Capital savoir

L’éducation financière devrait-elle faire partie des programmes scolaires, comme l’histoire ou les mathématiques ?
Directrice, Département d'éducation financière de Citigroup
On ne peut pas donner à quelqu’un une scie, un marteau et du bois, et s’attendre à ce qu’il soit capable de construire une maison. Il serait tout aussi déraisonnable d’attendre qu’un individu soit en mesure de gérer ses finances parce qu’il a un revenu, un prêt hypothécaire, une carte de crédit et une police d’assurance. Il faut savoir utiliser ces outils pour s’en servir avec succès.
Il est crucial pour les jeunes adultes de maîtriser des compétences simples telles qu’épargner et investir, établir un budget et emprunter avec discernement. L’école est le meilleur lieu pour enseigner ces compétences, car de nombreux parents sont mal informés sur ces questions, et ne sont pas forcément des bons exemples. Même les parents les mieux informés éprouvent souvent des difficultés à parler d’argent à leurs enfants ; cela reste un sujet tabou. Les enfants auront malgré tout besoin d’acquérir le minimum vital en la matière, et l’école est le meilleur endroit pour commencer. L’éducation financière a-t-elle été efficace jusqu’à présent ?L’acquisition des connaissances relatives à l’argent relève plus fréquemment de l’expérience que de l’enseignement formel. Alors que la maîtrise des finances personnelles fait partie des compétences nécessaires à la vie courante, au même titre que la lecture et l’écriture, elle n’est traitée comme telle que dans peu de systèmes éducatifs.Aux États-Unis, la Jump$tart Coalition for Personal Financial Literacy réalise depuis 1997 une enquête bisannuelle pour déterminer le niveau de connaissances financières des étudiants de deuxième cycle. Les résultats de 2005 viennent d’être publiés et font ressortir un niveau moyen de 52 % – ce qui correspond à un niveau « faible » sur la plupart des échelles de notation américaines. Selon cette enquête, 16 % seulement des personnes interrogées avaient suivi un cours d’éducation financière pendant leurs études secondaires. 30 % des personnes avaient suivi au moins une semaine de formation sur le sujet dans le cadre d’une autre matière, telle que l’économie ou les mathématiques. L’enquête de Jump$tart a fourni des données empiriques indiquant que trop peu de jeunes adultes bénéficient de cette éducation essentielle, et que la grande majorité d’entre eux ne sont pas financièrement préparés au « monde réel ».Selon une étude de l’OCDE dans le cadre du Projet sur l’éducation financière, peu de pays ont mené des enquêtes sur les niveaux de connaissances financières : l’Australie, les États-Unis, Hong-Kong (Chine), le Japon et le Royaume-Uni. Ces enquêtes sont différentes par la nature des questions posées, les caractéristiques des populations interrogées, et les objectifs poursuivis. Néanmoins, chacune concluait que les consommateurs manquaient d’éducation financière, et qu’ils en avaient besoin.La bonne nouvelle est que les outils nécessaires pour remédier à ce problème (programmes d’enseignement et de formation d’enseignants) sont nombreux. Ainsi, le site Internet de la Jump$tart Coalition (www.jumpstart.org) contient une base de données contenant plus de 600 supports pédagogiques de grande qualité destinés à tous les niveaux. Tout l’enjeu consiste à porter la demande au niveau de l’offre.L’un des plus grands obstacles vient de ce que ce sont des normes ou des principes directeurs qui déterminent au final le contenu des programmes scolaires dans de nombreux pays. Ainsi, aux États-Unis en 2004, seuls neuf États sur 50 incluaient des cours de finances personnelles dans une année d’enseignement obligatoire. Néanmoins, en 2005, sept États ont adopté des dispositions législatives à cet égard pour les années à venir, et des lois similaires sont en cours d’examen dans plus d’une dizaine d’États. On ne saurait trop souligner le rôle de la législation dans l’orientation de la politique éducative. Il semble que de plus en plus de législateurs et de services gouvernementaux s’attellent à la tâche. Puisque la plupart des pays définissent leur politique éducative au niveau local ou fédéral, des efforts doivent être déployés pour persuader toutes les juridictions locales de rendre l’apprentissage des finances personnelles obligatoire.Il existe cependant une exception. Au Royaume-Uni, l’enseignement des finances personnelles est prévu par les programmes scolaires nationaux. Cela tient notamment à l’action du Personal Finance Education Group (PFEG), une organisation à but non lucratif qui aide les enseignants à développer les capacités financières des jeunes. Son objectif déclaré est de veiller à ce que tous les jeunes quittant le système éducatif disposent de la confiance et des connaissances financières nécessaires pour participer pleinement à la société (voir www.pfeg.org). Le PFEG a établi un système d’évaluation qualitative permettant d’identifier les supports dont l’excellence a été reconnue par des professionnels, et d’éliminer en grande partie les tâtonnements inhérents à la sélection de ressources pédagogiques. La Fondation Citigroup a financé avec le PFEG un projet destiné à démontrer que l’éducation financière pouvait débuter dès le primaire, grâce à l’élaboration d’un manuel de gestion destiné aux enseignants et directeurs d’établissements.

La grande majorité des jeunes adultes ne sont pas financièrement préparés au « monde réel ».

L’éducation financière est efficace. Selon une étude réalisée par l’université de Stanford (« Education and Saving: The Long-term Effects of High School Financial Curriculum Mandates »), les politiques éducatives qui rendent obligatoire l’enseignement de matières liées aux processus décisionnels financiers des ménages mènent à une augmentation progressive des actifs des jeunes concernés. Les bénéfices équivalaient à une année supplémentaire de revenu net au cours de l’existence d’un individu moyen.En outre, il a été démontré que le High School Financial Planning Program de la National Endowment for Financial Education – une organisation qui promeut l’éducation financière aux États-Unis – avait une influence significative et positive sur le comportement financier des adolescents. L’étude de ce programme a montré que, trois mois après l’avoir terminé, environ 60 % des jeunes avaient modifié leurs habitudes d’épargne et économisaient de l’argent, parfois même à chaque rentrée de fonds. En outre, près de 60 % d’entre eux avaient adopté une meilleure gestion.Par ailleurs, Citigroup propose des programmes de qualité et d’efficacité reconnues, qui débutent dès le jardin d’enfants et vont juqu’à l’âge adulte. Une récente étude sur l’efficacité de ces programmes, menée sur un groupe témoin d’adultes ayant des revenus faibles ou intermédiaires, a montré qu’après ces cours, ils étaient 17 % de plus à suivre un budget ; 20 % de plus à planifier un financement ; 7 % de plus à vérifier leurs comptes ; 8 % de plus à épargner pour leur retraite ; et 6 % de plus à devenir propriétaires. Par ailleurs, une enquête menée sur des travailleurs adultes ayant suivi une éducation financière sur leur lieu de travail montrait qu’ils étaient plus nombreux à adhérer à des plans d’épargne-retraite facultatifs et que les cotisations augmentaient, en particulier pour les salariés à revenu moyen.Avec 300 000 employés dans plus de 100 pays, Citigroup s’efforce d’aider les individus à améliorer leur qualité de vie, et de permettre aux petites entreprises et institutions de participer à leur collectivité. Leur offrir les informations et les outils nécessaires pour prendre des décisions rationnelles fait partie de ce but.En 2004, Citigroup et la Fondation Citigroup se sont engagés à fournir 200 millions de dollars US sur 10 ans pour soutenir l’éducation financière dans le monde. En 2005, notre participation à l’éducation financière a été de presque 30 millions de dollars, finançant des initiatives dans 68 pays. Citigroup continuera de soutenir les collectivités dans lesquelles nous vivons et travaillons. Il s’agit du fondement de notre engagement à l’égard de la société et d’une valeur qui est profondément enracinée dans notre culture d’entreprise. C’est pourquoi l’éducation financière est, et demeurera, un axe majeur de nos efforts philanthropiques, de nos programmes à l’intention des entreprises et des activités bénévoles de nos salariés au cours des années à venir.RéférencesBernheim, et al., « Education and Saving: The Long-Term Effects of High School Financial Curriculum Mandates », Journal of Public Economics 80, 2001, disponible sur www-econ.stanford.edu/faculty/workp/swp97012.pdf.Bayer, et al., « The Effects of Financial Education in the Workplace: Evidence from a Survey of Employers », NBER Working Paper 5655, 1996.OCDE (2005), Pour une meilleure éducation financière : Enjeux et initiatives, Paris.©L’Observateur de l’OCDE, n°255, mai 2006


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