N´oublions pas le littoral !

Le débat public sur l’eau porte essentiellement sur l’eau douce. Mais la situation des zones littorales devient elle aussi de plus en plus préoccupante. De nouvelles mesures s’imposent.
Direction de l’Environnement de l’OCDE
Tout le monde connaît l’histoire du jeune Néerlandais qui a sauvé son pays en mettant son doigt dans la fuite d’une digue, en attendant les secours. Pour les Néerlandais, cette histoire s’est bien terminée, mais des millions de gens qui vivent en bord de mer à travers le monde n’ont pas eu cette chance l’an dernier.
En décembre 2004, le tsunami a tué plus de 180 000 personnes dans le Sud-est asiatique, dévastant le littoral en Indonésie, au Sri Lanka, en Thaïlande et aux Maldives. Puis, en août 2005, l’ouragan Katrina a frappé la côte sud des États-Unis, apportant avec lui une marée de tempête qui a provoqué des dommages catastrophiques sur le littoral de la Louisiane, du Mississipi et de l’Alabama, et causé l’inondation de 80 % environ de la Nouvelle-Orléans. Katrina a été l’ouragan le plus dévastateur de l’histoire des États-Unis (au moins 75 milliards de dollars de dégâts), et le plus meurtrier aussi (1 417 morts), mais d’autres de la même ampleur pourraient bien se produire à l’avenir.Il y a un grand débat sur la part de responsabilité du réchauffement climatique dans les événements météorologiques de plus en plus destructeurs que connaissent les côtes. Au-delà de cette question, les scientifiques confirment que la montée du niveau de la mer– de plus de 19 cm depuis 1870, selon une récente étude australienne – pourrait s’accélérer. Récemment, des travaux de recherche britanniques ont évoqué la menace d’un effondrement des calottes polaires, qui ferait encore monter le niveau de la mer de 5 à 6 mètres.Autrement dit, le problème de l’eau ne se limite pas à l’eau douce. Ainsi, dans le futur, les populations côtières risquent d’être davantage menacées par l’invasion de la mer et par les inondations que par la baisse des ressources aux États-Unis, au Mexique et en Australie. Surtout, les zones côtières (secteurs à moins de 100 kilomètres du littoral et moins de 100 mètres au-dessus du niveau de la mer) comptent 1,2 milliard d’habitants, soit un cinquième de la population mondiale. La densité de population moyenne est trois fois supérieure à la moyenne mondiale dans les zones côtières, et, depuis plusieurs décennies, la croissance démographique y est plus rapide qu’à l’intérieur des terres.Une telle concentration humaine dans les zones côtières soulève trois problèmes majeurs. Premièrement, comment gérer les pressions croissantes exercées sur l’environnement par les changements d’utilisation des terres, la pollution, l’aquaculture, etc., de manière à ce qu’elles ne compromettent pas le rôle de tampon naturel des zones côtières ? Deuxièmement, comment organiser l’habitat, dans ces zones, de manière à limiter le nombre d’habitants exposés à l’élévation du niveau de la mer, aux grandes tempêtes et aux autres effets prévus du changement climatique ? Enfin, comment trouver un équilibre entre les demandes de permis d’exploitation du littoral qui émanent de multiples activités économiques souvent antagonistes, telles que le transport maritime, les activités extractives, le tourisme, la pêche et l’aquaculture ?Les océans recouvrent 71% de la surface du globe. Mais, à mesure que la population humaine augmente, cette ressource qui paraissait illimitée nécessite une gestion plus responsable. Deux tiers des énergies fossiles mondiales sont transportés par bateau, et le transport maritime ne cesse d’augmenter. Le risque d’accidents et de déchargements illégaux s’intensifie en proportion. D’autre part, les bateaux de croisière accueillent chaque année de plus en plus de touristes et produisent des millions de litres d’eaux usées, ainsi que des tonnes de déchets solides. Des études de plus en plus nombreuses établissent un lien entre le rejet en mer des déchets des navires et la prolifération des algues nocives, les « zones mortes » appauvries en oxygène, la disparition des bancs de crustacés, et la destruction de la vie animale. En outre, à mesure que s’épuisent les gisements pétroliers et gaziers offshore, les rejets polluants par unité produite augmentent, ce qui fait peser un risque sur les stocks de pêche, susceptibles d’être exposés à des perturbateurs endocriniens.En résumé, c’est dans les zones côtières – aussi bien à terre qu’en mer – que les pressions environnementales associées aux tendances climatiques, démographiques et économiques s’exercent le plus fortement. Que peuvent faire les pouvoirs publics face à l’intensification du phénomène, et pour aider les habitants à s’y adapter ? Plusieurs questions délicates se posent. Par exemple, les collectivités côtières dévastées par les flots doivent-elles être reconstruites comme auparavant ? Sinon, quelles contraintes imposer ? Dans quelle mesure des investissements massifs dans la protection du littoral se justifient-ils ? Peut-on « internaliser » les coûts environnementaux du transport maritime, de la pêche, de l’aquaculture et du tourisme et les faire supporter aux pollueurs et utilisateurs ? Répondre à ces questions exige d’être aussi clair vis-à-vis des objectifs de gestion du littoral que nous le sommes, par exemple, sur les normes du travail.Il y a longtemps maintenant, en 1993, un plan d’action avait été arrêté à la Conférence mondiale sur le littoral aux Pays-Bas. Il appelait les États côtiers à définir leurs objectifs en matière de gestion du littoral et à commencer à appliquer les mesures nécessaires. Il appelait aussi à renforcer les capacités de gestion du littoral des pays en développement, dans le cadre de l’aide. Douze ans plus tard, les événements récents ont montré qu’il reste encore du chemin à parcourir.Si une conférence mondiale sur le littoral avait lieu aujourd’hui, quel serait le nouveau plan d’action ? Les techniciens pourraient réclamer de meilleurs systèmes de prédiction des tempêtes et tsunamis, et plus de circulation de l’information à travers les frontières. Les spécialistes des opérations de secours demanderaient un renforcement des capacités régionales de réaction aux catastrophes côtières. Les experts politiques appelleraient à la mise en place de nouveaux règlements et mesures économiques pour favoriser un développement plus durable des ressources et de l’habitat côtiers.Pour 24 pays membres de l’OCDE, la gestion du littoral est un enjeu direct et majeur, et les six qui sont enclavés sont également concernés, à travers l’aide et le commerce étrangers. En fait, trois d’entre eux – la Suisse, le Luxembourg et la Slovaquie – assurent même des transports maritimes. N’est-il pas temps de mobiliser collectivement nos forces et nos connaissances pour lancer un nouveau plan d’action ? Les événements récents montrent que les zones côtières se retrouvent en première ligne pour supporter les conséquences du changement climatique et de l’élévation du niveau de la mer. Ces zones sont très habitées, et accueillent de nombreuses activités économiques. En faire le constat suscitera-t-il le sentiment d’urgence nécessaire pour nous inciter à trouver des approches novatrices, à l’échelle nationale et internationale ? Le prix de l’inaction serait une destruction d’une ampleur telle que même un héros néerlandais ne saurait l’arrêter.RéférencesPour plus d’information sur la Conférence mondiale sur le littoral, voir (en anglais) : www.gdrc.org/oceans/ocn-icm1.html.Church, John et White, Neil (2006), « A 20th century acceleration in global sea-level rise », Geophysical Research Letters, Vol 33, Tasmanie. Voir (en anglais) : www.agu.org/pubs/crossref/2006/2005GL024826.shtml.Schellnhuber, Joachim, et al. (2006), Avoiding Dangerous Climate Change, Cambridge University Press, Cambridge. Voir (en anglais) : www.defra.gov.uk/environment/climatechange/ internat/dangerous-cc.htmL’Observateur de l’OCDE n° 254, mars 2006


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