Thomas J. Vilsack, ministre de l’agriculture, États-Unis, et Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, France M Thomas J Vilsack et M Stéphane Le Foll; ©DR

La réunion 2016 des ministres de l’agriculture de l’OCDE, que nous avons l’honneur de coprésider, a pour thème « Des politiques meilleures pour un système alimentaire productif, durable et résilient » et vient à point nommé. 

Handewi Purwati Saliem Handewi Purwati Saliem

L’agriculture est confrontée à un avenir complexe : la population mondiale augmente, les pressions sur les ressources naturelles s’accentuent, alors que les questions environnementales comme le réchauffement climatique prennent une grande place.

Imaginez un voyage à travers le temps, pas comme Stephen Hawking, en entrant par un trou de ver dans une nouvelle dimension, mais juste pour voir ce que pourrait être l'agriculture dans plusieurs décennies. Les décideurs et les agriculteurs apprécieraient certainement ce genre d’anticipation.

« La nécessité est mère de l'invention » dit un proverbe, particulièrement adapté aux systèmes agricoles actuels. La demande mondiale croissante de nourriture, de carburants et de fibres exigera une accélération de la productivité agricole, ce qui représente un défi de taille compte tenu des pressions accrues sur les ressources naturelles, dues notamment au changement climatique et à la concurrence autour des terres. Toute croissance de l'agriculture devra donc être durable, par une utilisation plus efficace des ressources. 

En 2015, de nombreux pays ont souffert de graves sécheresses et d’inondations. L'Afrique du Sud n'avait pas vu de telle sécheresse depuis 30 ans, l'Éthiopie pourrait connaître une crise alimentaire majeure, et la canicule a sévi en Californie pour la quatrième année consécutive. Les inondations ont fait plus de 2 000 morts en Inde l’été dernier, et causé des dégâts sans précédents en Angleterre, au Paraguay et en Caroline du Sud. Or, le changement climatique devrait accroître la fréquence et la gravité des événements météorologiques extrêmes dans les années à venir.

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L’agriculture ayant déjà su répondre à l’évolution de la demande dans le passé, on pourrait dire que la sécurité alimentaire est plus une question d’accessibilité financière que de production.

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Depuis 20 ans, le soutien apporté aux producteurs agricoles dans 49 pays étudiés par l’OCDE suit une tendance à la baisse. 

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Les prix des produits alimentaires, comme ceux de nombreux autres produits, ont baissé ces deux dernières années.

Connaissez-vous le point commun entre « bursa siyahi » et « sarilop » ? Si vous aimez les figues fraîches ou les clafoutis, sachez que ce sont deux des plus de 300 variétés de figues recensées dans le monde. La Turquie et l’Égypte en sont les principaux producteurs.

©Vandana Shiva

L’année 2015 est l’Année internationale des sols. C’est aussi l’échéance des Objectifs du millénaire pour le développement, définis en 2000 par l’ONU et bientôt remplacés par les Objectifs de développement durable (ODD). Les 17 objectifs et 169 cibles portent sur de nombreuses questions, mais la protection des sols est le socle de la durabilité et elle est essentielle à presque tous les ODD.

Les décideurs, chefs d’entreprise et autres acteurs font souvent l’éloge de la croissance verte, mais les actions concrètes restent rares. On peut d’ailleurs s’étonner que, même dans l’agriculture, la plupart des pays de l’OCDE n’aient pas encore de stratégie sérieuse. Cependant, d’après l’ouvrage Moyens d’action au service de la croissance verte en agriculture, l’infi niment petit pourrait venir à la rescousse.

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La hausse des prix alimentaires, cause de la famine ? On se souvient des émeutes de la faim dans plusieurs pays en 2008, suite à la hausse brutale des prix de certains aliments. Pourtant, si les prix jouent un rôle important, ils ne constituent pas le problème fondamental.

©Thomas Mukoya/Reuters

Une ONG locale appuie le développement rural dans la Province Orientale, au Nord-Est de la République Démocratique du Congo (RDC). ACIAR* (Appui à la communication interculturelle et à l'auto-promotion rurale) vise à relancer la filière café en Ituri à travers une réponse intégrée aux dégâts sociaux et économiques causés par un conflit d’une rare violence entre 1998 et 2004. Malgré l’intérêt des bailleurs de fonds internationaux, du marché et des autorités congolaises pour le café, il est difficile pour une ONG de terrain, dans une zone aussi abîmée et reculée, de connecter les producteurs de café à l’ensemble des acteurs de la filière.

©Reuters/Amr Abdallah Dalsh

Du grain à moudre

En Turquie, les petites exploitations mettent en péril la productivité agricole et procurent de maigres revenus aux travailleurs du secteur. Les politiques publiques ont amélioré la situation, mais beaucoup reste à faire.

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©OECD/Benjamin Renout

Résoudre la crise alimentaire

Mettre un terme à la faim et à la malnutrition, et plus généralement garantir la sécurité alimentaire mondiale, constitue l’un des problèmes les plus insolubles de l’humanité. Si de nombreux pays autrefois pauvres se développent rapidement aujourd’hui, l’atteinte du premier objectif du Millénaire pour le développement, à savoir diviser par deux la proportion de la population souffrant de la faim au cours de la période 1990-2015, est peu probable. La malnutrition a globalement reculé, mais cette évolution s’est ralentie et les chiffres restent élevés en valeur absolue. En outre, certains pays – principalement en Afrique et en Asie de l’Est – n’ont enregistré aucune amélioration.

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Quelque 18 % de la zone totale arable et permanente de l’OCDE a été ensemencée avec des produits transgéniques entre 2008 et 2010. Les États-Unis dominent la production commerciale de cultures génétiquement modifiées dans l’OCDE, alors que les pays européens de l’OCDE et la Corée en empêchent l’exploitation commerciale, sauf sur quelques petites parcelles à des fins d’expérimentation.

©Yannis Behrakis/Reuters

Que faire dans les années qui viennent pour assurer la sécurité alimentaire ? Voici certaines pistes qui, selon Action contre la Faim, pourraient favoriser un accès sécurisé à l’alimentation pour tous.

© Reuters Staff/Reuters

À l’échelle de la planète, environ un milliard d’individus souffrent de la faim et, avec la persistance de la crise économique, la course à la croissance risque d’aggraver les choses.

Les prix alimentaires ont augmenté dans de nombreux pays entre janvier 2010 et janvier 2011. En outre, ces augmentations, qui se sont accélérées depuis mi-2010, ont inversé la tendance à la baisse de 2009 et du premier semestre 2010, selon les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2011-2020. Les trois quarts des pays de l’OCDE ont enregistré une hausse des prix alimentaires de 5 % ou moins, et la hausse a été supérieure à cela dans une demi-douzaine de pays environ.

L’agriculture recèle un potentiel de croissance, et pas seulement à la campagne. Une agriculture urbaine à grande échelle pourrait faire éclore les germes d’une nouvelle croissance, et améliorer la vie des individus.

Dépenses de santé en hausse ; Dépêches ; Verbatim ; Benvenuto ! ; Économie ; Spéculation alimentaire ? ; Flexibilité chinoise bienvenue ; Échanges sans frontières ; Best of...

Les cultures génétiquement modifiées sont une menace pour la sécurité alimentaire, et non une solution à la crise alimentaire. Le génie génétique n’améliore pas les rendements, et les OGM se sont montrés très sensibles aux changements brutaux de température.

L’agriculture et les systèmes agroalimentaires mondiaux pourront-ils subvenir aux besoins des neuf milliards d’individus qui devraient peupler la planète en 2050 ? Les prédictions de famine mondiale ne sont pas nouvelles, mais les revers récents de la lutte contre la faim ont replacé l’agriculture au centre des discussions internationales.

JP Moczulski/Reuters

L’agriculture ne fait pas que contribuer au changement climatique et en subir les effets. Elle peut aussi faire partie de la solution.

Fayaz Kabli/Reuters

L’agriculture mondiale doit relever un formidable défi dans les 40 prochaines années : produire 50 % d’aliments en plus d’ici 2030 et le double d’ici 2050. Avec des pressions croissantes issues de l’urbanisation, de l’industrialisation et du changement climatique, une bonne gestion de l’eau sera vitale.

Dans les prochaines années, le système alimentaire et agricole mondial devra répondre aux besoins de milliards d’individus supplémentaires et satisfaire des exigences accrues de qualité, d’accessibilité et de disponibilité. La terre, l’eau et les investissements feront l’objet d’une intense concurrence entre l’agriculture et les autres secteurs, et le changement climatique engendrera de nouvelles contraintes. Les ministres et les parties prenantes des pays membres de l’OCDE et des principales économies émergentes se sont réunis à Paris les 25 et 26 février afin de débattre de la meilleure façon de répondre à ces défis.

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La biotechnologie, en constante évolution, est devenue un moteur potentiel de production écologiquement viable et une source avérée d’innovations diverses dans l’agriculture, l’industrie et la médecine. Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle bioéconomie ? La réponse dépendra des politiques publiques.

Un système de réserve de céréales à trois niveaux pourrait protéger les pays pauvres contre l'instabilité et les flambées des prix alimentaires, et aiderait à répondre aux crises alimentaires.

©Str Old/Reuters

En pleine crise financière et économique mondiale, les bonnes intentions des gouvernements et des donneurs - assurer la sécurité alimentaire à long terme pour tous - risquent de fondre comme neige au soleil.

Voici ce qu'on lisait dans le Times du 27 mai 1882 : « Nous avons remporté aujourd'hui une grande victoire sur le monde physique, une victoire impossible et même inimaginable il y a seulement quelques années. » Il ne s'agissait pas de l'invention de l'aviation, ni de la conquête des pôles, mais de viande de mouton... L'événement en question était l'arrivée à Londres du Dunedin, un navire transportant de l'agneau et du mouton en provenance de Nouvelle-Zélande. Sur les 5 000 carcasses, une seule fut déclarée impropre à la consommation, et le reste fut vendu. Le Dunedin démontra ainsi qu'on pouvait transporter des aliments congelés d'un bout à l'autre de la planète et que cela pouvait être un succès commercial.

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