Renouvellement et innovation

La santé des nations est à ce prix

À l’instar des nations, les entreprises et les organisations doivent s’adapter rapidement à l’évolution des situations et de la demande : elles doivent donc constamment se renouveler. Elles peuvent toutes y parvenir – quoique certaines mieux que d’autres – à condition de toujours se référer à quelques grands principes d’organisation.

La bonne santé d’une nation nécessite une capacité de renouvellement constant. Ce précepte s’applique aux entreprises, aux organisations, aux gouvernements et, à vrai dire, à tout le monde. Bien évidemment, le besoin d’innover n’est pas nouveau. Les pères du management – Frederick Taylor, Henri Fayol ou encore Joseph Schumpeter – ont consacré des ouvrages entiers aux répercussions de l’innovation sur la production et l’économie. Et la gestion de l’innovation constitue un volet central des études consacrées au management, depuis les travaux avant-gardistes de Tom Burns et de George Stalker, les études SAPPHO au Royaume-Uni qui comparent les innovations réussies et manquées, ou encore les travaux menés au début des années 1960 dans le cadre des projets spatiaux Apollo et Gemini. Mais, dans les pays membres de l’OCDE, l’impératif de l’innovation prend encore plus d’importance que par le passé, et ce pour trois raisons au moins.Tout d’abord, il convient de mentionner l’évolution du paysage économique. En effet, le monde « industrialisé » est aujourd’hui confronté à des défis majeurs, tels que la mondialisation, l’essor des nouvelles puissances économiques que sont la Chine et l’Inde et la délocalisation des activités de production, mais aussi de recherche et développement. Par ailleurs, de nouveaux leaders technologiques apparaissent, tels que la Corée dans le haut débit opérationnel ou Singapour dans le secteur des biotechnologies.Ensuite, les clients de produits, systèmes ou services nouveaux, ainsi que les citoyens, qui sont eux-mêmes des clients de la puissance publique, sont aujourd’hui bien mieux informés et plus exigeants en termes de conception et de qualité.Enfin, les possibilités offertes par les technologies de l’information et des communications accélèrent le rythme de diffusion de l’innovation à l’échelle mondiale, de telle manière que les idées innovantes surgissent parfois dans des endroits inattendus. C’est ainsi que certaines des meilleures innovations en matière de SMS (système de messages courts) viennent de Manille ou de l’industrie cinématographique indienne et que, à la grande surprise de nombreux économistes, l’Irlande s’est affirmée comme un centre stratégique pour ce qui est des secteurs des technologies de l’information et pharmaceutique.Même si l’innovation devient de plus en plus un élément déterminant de la réussite, elle demeure toujours une entreprise très risquée. Toutes les études consacrées à ce thème aboutissent à des conclusions décourageantes : les chances de réussite de l’innovateur sont minces. En fait, la probabilité de réussite économique de l’innovation varierait entre 20 % et 30 %, selon la plupart des recherches. Les conséquences sont simples : si nous voulons innover, et assurer ainsi notre prospérité, nous devons avoir le courage de vivre avec le risque !Cela dit, nous devons apprendre à améliorer nos chances de succès. Heureusement, grâce aux articles et ouvrages publiés à ce sujet au cours des 30 dernières années, nous disposons de très nombreuses informations sur les moyens d’y arriver et de centaines de bonnes idées, qu’il est possible de classer en huit catégories.La première, fort logiquement, est celle du leadership. Pour réussir, l’innovation nécessite un dessein clair défini par le leadership de l’organisation et la création d’un environnement permettant l’adhésion des collaborateurs à ce dessein. La combinaison du dessein et de l’environnement constitue ce que j’appelle le « contexte stratégique », contexte sur lequel les organisations pourront s’appuyer pour exploiter leur créativité. Certes, cette dernière peut s’épanouir en dehors d’un contexte stratégique clair mais elle sera alors dépourvue de cohérence. Le contexte stratégique fournit des objectifs et une orientation, des indices de références et des modèles de rôle. Il mesure les progrès et montre la voie à suivre.La gestion du risque constitue le deuxième thème stratégique. Il s’agit de s’assurer que les acteurs débutants et expérimentés de l’organisation se comportent en innovateurs et en entrepreneurs et qu’ils peuvent inspirer à leurs collaborateurs l’envie d’en faire autant, car nous avons tous des qualités d’entrepreneurs, même si certains sont plus dotés que d’autres. Les plus motivés, probablement, sautent le pas et créent une entreprise, commerciale ou à but non lucratif. Mais la plupart ont besoin de la sécurité que procure une plus grande organisation comme d’une impulsion susceptible de révéler le meilleur de la personne. La prise de risque ne consiste pas à plonger les yeux fermés. Au contraire, il convient d’évaluer de manière calme et rationnelle quels sont les risques et de se préparer à assumer tous les types d’incertitudes.Sachant que la créativité est nécessairement à l’origine de l’innovation et que nous sommes nombreux à posséder un certain talent de créativité, il incombe à l’organisation d’instaurer un environnement propice pour nous inciter à exprimer cette créativité. Des outils existent et peuvent nous aider en nous faisant sortir des sentiers battus. À ce propos, nous savons que l’exposition à l’information est susceptible de stimuler la créativité, sous réserve de ne pas dépasser un certain seuil pour éviter d’obtenir l’effet inverse. Les récompenses et les marques de reconnaissance peuvent également être utiles, tout comme la désignation de modèles à suivre. Enfin, la pression stimule notre créativité, à condition que des soupapes soient prévues tout au long du processus. L’innovation est essentiellement une « entreprise de l’entreprise » : elle constitue un effort risqué qui doit être supporté par toute l’organisation. Cette intégration organisationnelle est un concept clé pour l’innovation. On a beaucoup écrit sur les différents modes d’organisation possibles : fonctionnel, par projet, réticulaire. Mais à mon avis, l’idée maîtresse est qu’une application de l’innovation exige une appropriation de celle-ci par l’ensemble de l’organisation. L’innovation ne peut être déléguée à un groupe de développement, une équipe ad hoc ou un département marketing. De la première étincelle d’inspiration à la livraison du produit, du service ou du système final, il convient de mobiliser conjointement l’équipe de direction et des opérations pour assurer la réussite du projet d’innovation.Vient ensuite la mise en œuvre. Edison et d’autres grands inventeurs-entrepreneurs nous ont appris que la réussite tient à 2 % d’inspiration et 98 % de transpiration. Nous savons également que les meilleures idées peuvent être dépassées par les événements. C’est pourquoi, dans des situations très incertaines, la gestion de projets est indispensable. Savoir gérer l’inconnu nécessite, notamment, une subtile gestion du savoir, la capacité de traiter avec les parties prenantes et une grande souplesse. Autres éléments déterminants : le temps, une denrée très rare, et la vitesse de mise en œuvre de l’innovation, sans pour autant compromettre sa qualité.La productivité de la gestion de projets dans des conditions d’incertitude nécessite une excellente gestion des flux d’information. Si l’innovation est un processus de production, l’information et les idées constituent les matières premières qu’il s’agit de transformer en biens et services (de meilleure facture). L’accès à des matières premières de qualité est essentiel, et peut nécessiter de réunir physiquement des individus dans un même lieu. Dans le domaine de la banque et de la finance, par exemple, le regroupement est encore souvent la règle, même si l’internationalisation rend cette centralisation moins nette, et cela, malgré les avantages que présente la proximité. Toutefois, les réseaux mondiaux favorisent la circulation des idées et l’offre de compétences. Ils permettent, aujourd’hui, aux entreprises européennes de marketing de collaborer avec des concepteurs de logiciels indiens, des usines de fabrication chinoises et des fournisseurs installés aux États-Unis. Apprendre à gérer ces équipes géographiquement dispersées en faisant un meilleur usage des technologies de l’information constitue un défi majeur. En effet, une orientation trop locale peut vous priver de collaborateurs potentiels, alors que l’éparpillement géographique peut éroder votre influence et causer la perte de votre produit, au profit d’un concurrent.Une fois votre idée concrétisée et votre produit fabriqué, il vous semblerait normal de récolter les fruits de vos efforts, n’est-ce pas ? Cela n’est pas aussi simple et, à ce stade encore, une bonne organisation est indispensable. Si l’économie de marché présente maints avantages, le capital intellectuel est, en effet, vulnérable et vous devrez protéger vos idées innovantes, mais avouons-le, les brevets ou les copyrights ne sont pas toujours suffisants. Dans de nombreux pays, en effet, la valeur de ces outils juridiques est limitée et leur application est onéreuse, en plus d’être source de gaspillage d’un temps précieux. Après tout, comment pouvez-vous prouver que vous avez été plagié, et que vous êtes réellement l’auteur de cette idée ? Heureusement, un ensemble d’outils et de techniques simples sont à votre disposition : secrets de fabrique, marques, monopolisation de ressources, création de marchés captifs, rapidité du processus de développement, etc. Il est sage de ne pas dépendre exclusivement de l’un ou l’autre, mais de les combiner pour obtenir une protection tout à fait correcte.Le marché constitue la dernière, mais non la moindre, de nos huit catégories. L’inclure à ce stade, n’est nullement un rajout de dernière minute. Je suis convaincu qu’une communication de très grande qualité avec le client, l’utilisateur, le citoyen ou toute personne susceptible d’influencer la décision d’achat au cours du processus d’innovation joue un rôle fondamental pour assurer la réussite du projet, car vos magnifiques découvertes sont condamnées si vous perdez le contact avec la clientèle. C’est bien de marketing dont il s’agit : dans un monde concurrentiel, où la vraie originalité et le génie sont rares, un marketing de qualité représente l’arme indispensable pour assurer la réussite du créateur.L’innovation ne peut que vous faire du bien. Gérez-la et protégez-la. Même si vos innovations ne changent pas le monde, la prise en compte de ces huit catégories pourrait vous aider à transformer votre organisation tout à fait quelconque en une entreprise prospère.* Arnoud De Meyer a publié de nombreux écrits dans le domaine de la gestion des technologies et de l’innovation, et a contribué au lancement de plusieurs entreprises.© L’Observateur de l’OCDE, N°243, Mai 2004


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