Le challenge universitaire de l’Europe

Direction de l’Éducation de l’OCDE

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Lorsque les chefs d’États et de gouvernements se sont rencontrés au Sommet de Lisbonne en 2000, ils se sont donnés pour objectif de faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Cet objectif est loin d’être atteint, en particulier dans l’éducation supérieure.*

Le temps où l’Europe rivalisait principalement avec des pays offrant une main-d’oeuvre peu qualifiée à bas prix est révolu. Aujourd’hui, des pays comme la Chine et l’Inde commencent à proposer de plus en plus de travail qualifié peu cher. Ceci change profondément les règles du jeu. Il est impossible pour l’Europe d’empêcher ces pays, qui se développent rapidement, de former des diplômés très qualifiés. C’est la disparition de ce que les économistes appellent les « barrières à l’entrée ». N’importe quel individu ou entreprise à travers le monde peut dorénavant être compétitif au niveau mondial. Et nous ne pouvons arrêter cette évolution, sauf au risque de compromettre notre propre bien-être économique.Le défi pour l’Europe est évident, mais la solution aussi : tout montre que les pays et continents gagnent, économiquement et socialement, à investir largement dans l’éducation et le savoir-faire. Pour chaque euro investi dans l’obtention d’un diplôme supérieur, les contribuables en reçoivent plus, grâce à la croissance générée. De plus, cet investissement rapporte des avantages concrets à la société dans son ensemble, et non seulement aux seuls individus qui bénéficient d’une meilleure éducation.[…] En bref, pour garder son avantage compétitif au somment de la chaîne de la valeur ajoutée, l’Europe doit rendre son système éducatif plus flexible, plus efficace et plus facilement accessible à un large éventail de personnes.Les études de l’OCDE montrent que l’argent alloué aux diplômes universitaires rapporte des dividendes supérieurs, voire considérablement supérieurs, aux taux d’intérêt. La différence entre les sommes que peuvent s’attendre à gagner une personne ayant suivi des études supérieures (premier cycle ou plus) et quelqu’un qui s’est arrêté à l’enseignement secondaire (jusqu’à 16 ou 18 ans) a augmenté d’un point de pourcentage par an en moyenne entre 1997 et 2003 dans 18 des 22 pays de l’OCDE pour lesquels les données sont disponibles. De plus, la différence de revenus entre des travailleurs ayant suivi des études supérieures ou non varie entre 25 % au Danemark et en Nouvelle-Zélande et 50 à 119 % en République tchèque, Finlande, France, Allemagne, Hongrie, Irlande, Italie, Portugal, Suisse, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Les pays où les individus suivent une année d’études supplémentaire peuvent, avec le temps, accroître leur productivité et leur rendement économique de 3 à 6 %. Par contre, les personnes sans diplôme de base sont confrontées à un risque plus élevé – et croissant – de chômage et de pauvreté.Les données de l’OCDE montrent également que le nombre d’individus ayant suivi des études supérieures dans le monde augmente. Aujourd’hui, quasiment tous les 30 pays membres de l’OCDE produisent davantage de diplômés qu’en 1960, mais le taux de cette augmentation varie considérablement. Dans les années 60, la Corée avait le même PIB que l’Afghanistan, et se situait au 21ème rang de l’OCDE en termes de pourcentage d’adultes ayant un diplôme supérieur. Aujourd’hui, la Corée est le troisième pays de l’OCDE pour la proportion des 25-34 ans diplômés de l’université.Certains pays européens – dont l’Irlande, le Portugal et l’Espagne – ont également amélioré leurs résultats. Mais la plupart des plus grandes économies européennes, y compris la France, l’Italie et le Royaume-Uni, n’ont fait que les conserver. Dans le cas de l’Allemagne, ces résultats ont même considérablement chuté. Dans ce cas, la croissance du nombre de diplômés a été tellement restreinte que la position relative de l’Allemagne est passée de la 14ème place dans les années 60 à la 23ème dans les années 90 (cependant, le solide système d’enseignement technique et professionnel allemand compense en partie ce résultat). Les prévisions suggèrent que les différences entre les résultats éducatifs des pays pourraient s’élargir dans les années à venir.Les États-Unis étaient traditionnellement en tête du nombre d’inscrits à l’université, et restent solides dans ce domaine. Cependant, ils sont dépassés par les pays nordiques, où plus des deux tiers des diplômés du secondaire rejoignent aujourd’hui l’université. En France et en Allemagne, le nombre d’inscrits à l’université par habitant est quasiment divisé par deux par rapport aux pays qui dominent le classement. La France et l’Allemagne, qui comptent pour 35 % des 11 600 milliards d’euros que représente l’économie européenne, ne sont donc plus parmi les leaders mondiaux dans le développement des compétences et du savoir. On pourrait imaginer que le développement massif de l’enseignement mènerait à une forte inflation, et en fin de compte à un déclin du niveau des diplômes et qualifications. Néanmoins, tout indique le contraire. Sauf en Espagne, les salaires et autres variables significatives de la valeur des études sur le marché du travail ont augmenté plus vite que l’offre depuis 1998, première date de disponibilité des données. Ce qui montre que la demande pour les hautes qualifications augmente plus vite que l’offre de nos institutions actuelles. Il est certes difficile d’évaluer la qualité des formations supérieures en Europe. Le classement de l’Université Jiao Tong à Shanghai, sans être incontesté, est le plus fréquemment cité des classements d’universités. La dernière édition montre que, si l’Europe avait des universités de première classe avant même que l’Amérique n’apparaisse sur les cartes, elle est aujourd’hui en retard pour ce qui est du niveau de ses diplômés (voir tableau). Sur les 20 universités les mieux classées par Shanghai, 17 se trouvent aux États-Unis et seulement 2 en Europe. De plus, près de 40 % des étudiants étrangers choisissent les États-Unis pour étudier – un signe que les États-Unis représentent toujours le premier choix pour les consommateurs mondiaux d’éducation.[…] Il est peu probable que les universités européennes rattrapent leur retard, sauf si nos gouvernements arrivent à créer et à maintenir un réseau d’institutions variées, viables et de grande qualité, libres de répondre à la demande et responsables des résultats qu’elles obtiennent. Les études PISA de l’OCDE ont porté une grande attention aux résultats scolaires – nous n’avons pas d’instrument comparable pour l’enseignement supérieur. L’Europe doit s’assurer que la croissance et le développement des systèmes d’éducation supérieure sont gérés de manière à améliorer l’accès aux études et leur qualité. Et nous devons mettre en place, à partir de fonds publics et privés, des financements et des aides aux étudiants qui reflètent mieux les bénéfices sociaux et individuels de l’éducation supérieure. Au-delà de cela, les universités européennes devront évoluer de manière à ce que leurs capacités de direction et de gestion soient comparables à celles d’une entreprise moderne. L’introduction de techniques appropriées de stratégie financière et de gestion des ressources humaines assurerait la viabilité financière à long terme et répondrait aux exigences de responsabilité. Et le système universitaire lui-même doit être dirigé par des organismes reflétant une palette d’intérêts différents beaucoup plus large que ceux de la communauté académique.[…] Le monde est indifférent aux traditions et aux anciennes réputations, impitoyable face à la faiblesse et ignorant des us et coutumes. Le succès échoira aux individus et pays qui s’adaptent rapidement, se plaignent rarement et restent ouverts au changement.* Cet article est extrait de Schleicher, Andreas (2006), The economics of knowledge: Why education is key for Europe’s success, Lisbon Council Policy Brief, Bruxelles. La version complète en format pdf, comprenant des tableaux, graphiques et dossiers spéciaux sur la Finlande et la Corée est disponible en anglais sur www.oecd.org/pisaL’Observateur de l’OCDE n° 254, mars 2006


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