration du carbone, nucléaire, biomasse, éolien ou solaire. Certaines technologies devront être développées, d’autres devront gagner en efficacité.Prenons le charbon. Cette ressource abondante à forte densité d’énergie est le combustible émettant le plus de carbone. La Chine en est le premier consommateur mondial, et c’est le premier combustible employé dans la production électrique aux États-Unis et en Allemagne. Sa consommation augmentant, il sera important d’équiper les nouvelles centrales de technologies pour capter le carbone, réduire les émissions et améliorer le rendement. De fait, dans le scénario de l’AIE basé sur des politiques alternatives, 80 % des émissions de CO2 évitées le seraient grâce aux mesures promouvant une meilleure efficacité de la production et de l’utilisation d’énergie. Cela nécessite des changements que les gouvernements peuvent susciter.La politique budgétaire est un levier évident. Nous savons que la fiscalité peut discipliner la consommation d’énergie. Cependant, les produits énergétiques et les véhicules automobiles sont déjà la cible de la majorité des taxes liées à l’environnement dans la zone OCDE. Ces taxes seraient plus efficaces si certaines exonérations accordées aux secteurs énergétique et automobile étaient mieux encadrées. Quant aux subventions, elles devraient profiter à l’innovation et aux pratiques peu polluantes, et non protéger ou fausser des marchés.Les gouvernements doivent assurer aux entreprises un environnement propice à de nouveaux modèles énergétiques. Ils doivent financer les activités de recherche et développement, et encourager la concurrence sur les marchés de l’énergie. Ils peuvent montrer l’exemple, notamment en favorisant les transports en commun propres, ou le bon fonctionnement des échanges de permis d’émission de carbone.Les gouvernements peuvent aussi établir des normes dans le bâtiment et l’industrie. Ceci ouvrirait des perspectives commerciales pour les fournisseurs d’énergie et favoriserait de bonnes habitudes de la part des usagers dans l’isolation des bâtiments, le chauffage, l’éclairage et les transports.Beaucoup d’initiatives auront une portée nationale ou locale, mais un impact mondial. Et, alors que nous recherchons des remèdes aux conséquences de notre soif d’énergie, n’oublions pas que 1,6 milliard de personnes sont privées d’électricité. Chaque année, plus d’un million de personnes, principalement des femmes et des enfants, meurent suite à une exposition aux fumées dégagées par des fourneaux inadéquats. Nous devons faire davantage pour répandre les systèmes énergétiques modernes et sauver des vies.Avons-nous la volonté politique pour changer ? La détermination affichée par les ministres des pays de l’OCDE chargés de l’énergie que nous avons consultés pour ce numéro suggère que oui. Il faut maintenant passer à la vitesse supérieure. Nous jouons ici contre la montre.©L’Observateur de l’OCDE, n°258/259, décembre 2006


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