Biotechnologies et industrie pharmaceutique

Retour vers le futur

Les biotechnologies sont promises à un grand avenir dans le domaine des soins de santé. Voici pourquoi.

L’histoire des entreprises est peuplée de héros, mais aussi de méchants. Le XXe siècle a ainsi produit son lot d’industries « haïssables » – fabricants de tabac et de boissons alcoolisées, constructeurs automobiles, etc. – qui pouvaient être accusées de nuire à notre santé, de polluer l’air que nous respirons, de mettre en danger nos enfants et, plus généralement, de faire passer leurs profits avant le bien-être de la société.Quelques décennies plus tard, c’est un nouveau « méchant » providentiel qui est devenu l’objet de notre mépris : l’industrie pharmaceutique mondiale. Son péché ? Engranger des profits sur la découverte, la fabrication et la vente de produits permettant de soigner (et parfois de guérir) les innombrables maux dont est affligé le genre humain, de l’arthrite à l’asthme, du cancer au diabète, des maladies cardiovasculaires aux pathologies neurodégénératives – bref, sur des traitements pour quasiment tous les organes du corps humain.Pour l’instant, la petite sœur de l’industrie pharmaceutique, l’industrie biotechnologique, reste l’enfant chérie tant qu’elle annonce des découvertes scientifiques, qu’elle crée des emplois et stimule la prospérité économique dans les régions qui ont le privilège d’accueillir les « grappes biotechnologiques ». Mais à mesure qu’elles parviennent à l’âge adulte et mettent sur le marché des produits nouveaux à forte valeur ajoutée, les entreprises de ce secteur se voient à leur tour rapidement vouées aux gémonies au motif qu’en faisant payer leurs produits, elles tirent profit des « victimes » non averties (à savoir les malades qui pourraient bénéficier de ces nouvelles thérapies).Où cette relation troublée entre la société et les industries biotechnologique et pharmaceutique nous mène-t-elle ? Pour ma part, je vois, quasiment à portée de main, un nouvel avenir extraordinaire, passionnant, où plusieurs facteurs essentiels se conjugueront pour ouvrir une ère de productivité exceptionnelle de la recherche et développement (R&D) pharmaceutique, laquelle débouchera sur une nouvelle génération de produits améliorant les soins de santé et, au bout du compte, sur une large acceptation par l’opinion publique d’une industrie (bio)pharmaceutique intégrée. Ces facteurs essentiels, indépendants et pourtant imbriqués, sont les suivants : le déferlement de nouvelles connaissances sur les mécanismes moléculaires des maladies qui s’est enclenché depuis le tournant du séquençage du génome humain et qui s’est accéléré avec l’émergence des « omiques » (génomique, protéomique, etc.) ; l’existence d’un nouvel ensemble d’outils technologiques ultra-rapides pour l’identification de cibles biologiques et la création de nouvelles entités chimiques afin d’évaluer leur potentiel en tant que produits. Il s’agit également de l’augmentation des dépenses annuelles de R&D des entreprises pharmaceutiques dans le monde, qui ont dépassé les US$45 milliards en 2002, selon la Fédération internationale de l’industrie du médicament (FIIM) ; et la « nouvelle » donne entre les piliers indissociables que sont la recherche universitaire/publique, l’industrie et les prestataires de soins, qui fait que la collaboration commence plus tôt, dure plus longtemps et met en jeu une réelle coopération interdisciplinaire – qui va, en résumé, « du laboratoire au chevet du malade ».Utopique ? Peut-être, mais pas tant que cela si l’on considère les six points suivants : Premièrement, le modèle de R&D fondé sur l’esprit d’entreprise et les lois du marché fonctionne bel et bien dans le domaine de l’innovation des soins de santé. Ainsi voit-on arriver sur le marché de nouvelles thérapies pour lutter contre des « ennemis » tenaces comme les accidents vasculaires cérébraux, la maladie d’Alzheimer, le cancer, les lésions cérébrales traumatiques, etc. Et l’industrie n’a pour l’instant fait qu’effleurer les besoins de la collectivité.Deuxièmement, l’industrie biotechnologique a obtenu des résultats concrets. Une centaine de médicaments issus des biotechnologies sont déjà sur le marché, et 350 à 400 autres sont en cours de mise au point. Qui plus est, les biotechnologies évoluent et ne sont plus considérées comme les parents pauvres des grandes entreprises pharmaceutiques. Cellesci viennent désormais rechercher les innovations biotechnologiques à la source (la preuve en est que beaucoup de multinationales du médicament ont implanté leurs centres de recherche dans les régions qui ont vu naître les biotechnologies). Après avoir évolué chacune de leur côté et collaboré difficilement, les industries biotechnologique et pharmaceutique connaissent enfin la « convergence » tant attendue.Troisièmement, nous vieillissons. Du fait de ce vieillissement de la population qui touche toutes les grandes nations industrielles, les soins palliatifs (principalement en établissements spécialisés) vont devenir un cauchemar économique. Les pharmacothérapies permettant de traiter – et, espérons-le, de prévenir – les pathologies chroniques et débilitantes comme la maladie d’Alzheimer, représentent une chance de changer la donne. Les 70 millions d’Américains et les dizaines de millions d’Européens nés immédiatement après la Deuxième Guerre mondiale et qui rejoindront le troisième âge au cours des cinq prochaines années en feront l’expérience. Déjà, certains signes indiquent clairement que la génération qui a transformé la société à chaque étape de la vie, de la maternelle jusqu’à la cinquantaine, va bientôt s’attaquer au défi des infirmités de la vieillesse.Quatrièmement, la médecine moléculaire (ou pharmacogénomique ou médecine personnalisée) évolue plus vite qu’on ne le pense. Les nouveaux produits en cours de mise au point vont conduire à redéfinir les maladies (en faisant entrer en ligne de compte le fait que les cancers de deux personnes, par exemple, bien que semblables d’un point de vue clinique, sont différents sur le plan moléculaire et prédisposent ces deux personnes à des réactions aux traitements et à des résultats cliniques également différents). Ces outils de diagnostic et de traitement sont appelés à se multiplier et annoncent la fin de l’approche uniformisée dans la pratique pharmaceutique. Cinquièmement, des géants des technologies de l’information comme IBM ont pris un engagement fort à l’égard des sciences du vivant. À mesure de la transformation de la médecine en une discipline véritablement fondée sur l’information, la découverte et la préparation du médicament adapté à chaque patient deviendront tôt ou tard plus rapides et plus rentables. Les banques de tissus biologiques créées au niveau national en Europe et bientôt aux États-Unis facilitent cette évolution en comblant le fossé entre la recherche biologique fondamentale et le développement clinique de nouveaux médicaments.Enfin, bon nombre des outils technologiques requis sont en place. Une restructuration majeure de l’ensemble du processus de R&D pharmaceutique a eu lieu. Le résultat ne se trouve pas encore dans les pharmacies, mais il n’est pas difficile d’imaginer que d’ici trois à cinq ans, c’est une véritable petite vague de nouveaux produits génétiques qui arrivera sur le marché une fois les essais cliniques achevés.Aussi positifs qu’ils soient, tous ces faits et toutes ces évolutions en cours ne doivent pas faire oublier les problèmes considérables que connaissent les systèmes de soins de santé, et la seule mise au point de produits pharmaceutiques, même contre les maladies difficilement traitables, n’y changera rien. Dans les années à venir, ces problèmes seront probablement abordés grâce à une multitude de changements d’orientation et de réformes. En attendant, évitons de diaboliser tous ces gens qui ne sont certes pas parfaits, mais dont le défaut est surtout d’essayer d’innover et de se consacrer sans relâche à l’amélioration du sort des malades, en dépit des formidables défis scientifiques et des risques économiques qu’impose la R&D pharmaceutique.Aussi, c’est à chacun d’entre nous de se sentir concerné par ces avancées et par la concrétisation de ces nouvelles perspectives d’avenir stimulantes. Car les entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques ne sont pas les méchants de l’histoire, mais bien les héros qui détermineront pour nous les soins de santé au XXIe siècle.* Feinstein Kean Healthcare est une société de conseil spécialisée dans les sciences du vivant etdont le siège est à Cambridge (Massachusetts, États-Unis).© L’Observateur de l’OCDE, N°243, Mai 2004


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