Anker Randsholt (1916-2004) ©OECD/Leo Jouan, 1966

Célébrons en chœur

Il y a 50 ans paraissait le premier numéro de L'Observateur de l'OCDE. Cet entretien avec Anker Randsholt, premier rédacteur-en-chef du magazine, bien que publié il y a 10 ans à l'occasion du 40ème anniversaire, reste d'actualité à bien des égards.  

Quelle meilleure idée pourrait-on avoir, pour fêter le 40ème anniversaire d’une revue, que de contacter son tout premier rédacteur en chef ? Aucune, à condition de savoir où le trouver, ce qui n’était pas mon cas ! Par chance, juste avant le bouclage, un homme nous appelle :

« Anker Randsholt à l’appareil » retentit la voix dans le combiné, « je me souviens de tout, de toute l’histoire, vous savez, c’est le Secrétaire général en personne, Thorkil Kristensen, qui a eu l’idée de créer la revue et qui m’a nommé pour le faire ». Je n’avais eu le temps ni de goûter ma bonne fortune face à cet appel inopiné, ni de poser une question à mon interlocuteur : l’enthousiasme de M. Randsholt était tout aussi impressionnant que sa mémoire et que l’intelligence avec laquelle il emplit ensuite une heure et demie de conversation fascinante.

Durant la seconde guerre mondiale, Anker Randsholt était reporter politique dans son pays natal, le Danemark. Après la Libération, il rejoignit Information, un ancien journal clandestin pendant la Résistance qu’il aida à relancer. Il rencontra (et même critiqua) Thorkil Kristensen, alors parlementaire danois et Ministre des finances, qui devint quelque 15 années plus tard le premier Secrétaire général de l’OCDE. L’une des ambitions de M. Kristensen était d’améliorer le service d’information de l’Organisation en créant un « périodique ». En juin 1962, il embarqua dans l’aventure Anker Randsholt, ainsi qu’un anglais, Peter Tewson, qui avait travaillé pour le prédécesseur de l’OCDE : l’OECE. « Je n’aurai jamais pu le faire sans lui ». Ainsi naquit l’Observateur de l’OCDE, dont la principale mission était de peser sur l’action publique en portant les travaux de l’OCDE à l’attention de parlementaires très occupés.

« L’idée n’était pas neuve, car d’autres organisations publiaient aussi d’excellentes revues, notamment l’UNESCO avec son Courrier », se rappelle M. Randsholt. Mais au vu des sérieuses difficultés techniques et d’organisation qu’il fallut surmonter, la sortie même du premier numéro tint du « miracle ». Pourtant, M. Randsholt et son équipe réussirent à le publier juste avant la réunion ministérielle du mois de novembre 1962. Il ne fut toutefois pas distribué lors de la réunion, car un directeur l’interdit « par crainte des critiques ». Mais le Secrétaire général débloqua rapidement la situation et sa parution n’a plus jamais été interrompue depuis. Le lendemain, le Times londonien fit une critique très élogieuse sur l’Observateur de l’OCDE.

Quel genre d’homme M. Kristensen était-il ? « Il avait une hauteur de vues supérieure à celle de la plupart des gens. Pénétrant et diplomate, il parvenait à ses fins sans susciter l’animosité ». Un ouvrage que M. Kristensen avait écrit avant de prendre ses fonctions, Economic World Balance, est toujours en vente aujourd’hui. M. Randsholt se souvient qu’avant d’écrire la notice nécrologique de John F. Kennedy, le Secrétaire général avait dit : « Je ne vais pas me livrer à cet exercice à chaque fois, mais cet homme s’est tellement impliqué dans la création de l’OCDE que j’ai vraiment une raison de m’y atteler. Personne d’autre n’en a fait autant ».

Quelle réputation l’OCDE avait-elle donc à l’époque ? « Permettez-moi de répondre en souriant à cette question, car l’OCDE avait la meilleure réputation possible. L’OCDE était une chose nouvelle ; l’Europe, voyant ce que la coopération accomplissait, recommençait à respirer ». M. Randsholt se rappelle avoir donné au Danemark une conférence sur l’OCDE à des étudiants confirmés : « J’ai eu droit à une ovation ! ».

M. Randsholt s’interroge sur le rôle actuel de l’OCDE : « J’apprécie ce que vous faites, mais l’OCDE se voit marginalisée par d’autres organisations. Quel est son rôle ? » Mais de se souvenir : « Bien sûr, à l’époque, l’OCDE disposait d’une ressource naturelle qui l’aidait – le plan Marshall. C’était nouveau, c’était captivant ».

Que pensaient les gens des Américains à cette époque ? « Nous les adorions ! » Mais M. Randsholt s’inquiète des opinions actuelles, et craint que de puissants intérêts ne soient en passe de prendre le dessus au détriment d’une coopération équilibrée : « L’OCDE est une organisation favorable au libre-échange, ce qui suppose la coopération, notamment avec la majorité des pays pauvres de notre planète. L’OCDE soutient le développement. »

M. Randsholt a dirigé la rédaction de l’Observateur de l’OCDE pendant 12 ans, et a quitté l’OCDE en décembre 1976. Né en 1916, il vit aujourd’hui dans les Landes, dans le Sud-Ouest de la France, avec sa femme danoise. Une question que j’ai oublié de lui poser : pourquoi m’a-t-il donc téléphoné au moment où il l’a fait ? J’aime à penser que sa réponse aurait révélé, 40 ans plus tard, une nouvelle intuition journalistique formidable. Cher M. Randsholt, bonne santé et longue vie !

Rory J.Clarke

Dernier mot

Deux ans après la parution de cet article, Anker Randsholt nous quittait, le 30 novembre 2004. Cet article lui est dédié. Voir notre hommage.

Références

Le premier numéro de l’Observateur de l’OCDE, novembre 1962, est disponible en ligne à l’adresse www.oecd.org ou peut être demandé par courrier électronique envoyé à observer@oecd.org

L'Observateur de l'OCDE a 50 ans ! Rory J. Clarke, rédacteur-en-chef depuis 1999, célèbre le cinquantenaire du magazine.

©L'Observateur de l'OCDE n° 235, décembre 2002

Republications : novembre 2004 et décembre 2012




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