Aide : à flots ?

La tendance à la baisse de l’aide à l’approvisionnement en eau et à l’assainissement s’est-elle vraiment inversée ?
Direction de la coopération pour le développement de l'OCDE

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Il y a trois ans, à la veille du troisième Forum mondial de l’eau à Kyoto, nous écrivions qu’il était possible de réaliser l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD) de réduire de moitié la population dépourvue d’accès à l’eau potable d’ici à 2015, quoique difficile, surtout dans un contexte marqué par la stabilisation voire le recul de l’aide bilatérale au développement de la part des pays de l’OCDE. La situation s’est-elle améliorée depuis ? Il y a des signes encourageants, mais pas là où ils auraient été le plus nécessaires.
Certains des obstacles à l’aide au secteur de l’eau ont déjà été soulignés lors d’un séminaire intitulé « De l’eau pour les plus pauvres », organisé pendant la Semaine mondiale de l’eau à Stockholm, en août 2004. Tout d’abord, l’approvisionnement en eau et l’assainissement n’ont pas été intégrés dans les stratégies de l’ONU de lutte contre la pauvreté et n’ont donc pas pu attirer des investissements par ce biais. Le manque de projets viables constitue un problème supplémentaire : les projets dans le domaine de l’eau sont souvent considérés comme risqués, d’où la réticence des gestionnaires de programmes au sein des organismes donneurs. Par ailleurs, le fait que l’aide soit assujettie à des réformes de la gouvernance a limité le financement de projets dans les pays qui en ont le plus besoin. À Stockholm, il est ainsi apparu que l’aide n’était pas ciblée sur les communautés pauvres où les besoins en eau étaient les plus importants, mais sur les régions qui satisfaisaient au mieux les critères des donneurs.Les derniers chiffres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE témoignent de cette situation. Certaines évolutions sont positives, avec notamment, en 2004, une hausse marquée de l’aide publique au développement (APD) affectée à l’approvisionnement en eau et à l’assainissement. Les engagements d’APD bilatérale des membres du CAD en faveur du secteur de l’eau se sont élevés à 3 milliards de dollars US cette année-là. Les engagements multilatéraux ont également augmenté pour atteindre au total 1,8 milliard. Autrement dit, la tendance à la baisse observée depuis le milieu des années 1990 s’est inversée (voir graphique).Si l’on examine de plus près les chiffres de l’aide au secteur de l’eau, on remarque que l’essentiel provient de quelques grands donneurs et bénéficie à un nombre relativement restreint de pays. Ainsi, entre 2000 et 2004, les trois quarts de l’aide bilatérale totale en faveur de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement ont été fournis par le Japon, l’Allemagne, les États-Unis, la France et les Pays-Bas (voir tableau). Plus de la moitié était destinée à l’Asie. La part de l’Afrique subsaharienne était de 15 %, ce qui ne représente qu’un accroissement modeste par rapport aux cinq années précédentes.Une lecture encore plus attentive des chiffres révèle que la hausse constatée en 2004 est largement due au programme américain de reconstruction de l’Irak. En 2003, le Japon a contracté d’importants engagements nouveaux en faveur de la Chine, du Vietnam, de l’ex-République yougoslave de Macédoine et du Kazakhstan.De plus, rien n’indique que les donneurs ont particulièrement intensifié leurs efforts dans le secteur de l’eau. En fait, la part de l’APD totale des membres du CAD consacrée à l’approvisionnement en eau et à l’assainissement a diminué : de 9 % en 1999-2000, elle est passée à 6 % en 2001-2002 et s’est maintenue à ce niveau en 2003-2004.Néanmoins, chaque goutte compte, et il faut reconnaître que les versements d’APD bilatérale des membres du CAD en faveur de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement ont légèrement augmenté, de 1,9 milliard USD en 2003 à 2,2 milliards en 2004. Cependant, plus de la moitié de ces montants a financé des projets décidés avant 2000. Les principaux bénéficiaires comptent beaucoup de pays apparaissant dans le tableau ci-contre, ainsi que l’Égypte, la Turquie et les Philippines. Dans ces pays, des grands projets d’infrastructure lancés dans la deuxième moitié des années 90 se poursuivent toujours. Depuis, ils n’ont pas fait l’objet de nouveaux engagements notables.Pour finir, insistons sur un point important pour les responsables politiques. Dans le secteur de l’eau, la majeure partie de l’aide sert à financer des infrastructures. Les projets sont d’envergure et prennent huit ans en moyenne pour arriver à terme. C’est long, surtout à neuf ans de l’échéance de l’OMD relatif à l’eau. Toute stratégie et réorientation éventuelle de l’aide vers l’approvisionnement en eau et l’assainissement afin d’atteindre les OMD doit prendre ceci en compte, et en urgence. RéférencesBenn, Julia (2003), « L’aide internationale au secteur de l’eau : une remise à flot s’impose », L’Observateur de l´OCDE n° 236, mars.Visitez www.oecd.org/cad.Note : Les statistiques du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, dont les membres représentent environ 90 % de l’aide bilatérale mondiale, sont disponibles dans la base de données des statistiques sur le développement international (www.oecd.org/cad/stats/sdienligne). Elles fournissent des données sur l’aide totale en faveur de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement par donneur. Des explications sur les méthodes statistiques et la terminologie, et des orientations pratiques pour les recherches sont disponibles dans le Guide de l’utilisateur (www.oecd.org/cad/stats/snpc/guide). Les points de vue exprimés dans ce document ne reflètent pas nécessairement ceux des membres du CAD.©L’Observateur de l’OCDE n° 254, mars 2006


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