Sommet de l’ONU

Quelles conséquences pour la lutte contre la pauvreté ?

©Jacques Brinon/OCDE

La semaine dernière, les dirigeants du monde entier se sont retrouvés au siège des Nations unies à New York. Les déclarations se sont succédées et, après maintes difficultés et contestations, un communiqué a été approuvé. Le cynisme gagne à l’égard des sommets internationaux. Que peuvent malgré tout tirer de celui-ci ceux qui désirent mettre un terme à la pauvreté dans le monde ?

Selon moi, il y a des signes encourageants. Certes, le sommet n’a débouché que sur peu de décisions nouvelles dans le domaine du développement, mais il a scellé la volonté des dirigeants d’éradiquer la pauvreté pour des raisons humanitaires et d’intérêt commun. Dans le prolongement du sommet du Millénaire en 2000, puis des conférences de Monterrey et de Johannesburg en 2002, il a étoffé la liste des engagements souscrits dans les mois qui l’ont précédé sur l’accroissement de l’aide, l’amélioration de son efficacité et l’allégement de la dette. Tous les pays y ont affirmé leur adhésion aux objectifs du millénaire pour le développement (OMD).Ce sommet des Nations unies a aussi rappelé plusieurs principes, notamment que c’est en premier lieu aux pays pauvres qu’il revient de prendre la responsabilité de leur développement. Cela implique que ces pays ne se considèrent plus comme des assistés, et que les donateurs renoncent à une attitude paternaliste. Les participants ont aussi insisté, à juste titre, sur la nécessité d’offrir aux pays pauvres un environnement qui leur permette mieux d’assurer leur subsistance. De ce point de vue, une avancée réelle des négociations commerciales du cycle de Doha reste déterminante.Concrètement, il a été convenu que tous les pays devront avoir élaboré l’année prochaine des programmes pour réaliser les objectifs fixés à l’échelon international, et plus particulièrement les OMD. Ces derniers représentent une première tentative pour discipliner le processus de développement, et montrer que celui-ci peut améliorer les conditions de vie d’une multitude de gens dans des délais préétablis.Cela nécessite des progrès non seulement au niveau mondial – ce qui devrait être le cas pour l’objectif de réduction de la pauvreté, grâce à la croissance en Asie – mais aussi au niveau de chaque pays, ce qui est nettement plus problématique.Un accroissement du volume et de l’efficacité de l’aide est à l’évidence utile pour étayer les efforts des pays en développement. À part le programme de 10 milliards de dollars US promis par la Chine, peu de mesures nouvelles ont été annoncées concernant les futurs niveaux d’aide. Cela n’a rien d’étonnant, car la plupart des donateurs avaient déjà fait connaître leurs intentions. De fait, d’après les estimations de l’OCDE, si l’on cumule tous les engagements souscrits au cours de l’année, l’aide en provenance des pays de l’OCDE pourrait augmenter de 50 milliards de dollars entre 2004 et 2010, pour atteindre près de 130 milliards. Si ce chiffre, cité dans le document final du sommet, est atteint, il correspondrait à la plus forte augmentation d’aide depuis la création du Comité d’aide au développement de l’OCDE en 1960. Les propositions concernant des mécanismes novateurs de financement se sont aussi multipliées. Une Facilité de financement international pour l’immunisation a déjà été lancée par cinq pays européens, et le Chili a instauré une taxe pour le développement sur les billets d’avion, qui devrait être reprise prochainement par certains pays européens.Ces évolutions sont remarquables. Mais ces engagements apporteront-ils le soutien nécessaire aux pays pour le développement de stratégies plus ambitieuses en vue des OMD ? Il y a trois raisons d’hésiter. Premièrement, les donateurs pourraient ne pas tenir leurs promesses. Il sera difficile de faire voter aux parlements, année après année, des accroissements d’aide substantiels. Deuxièmement, si ces engagements sont honorés, l’aide ne prendra pas forcément des formes propres à réaliser cette ambition. Les moyens financiers peuvent être affectés à des situations d’urgence, comme le tsunami en Asie, ou à l’effacement de certaines dettes, comme en Irak. Ce sera certainement le cas cette année. Troisièmement, les pays donateurs pourraient être réticents à offrir des garanties suffisamment solides à moyen terme pour convaincre les gouvernements et le FMI d’aller de l’avant.Ces incertitudes vont obliger les donateurs à plus de transparence. Sur son site web, l’OCDE fournit des estimations régulièrement actualisées du niveau de dépenses qu’impliquent, en 2006 et en 2010, les déclarations de ses membres. Celles-ci doivent être complétées par des informations anticipatives plus complètes sur la composition et l’orientation des dépenses d’aide.Enfin, à l’évidence, encore faut-il que l’aide soit efficace. Les participants au sommet ont à juste titre salué la « Déclaration de Paris » adoptée en mars dernier lors d’un forum de haut niveau, au cours duquel les bénéficiaires de l’aide et les donateurs ont convenu d’oeuvrer sur plusieurs fronts, notamment la promotion d’une véritable appropriation par les bénéficiaires, l’alignement de l’aide sur les priorités locales et l’utilisation, pour son acheminement, des systèmes locaux lorsqu’ils satisfont les normes appropriées, l’harmonisation des pratiques des donateurs pour réduire le gaspillage, le renforcement de l’attention portée aux résultats, et le suivi conjoint des progrès. La déclaration inclut des objectifs qui, pour la première fois, vont évaluer l’efficacité de l’action des donateurs. Le Conseil économique et social des Nations unies a en outre été chargé de procéder tous les deux ans à un examen des progrès accomplis dans le domaine de la coopération pour le développement.On attend facilement trop des sommets. Mais grâce à celui-ci, toutes les parties prenantes au développement se sont engagées à rendre des comptes plus rigoureux, au niveau des pays et à l’échelon international. Avec le recul, l’année 2005 nous apparaîtra peut-être comme celle de la naissance, au plan politique, d’une entreprise conjointe pour la lutte contre la pauvreté dans le monde. Ces voyages à New York n’auront en définitive peut-être pas été vains. Si l’on cumule tous les engagements souscrits au cours de l’année, l’aide en provenance des pays de l’OCDE pourrait augmenter de 50 milliards de dollars entre 2004 et 2010, soit la plus forte hausse depuis la création du Comité d’aide au développement de l’OCDE en 1960.©L’Observateur de l’OCDE n° 251, septembre 2005


Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016