Le prix de l’éducation

Entretien avec Bill Ramell
Ministre délégué à l’Enseignement supérieur et à la Formation permanente d'Angleterre

Bill Rammell © Claudia Daut/Reuters

La question du financement est cruciale pour l’amélioration de l’enseignement supérieur. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’enseignement supérieur, tout comme le secondaire et le primaire, est considéré comme relevant de l’intérêt général ; aussi, dans la plupart des pays de l’OCDE, la gratuité était la règle, par le biais de la fiscalité. Mais avec la contraction des budgets publics et la concurrence mondiale accrue pour attirer les compétences, on envisage à nouveau les droits d’inscription comme moyen de financement supplémentaire.

Cela soulève des questions de taille, en termes d’accès, d’équité, de moyens financiers des étudiants, d’endettement, etc. Dans plusieurs pays, le débat s’échauffe.

Le Royaume-Uni compte parmi les pays qui mettent en place un système de droits d’inscription dans l’enseignement supérieur. Ce mécanisme a été introduit pour les étudiants en pré-licence à temps plein en 1998 et sera étendu en septembre 2006. Quels en sont les effets et les défis ? Bill Rammell, Ministre délégué à l’Enseignement supérieur et à la Formation permanente du Royaume-Uni, nous répond.*

Q. Pourquoi le Royaume-Uni a-t-il décidé d’imposer des droits d’inscription dans l’enseignement supérieur ?

Bill Rammell : Les droits d’inscription ne sont pas une idée neuve. Environ la moitié des étudiants– étudiants à temps partiel, en post-licence et étudiants étrangers – payent depuis toujours des droits d’inscription au « taux du marché ». Depuis 1998, les étudiants en pré-licence ont progressivement bénéficié de prêts subventionnés par l’État plutôt que de bourses. Les établissements britanniques perçoivent 3,5 milliards de livres (6,2 milliards de dollars US) par an en droits d’inscription , soit 25 % de leurs recettes. Lorsque nos réformes de 2006 seront pleinement appliquées en 2010, ces établissements devraient réaliser 1,3 milliard de livres de recettes supplémentaires par an.

Pourquoi aller plus loin ? Tout d’abord, parce que ceux qui bénéficient de l’enseignement supérieur doivent contribuer à le financer. Obtenir un diplôme permet de gagner davantage plus tard. Les diplômés en Angleterre gagnent plus de 100 000 livres de plus que ceux qui se sont arrêtés à la fin du secondaire. Ensuite, l’enseignement supérieur est un secteur d’activité mondial et, pour pouvoir affronter la concurrence, les établissements doivent diversifier leurs sources de financement. Les droits d’inscription peuvent y contribuer, mais la participation des employeurs et les dons également.

Une priorité pour le gouvernement est de s’assurer que les nouveaux mécanismes n’empêchent pas les étudiants issus de milieux traditionnellement peu représentés à l'université de poursuivre des études supérieures. C’est la raison pour laquelle nous mettons en place une nouvelle série d’aides, qui abolit les droits d’admission initiaux, remplace les prêts par des bourses pour les étudiants les plus défavorisés et impose aux établissements de consacrer une partie de leurs recettes supplémentaires à des bourses. L’important est que les étudiants ne commencent à rembourser leur prêt qu’à partir du moment où ils gagnent plus de 15 000 livres par an. Ainsi, quelqu’un qui gagnerait le salaire moyen d’un diplômé en début de carrière, c'est-à-dire 18 000 livres, rembourserait environ 5,19 livres par semaine. En somme, nous avons mis en place un contrat « donnant-donnant » : des droits d’inscription plus élevés, mais avec des aides beaucoup plus importantes pour les étudiants qui en ont besoin.

Q. Certains estiment que l’instauration de droits d’inscription s’inscrit dans une tendance visant à transformer l’enseignement supérieur en un marché mondial plutôt qu’un service public. Que pensez-vous de cela ? Les autorités peuvent-elles maintenir des systèmes d’enseignement supérieur concurrentiels tout en offrant un service largement accessible et abordable ?

En résumé, la réponse est oui. L’enseignement supérieur doit être à la fois une activité économique mondiale et un service public. Selon une analyse récente, l’ensemble du système d’enseignement supérieur au Royaume-Uni représente un marché colossal, qui apporterait à l’économie plus de 40 milliards de livres (70 milliards de dollars), dont plus de 2 milliards de livres de recettes d’exportation, et serait à l’origine de quelque 600 000 créations d’emplois. Mais cela ne signifie pas qu’il a cessé d’être aussi un service public.

S’agissant des nouveaux mécanismes de droits et d’aide aux étudiants, nous sommes convaincus qu’ils garantiront globalement l’accès et contribueront à augmenter et à diversifier les effectifs. La forte hausse du nombre d’étudiants dans le supérieur me paraît très encourageante. Les personnes qui poursuivent des études supérieures sont aujourd’hui plus nombreuses que jamais – elles sont 200 000 de plus qu’en 1997. De plus en plus de gens voient leur vie transformée par les études, réalisent pleinement leur potentiel et apportent des compétences indispensables au tissu social et économique du pays.

Q. Les financements publics représenteront-ils toujours une part importante du système payant du Royaume-Uni ?

Oui. Nous nous sommes engagés à maintenir en termes réels les bourses sur la période de dépense actuelle.

Toutefois, avant même que les nouveaux mécanismes de droits et d’aide aux étudiants ne soient introduits, il faut savoir que l’État est déjà devenu pour ainsi dire un « actionnaire minoritaire » des établissements d’enseignement supérieur. Seule la moitié environ des financements que reçoit aujourd’hui le secteur provient de financements publics de base. Un quart provient déjà de divers droits d’inscription et le quart restant est issu des travaux que mènent les établissements pour les instituts de recherche, les autorités, les institutions caritatives et d’autres employeurs.

Le fait que les établissements d’enseignement supérieur ne dépendent pas entièrement des pouvoirs publics pour leurs financements est un gage de leur réussite et de leur attrait pour les étudiants et les employeurs. Il ne faudra donc pas être surpris si les financements publics continuent de diminuer, proportionnellement au volume total des recettes que le secteur de l’enseignement supérieur est capable de générer. C’est ce qui est en train de se passer, et ce n’est pas dû uniquement aux droits d’inscription. Le succès des collaborations entre les établissements et les entreprises est tout aussi important. Toutefois, il est également vrai qu’aucun établissement d’enseignement supérieur ne pourrait se passer des financements publics, et ce pour longtemps encore.

*M. Rammell présente un séminaire sur le thème « Qui doit payer pour l’enseignement supérieur ? », lors de la réunion des ministres de l’Éducation des pays de l’OCDE à Athènes les 27 et 28 juin 2006. Voir www.oecd.org/edumin2006-fr.

© L’Observateur de l’OCDE, n° 256, juillet 2006




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