Politique énergétique

Pas de solution miracle
En cette période de prix élevés du pétrole et d’inquiétude manifeste des gouvernements et de la population, il est plus que jamais nécessaire d’analyser posément la situation énergétique.
Bien que l’attention médiatique se fixe en général sur le court terme, nous ne pouvons ignorer les pressions à moyen et à long terme que les impératifs de l’économie, de la sécurité et de l’environnement exercent sur notre système énergétique.La publication World Energy Outlook de l’AIE s’emploie à le rappeler. Elle offre aux décideurs politiques et aux industriels un éclairage lucide sur l’évolution des marchés de l’énergie, et analyse les principales difficultés à surmonter pour garantir, à l’échelle mondiale, l’existence de systèmes et de marchés énergétiques sûrs, souples, efficaces et écologiquement viables.La dernière édition est parue en 2004, à un moment où les marchés énergétiques mondiaux étaient extrêmement instables et incertains. La flambée des prix du pétrole, du gaz et du charbon, l’explosion de la demande d’énergie en Chine, la guerre en Irak et les pannes d’électricité dans beaucoup de pays de l’OCDE témoignaient des nombreuses transformations du secteur de l’énergie.Sans alarmisme, nos experts brossent un tableau réaliste de l’évolution possible du système énergétique mondial d’ici à 2030. Le message est simple : en l’absence de nouvelles politiques publiques ou d’une diffusion accélérée de technologies nouvelles, la demande mondiale d’énergie va s’accroître de 60 %. Environ 85 % de cette augmentation concerneront des combustibles fossiles qui sont à l’origine d’émissions de carbone – le charbon, le pétrole et le gaz naturel – et les deux tiers de la nouvelle demande émaneront des pays en développement, en particulier de la Chine et de l’Inde. Les approvisionnements énergétiques alors nécessaires nécessiteront un investissement mondial de l’ordre de 16 000 milliards de dollars.Ces prévisions sans équivoque sont très préoccupantes pour la sécurité énergétique et pour le développement énergétique durable.Les grands pays importateurs de pétrole et de gaz – notamment la plupart des pays de l’OCDE, la Chine et l’Inde – dépendront de plus en plus de ressources provenant de quelques régions reculées, souvent instables politiquement. Cet aspect de la question sera étudié plus avant dans l’édition 2005. Il est d’ores et déjà clair que cet essor des échanges accentuera la dépendance réciproque des pays exportateurs et importateurs, en aggravant aussi les risques de fermeture des puits ou des pipelines, d’actes de piraterie à l’encontre des navires pétroliers, d’attentats terroristes ou d’accidents.L’environnement en subira également les conséquences. Les émissions de CO2 augmenteront marginalement plus vite que la consommation d’énergie : en 2030, elles seront supérieures de plus de 60 % à leur niveau actuel. Pour nettement plus des deux tiers, l’accroissement prévu des émissions sera le fait des pays en développement, qui resteront de gros consommateurs de charbon, le combustible qui contient le plus de carbone.On ne réduira sans doute que très peu le nombre de personnes dépourvues d’électricité – 1,6 milliard aujourd’hui, soit un quart de la population mondiale. D’ailleurs, le nombre d’utilisateurs de combustibles traditionnels, comme le bois ou d’autres formes de biomasse, va augmenter, entraînant l’extension de modes de cuisson et de chauffage peu efficaces et non durables. L’accès de ces personnes à des services énergétiques modernes serait bénéfique pour chacune des dimensions – économique, sociale et environnementale – du développement humain.Heureusement, l’avenir n’est pas gravé dans le marbre. Une action plus vigoureuse des gouvernements pourrait orienter le monde sur une trajectoire énergétique plus durable. Un autre scénario présenté dansWorld Energy Outlook prend en compte l’impact des politiques environnementales envisagées à l’échelle mondiale, de même que les effets d’un déploiement plus rapide des technologies performantes au plan énergétique. Ce scénario laisse présager la possibilité d’une baisse spectaculaire de la demande d’énergie et des émissions de CO2. La dépendance des pays gros consommateurs à l’égard de l’énergie importée pourrait également diminuer, ainsi que celle du monde vis-à-vis du pétrole et du gaz du Moyen-Orient. Les modes de production énergétiques alternatifs permettant de réaliser l’essentiel de ces économies sont d’ores et déjà disponibles, à un prix abordable. Cependant, même en ayant recours à ces technologies, les émissions de CO2 seraient plus élevées en 2030 qu’aujourd’hui. Autrement dit, la voie que nous indiquons pourrait ralentir la progression des émissions de CO2, mais non les réduire.Réduire les émissions nécessiterait l’existence de technologies modifiant radicalement les modes de production et de consommation d’énergie. Les technologies de captation et de stockage du carbone pourraient résoudre le problème des émissions dues aux combustibles fossiles. Par ailleurs, la modernisation des réacteurs nucléaires et les technologies innovantes dans le domaine des énergies renouvelables pourraient un jour contribuer à nous affranchir de la dépendance à l’égard des combustibles fossiles.Le rôle des gouvernements est important : ils peuvent encourager le développement et l’utilisation de ces technologies. Il n’existe pas de solution miracle conduisant à un avenir énergétique durable. Les pays et les régions n’ont pas tous accès aux mêmes ressources, et ils doivent tenir compte des préférences et des infrastructures qui leur sont propres. En conséquence, il convient de ne pas sacraliser une forme d’énergie ou une technologie particulière, ni d’en stigmatiser aucune non plus.Toutefois, il convient de garder à l’esprit quelques points fondamentaux. Le développement économique ne saurait se passer d’énergie et ne peut être durable en l’absence de sécurité des approvisionnements énergétiques. Mais il faut également que la production et la consommation d’énergie soient écologiquement viables. Établir le juste équilibre entre ces impératifs est un défi qui nous concerne tous.RéférencesAIE (2004), World Energy Outlook© L’Observateur de l’OCDE, N°249, Mars 2005


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