Vers un système multilatéral prospère

La mondialisation qui s’est opérée ces dernières décennies a été synonyme d’aggravation de l’inégalité des revenus, de violations de plus en plus fréquentes des droits fondamentaux des travailleurs, de dégradation de l’environnement et de persistance d’une pauvreté extrême. Alors que le Forum 2004 de l’OCDE porte sur « Le bien-être des nations », l’économie mondiale fonctionne mal pour une bonne partie de la population.

L’économie mondiale se caractérise par une dangereuse instabilité : les fluctuations monétaires excessives et le risque d’effondrement des marchés boursiers constituent un problème récurrent qui a un coût extrêmement élevé en termes de pauvreté et de chômage. Selon les Perspectives économiques mondiales 2004 de la Banque mondiale, 2,7 milliards de personnes survivent désormais avec moins de US$2 par jour.Ces problèmes se font vivement ressentir dans les pays très endettés des régions en développement et en transition, en particulier les moins avancés. Bien que toutes les nations du monde aient adopté les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en 2000, il est évident pour tous qu’à moins d’efforts exceptionnels, ces objectifs – qui ne représentent eux-mêmes qu’un pas vers l’éradication de la pauvreté dans le monde – ne pourront jamais être atteints d’ici 2015.Un autre problème de notre époque se pose, et celui-ci est très directement lié à la mondialisation des échanges internationaux et aux conséquences involontaires de la libéralisation commerciale décidée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En 2004 et dans les années à venir, des dizaines de millions d’emplois dans les pays en développement seront détruits suite à la levée des obstacles sur les échanges de textiles et d’articles d’habillement et à la concentration croissante de la production mondiale dans un ou deux pays, et en particulier la Chine. Autrement dit, une décision qui a été présentée comme un moyen pour les pays en développement d’accroître leurs exportations et ainsi, d’améliorer le niveau de vie de leurs populations, va avoir des résultats tout à fait contraires dans bon nombre de pays parmi les plus pauvres de la planète.Ces problèmes révèlent une incohérence fondamentale dans la structure du système multilatéral à l’échelle mondiale. Les décideurs ont beau s’engager avec sincérité à atteindre des objectifs louables à l’occasion d’un forum, il n’y a jamais eu de dialogue interinstitutionnel suffisant pour concrétiser ces engagements dans le reste du système international et ainsi parvenir aux résultats voulus.En février 2004, un document remarquable traitant de ce statu quo déplorable a été publié. Le rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation intitulé Une mondialisation juste : créer des opportunités pour tous encourage toutes les organisations du système multilatéral à assurer une plus grande intégration et cohérence des politiques économiques et sociales menées au plan international, pour servir de fondement au développement économique et à la justice sociale.Le rapport, que le mouvement syndical international a salué comme une avancée majeure, incite les organisations internationales (telles que le FMI, la Banque mondiale, l’OIT, l’OMC et l’OCDE) à mettre en place un forum sur les politiques relatif à la mondialisation afin d’assurer une situation plus équitable. Ce forum serait chargé d’étudier et de suivre l’impact social des évènements et des politiques dans l’économie mondiale. Il devra assurer une cohésion entre les institutions internationales sur les questions sociales. Afin d’aborder un aspect particulièrement important de la mondialisation, le rapport de la Commission mondiale plaide en faveur d’une amélioration des conditions de travail dans les zones franches industrielles. Ces zones, qui selon la Commission mondiale, emploient plus de 50 millions de travailleurs dans le monde, dans des pays aussi divers que la République dominicaine et les Philippines, sont souvent des foyers d’action antisyndicale. Les droits syndicaux fondamentaux sont refusés aux travailleurs – en majorité des femmes – du fait que ces zones échappent souvent aux législations nationales du travail, qui sont elles-mêmes parfois peu efficaces.Selon la Commission mondiale, il faudrait créer des initiatives visant à assurer la cohérence des politiques entre les organisations internationales compétentes afin de lutter précisément contre ces conséquences de la mondialisation. À cet égard, l’OCDE a de toute évidence un rôle à jouer de par ses compétences reconnues dans ce domaine, comme en témoigne le projet qu’elle mène actuellement sur les effets de l'ajustement structurel dans le secteur commercial.Le rapport de la Commission mondiale souligne par ailleurs le rôle essentiel des négociations collectives comme moyen de rehausser la productivité et les niveaux de vie, d’assurer l’égalité et de donner aux travailleurs la possibilité de se faire entendre sur leur lieu de travail. Mais pour ce faire, il est indispensable que l’action syndicale soit soutenue par les organisations internationales dont l’influence est réelle. Le rapport vise les responsabilités des institutions internationales et souligne le rôle qu’elles doivent jouer pour faire en sorte que les normes de travail équitables soient respectées.Ainsi, la mise en œuvre des nombreuses recommandations de la Commission mondiale contribuerait sensiblement à développer une forme de mondialisation où chacun trouverait sa place. Elle permettrait de lutter contre la pauvreté et la baisse des niveaux de vie et elle ferait progresser la réalisation des OMD.Il faudra pour cela que les importantes réunions internationales organisées cette année, comme la réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres et le Sommet du G8 en juin, apportent leur soutien total au rapport et commencent à examiner la mise en œuvre des recommandations qu’il préconise. Le Forum 2004 de l’OCDE doit donner à ces réunions une indication claire du niveau de soutien dont le rapport de la Commission mondiale bénéficie au sein de l’OCDE et, de fait, auprès du grand public.© L’Observateur de l’OCDE, N°243, Mai 2004


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