Destin européen

L’Europe face à son destin : Essor économique et politique d’un continent, de Kjell M. Torbiörn Éditeur : Economica, 2005
Directeur pour l’Europe de l’Economist Intelligence Unit
Le livre, qui relate l’évolution politique de l’Europe de 1945 à 2003, a pour point de départ une Europe qui se retrouve en ruines et totalement désorientée, alors qu’elle dominait le monde une génération plus tôt.
La seule assurance pour l’avenir était que rien ne serait plus comme avant. Nous savons maintenant – et Kjell Torbiörn n’en aurait probablement pas été surpris – que la dernière tentative d’arrimer le développement de l’Union européenne a échoué, du moins en apparence.Bien que l’UE soit le thème central de l’ouvrage, l’OTAN est aussi étudiée en détail. D’autres organisations comme le Conseil de l’Europe de Strasbourg, où M. Torbiörn occupe actuellement un poste de haut niveau*, et l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe y figurent également. L’Organisation Européenne de Coopération Économique (OECE), précurseur de l’OCDE, a joué un rôle essentiel au début : elle administrait l’aide accordée dans le cadre du plan Marshall entre 1948 et 1952, et a ainsi amorcé la renaissance économique de l’Europe après la seconde guerre mondiale. Bien que M. Torbiörn soit économiste, il s’agit d’une histoire politique dans laquelle les mutations économiques ne sont mentionnées que pour situer le contexte. L’Europe face à son destin dessine l’odyssée européenne sur fond des transformations de l’histoire mondiale : la guerre froide, depuis ses débuts en 1946 jusqu’à sa fin en 1989 ; l’effondrement de l’Union soviétique qui s’est ensuivi ; l’expansion rapide des échanges de marchandises et de capitaux ainsi que du développement d’Internet qui ont donné naissance au concept de mondialisation.Le livre est agréable à lire. Les chapitres sont très bien structurés, relativement courts et complétés par des notes intéressantes. La première moitié de l’ouvrage conduit le lecteur, rapidement mais pas superficiellement, jusqu’en 1989. La seconde moitié avance plus lentement et semble moins riche d’informations. Cela reflète peut-être l’évolution d’une UE qui s’est quelque peu égarée depuis le Traité de Maastricht et le succès majeur de l’élargissement à la plupart des anciens pays communistes.L’ouvrage de M. Torbiörn souffre peut-être d’une faiblesse (que l’un des plus grands romanciers européens, Tolstoï, aurait approuvée) : il accorde un rôle plutôt mineur aux personnalités. Par exemple, Konrad Adenauer, l’exceptionnel chancelier allemand, n’est mentionné que deux fois, en passant, dans les pages relatant l’année 1956. Et la décision d’Adenauer, contre l’avis de son puissant ministre de l’économie Ludwig Erhard, d’adhérer au projet de Communauté économique européenne plutôt qu’à la conception britannique d’une zone de libre-échange, est reléguée en note de bas de page.Une seule personnalité tient un rôle majeur dans le récit de M. Torbiörn : Mikhail Gorbachev, le dirigeant russe qui a mis fin à la guerre froide. M. Torbiörn cite des extraits de son discours prononcé devant le Conseil de l’Europe en juillet 1989, dans lequel il présente sa vision d’une nouvelle Europe. Le mur de Berlin tombait quatre mois plus tard. J’admets que Gorbachev était la personnalité à retenir, même si son pays n’essaie plus aujourd’hui de faire partie de l’Europe, même dans le sens le plus large des valeurs communes.Jean Monnet n’est que très peu mentionné dans le livre, et en grande partie pour suggérer que ses plans ont échoué. C’est pourtant le plan Schuman rédigé par Jean Monnet qui a conduit à la fondation des institutions de l’UE. Monnet, ancien Secrétaire général adjoint de la défunte Ligue des Nations, avait commencé à battre en brèche les remparts des souverainetés nationales, de manière « limitée mais décisive ». Il est vrai que Monnet n’a jamais eu beaucoup d’impact direct sur le grand public, même en France. À la fin du livre, M. Torbiörn cite le philosophe espagnol de l’histoire, José Ortega y Gasset : « Les véritables trésors de l’homme sont les enseignements qu’il tire de ses erreurs ». L’histoire, depuis 1945, comporte sa part d’erreurs, mais aussi de réussites dont l’Europe peut se prévaloir. L’Europe face à son destin aide le lecteur à apprendre sur les unes comme sur les autres.* M. Torbiörn est chef du Bureau du Secrétaire général de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.ISBN 2717849602©L’Observateur de l’OCDE, n°255, mai 2006


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