Réflexions sur le tsunami

Concrétiser les engagements

Nous avons encore à apprendre du tsunami de 2004, notamment pour ce qui est d’honorer les promesses de dons et de contrôler l’aide d’urgence.

Le tsunami d’origine sismique, qui a balayé l’Asie du Sud et du Sud-Est fin décembre, a causé des ravages considérables en faisant 300 000 morts ou disparus, et plus encore de blessés. On estime que 7,76 milliards de dollars US seront nécessaires à la réhabilitation et à la reconstruction en Inde, en Indonésie, aux Maldives et au Sri Lanka. Dans la province d’Aceh en Indonésie, 44 % de la population ont été touchés ; en Inde, 700 villages de cinq États et territoires de l’Union ont été sérieusement frappés ; au Sri Lanka, 100 000 logements ont été détruits et 65 % des bateaux de pêche ont été perdus ou endommagés.Si des dizaines de complexes touristiques ont été détruits ou lourdement touchés, ce sont essentiellement les populations pauvres qui ont été victimes du raz-de-marée. Des communautés entières ont été anéanties, et avec eux les enseignants, le personnel soignant et les fonctionnaires indispensables à la reconstruction.Certes, cette catastrophe est encore dans tous les esprits, mais il n’est pas inutile d’en rappeler l’ampleur. En outre, le 28 mars, alors que l’Indonésie commençait tout juste à panser ses plaies, un autre séisme frappait la côte de Sumatra, dévastant à nouveau le pays et faisant des centaines de nouvelles victimes. Là encore, l’étroite collaboration entre tous les acteurs a montré son importance pour la rapidité et l’efficacité de l’aide.Du secours à la reconstructionL’élan mondial de générosité suscité par la catastrophe de décembre fut impressionnant : l’aide locale et internationale a atteint un volume sans précédent. Les efforts se sont d’abord concentrés sur les vies à sauver et à préserver, puis sur la prévention des maladies. Au Sri Lanka, 51 centres de secours ont été ouverts le jour même de la catastrophe, et plus de 600 autres la semaine suivante. Des abris, de la nourriture, de l’eau, des vêtements, des sanitaires et des soins médicaux ont pu être donnés. Des lieux d’accueil ont été créés pour permettre aux enfants de jouer à nouveau et d’oublier leurs traumatismes.Mais beaucoup reste à faire, et la reconstruction nécessitera encore plusieurs milliards de dollars. Si les survivants disposent désormais d’habitations de fortune, il faudra sans doute encore des mois avant que de nouveaux logements soient construits. La population a aussi encore besoin de médicaments et de soins, notamment de soutien social et psychologique ; les ONG y contribuent, de même qu’elles participent au retour d’une certaine cohésion sociale dans ces communautés traumatisées. Des hôpitaux et des pharmacies permanents doivent remplacer les dispensaires de secours d’urgence. Il faut reconstruire les équipements scolaires. Au Sri Lanka, plus de 20 donateurs vont financer la reconstruction de 168 écoles, et des dons ou des prêts à faibles taux d’intérêt offrent un nouveau départ à des entrepreneurs et à des gérants de petites entreprises.Les perspectives économiques de l’Asie dans son ensemble ont beau être extrêmement favorables, certaines économies locales ont été dévastées par le tsunami, et il faut les reconstruire entièrement : routes, voies ferrées, services publics, installations portuaires, lignes d’électricité et de communications. Il faut également remplacer les bateaux de pêche, et remettre en état les hôtels et les complexes touristiques, dont certains commencent à rouvrir. Les besoins locaux en infrastructures sont considérables, comme l’illustre l’état de la route de 240 km reliant les villes de Banda Aceh et de Meluloboh, le long de la côte occidentale de la province d’Aceh. Le tiers de cette route a disparu, et la moitié est sérieusement endommagée. Seuls 10 % des 171 ponts que comptait la route subsistent. Dans toute la région touchée, il est aussi urgent de préserver l’environnement face à l’érosion des côtes, à la contamination des nappes phréatiques, à la salinisation des sols et à l’accumulation des gravats.Des problèmes juridiques doivent aussi être résolus. En effet, de nombreux bâtiments publics où étaient conservés les registres de naissance, de décès, de mariage, ainsi que les titres de propriété, d’assurance, les comptes bancaires et les archives judiciaires, ont été détruits. Il faudra peut-être des années pour clarifier les droits de propriété foncière et aider les personnes vulnérables à protéger leurs biens, d’autant plus que, si certains regagnent leurs habitations d’avant la catastrophe, d’autres préfèrent s’établir plus loin de la côte.Assurer le suivi des fondsPas moins de 3,54 milliards de dollars ont été promis par les pays donateurs et les organismes internationaux, dont la BAsD qui a créé le Asian Tsunami Fund, un fonds de 600 millions de dollars. Ceux qui travaillent dans l’aide au développement ou le secours d’urgence le savent bien : les promesses sont une chose, l’arrivée des dons à destination et leur utilisation efficace en est une autre. Or, grâce à une couverture médiatique sans précédent et à un grand élan de solidarité du public, les promesses faites au lendemain du tsunami ont été considérables.C’est pourquoi, lors d’une réunion de coordination à haut niveau organisée en mars par la BAsD, les représentants des donateurs et des pays affectés ont décidé de mettre en place une matrice de suivi pour coordonner, surveiller et gérer les secours. Il a été décidé à l’unanimité que cette matrice serait « contrôlée » par les pays touchés, et qu’elle complèterait les systèmes de suivi établis par les pays. Il a aussi été conclu que les donateurs choisissant de ne pas faire transiter leurs dons par des budgets étatiques mettraient en commun leurs informations grâce à une base de données gérée par les pays. Les ONG et les donateurs privés sont encouragés à faire de même. Les pays touchés devront tenir à jour leurs systèmes d’information, de préférence en libre accès sur un site Web, comme l’a fait l’Indonésie avec e-Aceh.org. Le regroupement des données nationales au sein d’un seul système présente aussi des avantages : il sera possible de suivre les progrès et les résultats tangibles obtenus dans tous les pays victimes du tsunami, et d’établir que les sommes promises sont dépensées conformément aux engagements.La matrice de suivi permettrait de déterminer quels secteurs reçoivent l’aide nécessaire et quels secteurs ne la reçoivent pas. Elle servira aussi à élaborer les budgets nationaux et à évaluer les résultats de l’aide au regard des conditions de vie de la population. Cette matrice permettra en outre d’éviter que le monde n’oublie les régions frappées par le tsunami. La BAsD et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) consultent actuellement les gouvernements concernés afin de mettre en commun des systèmes de suivi : l’agrégation des données des systèmes nationaux permettrait la création d’une matrice de suivi pour la région. L’importance des sommes qui convergent vers la région accroît naturellement le risque de corruption des intermédiaires, des fournisseurs, et des responsables publics. C’est pourquoi l’OCDE et la BAsD, en partenariat avec les gouvernements, des entreprises et des ONG comme Transparency International, font leur possible pour que la corruption n’entrave ni l’acheminement de l’aide, ni le travail de reconstruction. Il s’agit avant tout de renforcer la capacité des lois et des procédures existantes pour réduire ou enrayer la corruption.Le séisme à l’origine du tsunami a été très court, mais il nous a transformés à jamais. Il nous a beaucoup appris sur notre condition de mortels, le développement, l’environnement, mais aussi sur l’aide, la solidarité et la coopération entre les continents. Le monde entier a contribué aux efforts de secours. Désormais, il nous faudra envisager différemment l’aide d’urgence et l’assistance à la reconstruction, et travailler ensemble pour assurer le suivi et le contrôle judicieux des dons. Les institutions publiques comme la BAsD et l’OCDE doivent mettre leur expertise et leurs compétences au service de cette ambition.RéférencesVoir la page de la BAsD sur la réaction au tsunami : www.adb.org/tsunami/default.asp.Voir aussi : www.e-aceh.org.Des récits de la catastrophe : http://tsunamihelp.blogspot.com.Richard Manning, « Tsunami : Quelques réflexions », L’Observateur de l’OCDE N° 246- 247, décembre 2004-janvier 2005, voir www.observateurocde.org©L’Observateur de l’OCDE n° 249, mai 2005


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