Se battre, gagner et s’en réjouir

Critiquer les grandes entreprises est un véritable sport national. Oublierions-nous leur importance pour l’ensemble de la société ?

La France compte plus de champions industriels que sa taille dans le monde ne le laisserait imaginer. Cela est principalement le résultat de politiques résolues de croissance et de fusions d’entreprises qui ont permis de bâtir dans la pharmacie, la banque, l’acier, l’automobile ou le pétrole des champions à l’échelle mondiale. Pourquoi alors s’étonner ou s’inquiéter de l’importance de leurs bénéfices ? Ne devrions-nous pas au contraire nous en réjouir ? Ces bénéfices, du même ordre de grandeur que ceux de leurs concurrents, sont les seuls vrais garants de l’indépendance de ces entreprises.La France s’est félicitée de la naissance de ces champions industriels, mais elle accepte mal le niveau de résultats qui leur permet de tenir leur rang dans la compétition internationale. On peut légitimement s’étonner de ce paradoxe. Qui a intérêt à voir nos entreprises, nos marques, nos produits et nos services marginalisés dans une économie mondiale en mutation permanente ? La désaffection de nos compatriotes pour leurs « champions industriels » est d’autant plus surprenante que ces entreprises sont admirées ailleurs dans le monde.Total, quatrième groupe pétrolier et gazier mondial, que j’ai l’honneur de présider, compte aujourd’hui parmi les toutes premières entreprises d’envergure internationale.Qu’à cela ne tienne ! Il semble plus à la mode de brocarder les entreprises performantes et leurs salariés qui défendent, en l’exportant, l’excellence économique et industrielle française.Si bien que de leader, Total devient suspect et cristallise les reproches, étant affirmé que les performances du groupe n’ont qu’une seule origine : un environnement et une conjoncture favorables. Le groupe Total serait porté par une rente de situation dévalorisant tout effort de conquête et de développement. Nous n’aurions, pour ainsi dire, aucun mérite. Or, notre croissance, plus forte que celle de nos concurrents et du marché pétrolier, témoigne de la pertinence d’une stratégie volontariste à long terme, engagée dans les années 90 et confortée par la fusion de trois entreprises. L’objectif était d’acquérir la taille indispensable sur un marché où couverture géographique, capacité d’investissement et performances sont les éléments clés de la survie économique.Devrions-nous avoir honte de nos résultats ? Devons-nous rougir du succès ? Aujourd’hui, nos performances sont garantes de la pérennité et de l’indépendance du groupe de demain. Ainsi, la croissance des entreprises dans l’industrie pétrolière repose-t-elle sur le maintien de niveaux d’investissements importants. En 2005, Total consacrera 12 milliards de dollars au développement de ses projets. Cette politique d’investissements n’a jamais failli, y compris dans les périodes durant lesquelles les cours du pétrole étaient bas.Dans un contexte de concurrence plus forte que jamais, les équipes de Total, chercheurs, explorateurs, producteurs, raffineurs, se battent avec succès pour accéder à de nouveaux territoires où rechercher et produire du pétrole et du gaz, et pour inventer les nouvelles technologies qui permettront de valoriser des sources d’énergie encore considérées comme inaccessibles.Elles ne perdent pas de vue pour autant les impératifs de compétitivité et d’efficacité, garants d’une performance pérenne quel que soit l’environnement économique. Ce sont ces mêmes impératifs qui président aujourd’hui à la consolidation de nos activités dans le domaine de la chimie, avec parfois des décisions difficiles sur le plan social ; nous nous efforçons alors de les mettre en oeuvre de manière exemplaire et dans le plus grand respect des personnes. Total n’aurait-il pour seul souci que de s’enrichir, lui et ses actionnaires ? Le salarié passerait-il au second plan ? L’entreprise est une communauté d’intérêts conciliés : les siens, ceux de ses clients, ceux de ses actionnaires et ceux de ses salariés. Cette combinaison est indissociable. Elle est le fondement de l’édifice et elle assure la dynamique de progrès.Total rétribue ceux qui lui ont permis, en risquant leur épargne, de réaliser les investissements nécessaires à son développement. Et le groupe récompense, encourage et motive ses salariés, qui contribuent à sa réussite. Porté par une volonté d’innovation sociale, Total a développé une politique d’actionnariat salarié unique en France par son échelle. Avec 4 milliards d’euros en actions de l’entreprise, les salariés de Total constituent le premier bloc d’actionnaires salariés de ce pays. Total affirme ainsi son choix : donner un sens collectif à sa croissance comme à son destin.Quand bien même il serait dans l’air du temps de ne pas aimer ses « champions » industriels, il est de mon devoir de m’élever avec force contre ce paradoxe français. Je souhaite avoir donné ici quelques raisons de partager avec nous la fierté d’avoir construit une entreprise nationale de rang mondial dans le domaine des hydrocarbures, considéré traditionnellement comme la chasse gardée des compagnies anglo-saxonnes.*Cet article est paru dans Le Monde du 2 avril 2005.©L’Observateur de l’OCDE n° 249, mai 2005Voir www.total.com


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