Le changement climatique

Un défi pour le développement

Le Protocole de Kyoto entre en vigueur mi-février, tandis que le réchauffement climatique se fait plus menaçant que prévu. Certaines mesures élémentaires permettraient non seulement de répondre à cette menace, mais aussi de favoriser le développement.

La période actuelle est marquée par un regain d'intérêt porteur d'espoirs envers le climat. Peu avant Noël, 5 000 délégués des gouvernements et de la société civile ont participé à la dixième Conférence des Parties (CdP-10) à la Convention-cadre sur les changements climatiques, à Buenos Aires. Quelques semaines auparavant, la Russie avait ratifié le Protocole de Kyoto, qui entrera finalement en vigueur à la mi-février 2005, après avoir été longtemps jugé moribond. Si son impact sur la réduction des gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère reste modeste, il s'agit néanmoins d'un pas de géant.Ces dernières semaines ont également été publiées certaines conclusions très inquiétantes du rapport d'évaluation de l'impact du changement climatique dans l'Arctique, établi à la demande du Conseil de l'Arctique. Cette région a connu depuis 50 ans un réchauffement spectaculaire, avec notamment une hausse de 3 à 4 °C des températures hivernales. En 30 ans, la glace de mer a fondu de près d'un million de km2, une superficie supérieure à celle de la Norvège, de la Suède et du Danemark réunis. D'après les prévisions, la glace de mer disparaîtra totalement en période estivale avant la fin du siècle, menaçant notamment la survie de l'ours polaire. Mais la menace ne s'arrête pas là : les populations autochtones et leurs moyens de subsistance pâtissent déjà lourdement de la hausse concomitante des températures et du niveau des mers, tandis que la fonte du pergélisol affecte les lieux d'habitations et les infrastructures économiques. Ces graves bouleversements ne concernent pas un futur lointain, ils se font d'ores et déjà sentir, pas uniquement dans quelques îles du bout du monde, mais aussi dans les pays de l'OCDE.La conférence de Buenos Aires a été une étape essentielle pour lutter contre le changement climatique à l'échelle internationale, ainsi que contre les émissions de GES, qui ont focalisé l'attention du public. Cependant, aucun accord concret n'a été trouvé sur les modalités ou sur la date des négociations des mesures qui devraient prolonger le Protocole de Kyoto, ce qui a conduit certains participants à qualifier la CdP-10 de « négociations sur les négociations sur les négociations ».À l'évidence, aussi complexe et laborieux soit-il, le processus de négociation sur la réduction des émissions de GES doit se poursuivre, mais il ne suffira pas. Il nous faudra aussi intégrer l'adaptation au changement climatique dans les politiques économiques, et dans les projets de développement et d'aide internationale. Par exemple, une récente étude de l'OCDE montre que l'aide publique au développement concerne souvent des secteurs sensibles au changement climatique. Pourtant, celui-ci n'est guère, voire pas du tout pris en considération dans les programmes d'aide, ni dans les projets sectoriels et de développement nationaux.Dès lors, comment faire prévaloir un développement qui puisse à la fois s'adapter au changement climatique et contribuer à la réduction des émissions de GES ? C'est la question qu'ont examinée les 150 délégués gouvernementaux, experts et représentants de la société civile au Forum mondial sur le développement durable tenu à l'OCDE en novembre 2004 (références ci-dessous). On y a évoqué de nombreux exemples de bouleversements en cours en divers points du globe, où le changement climatique pourrait exacerber les facteurs de vulnérabilité préexistants : recul des glaciers au Népal, au Pérou et en Suisse, canicules exceptionnelles en France, montée du niveau de la mer et inondations d'eau salée à Kiribati, au Bangladesh et aux États-Unis, etc.Pallier la vulnérabilité des sociétés vis-à-vis de ces bouleversements n'est pas seulement l'affaire des négociateurs internationaux comme ceux qui se sont réunis à la conférence de Buenos Aires. Cette tâche incombe aussi aux autorités nationales et locales, aux donateurs internationaux, au secteur privé, aux communautés locales, ainsi qu'à chaque individu.La collaboration entre ces acteurs peut être fructueuse. Ainsi, à Kiribati, le gouvernement, certains donateurs internationaux et les communautés locales œuvrent de concert pour prendre en compte l'adaptation au changement climatique à tous les niveaux de décision. Au Sénégal et en Uruguay, la collaboration entre organismes publics et agriculteurs a permis à ces derniers de diminuer sensiblement leurs émissions de GES, à travers le piégeage du dioxyde de carbone. En outre, certaines mesures visant des objectifs autres que climatiques – lutte contre la pollution de l'air, choix de technologies énergétiques, organisation des modes de transport, etc. – peuvent grandement contribuer à faire baisser les émissions de GES.Le dialogue entre les spécialistes du changement climatique et ceux du développement a beaucoup progressé. Si, au départ, l'approche des premiers était par trop centrée sur le climat, tandis que les seconds ne s'en préoccupaient guère, un dialogue constructif s'instaure à présent sur la manière dont le développement peut à la fois intégrer la réduction des émissions de GES et s'adapter au changement climatique.Nous n'en sommes bien entendu qu'au début, mais il existe de nombreuses possibilités de susciter rapidement des améliorations. Ainsi, les gouvernements pourraient veiller à ce que le changement climatique devienne un élément central de l'élaboration des projets, qu'il s'agisse de la construction de ponts ou de routes, de la conception des systèmes énergétiques ou même de programmes de lutte contre la pauvreté. Cependant, cela ne peut se faire que si les experts du changement climatique et la communauté du développement travaillent de concert. Cette action sur le terrain est nécessaire pour compléter et consolider les négociations multilatérales menées dans le contexte de la Convention-cadre sur les changements climatiques et du Protocole de Kyoto. L'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto ce mois-ci est sans nul doute une étape capitale dans l'histoire des efforts internationaux de lutte contre le changement climatique. Ce n'est peut-être qu'un premier pas, il n'en est pas moins vital pour aider la communauté internationale à relever durablement le défi du changement climatique.RéférencesUne version plus courte de cet article, intitulée « Aiming for Earth-friendly Development » et signée Kiyotaka Akasaka, a été publiée dans le Japan Times du 20 décembre 2004.OCDE (2004), The Benefits of Climate Change Policies: Analytical and Framework Issues, Paris, ISBN 9264108319.Pour un court compte-rendu du Forum mondial sur le développement durable, lire « Climat et développement », décembre 2004, sur www.observateurocde.org.©L’Observateur de l’OCDE, N°246/247, décembre 2004 - janvier 2005


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