Comment vaincre les nouvelles maladies infectieuses ?

Les leçons du SRAS et de la grippe aviaire

Des maladies infectieuses peuvent apparaître et se propager en ayant des effets meurtriers et débilitants. Il est cependant possible de les enrayer, comme nous le montre l’épisode du SRAS.

L’on a souvent présenté le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) comme étant la première nouvelle maladie grave du XXIe siècle. Celle-ci a confirmé certaines prophéties proférées à la suite d’une autre grande « première » survenue également au début de ce siècle : la propagation délibérée, fin 2001, de spores d’anthrax par des bioterroristes, via le système postal américain. Avec cet acte, auparavant inconcevable, les responsables politiques et le grand public ont pris conscience des ravages qu’une maladie infectieuse, d’origine naturelle ou intentionnelle, était susceptible de provoquer dans un monde extrêmement mobile et étroitement interconnecté. L’attention s’est alors portée sur plusieurs caractéristiques de ces maladies infectieuses « modernes » dont les flambées constituent une menace particulièrement inquiétante, quelle qu’en soit la cause. Ces maladies se distinguent, notamment, par des périodes d’incubation silencieuse qui permettent aux voyageurs de transporter à leur insu les microbes ; par une vitesse de propagation mondiale élevée, favorisée par l’importance du trafic aérien ; et par un risque de perturbations sociales et économiques, que les systèmes de communication électronique et l’étroite interdépendance des économies amplifient davantage. Plusieurs scénarios ont été élaborés pour tenter de prédire l’ampleur de l’épidémie et des perturbations en cas de propagation délibérée d’une maladie de ce type, telle la variole qui présente une longue période d’incubation, un taux de mortalité élevé et qui n’a aucun remède connu.En plus de celles-ci, le SRAS montre de nouvelles caractéristiques. Apparu en février 2003, il s’est rapidement propagé par les voies du transport aérien, mettant en danger tous les pays possédant un aéroport international. Il n’existait ni vaccin ni traitement efficace, et le SRAS entraînait la mort de plus d’une personne sur dix infectées. Cependant, alors que la ressemblance des symptômes avec ceux de plusieurs maladies rendait le diagnostic difficile, le SRAS touchait particulièrement les professionnels de la santé et se propageait très facilement dans les milieux hospitaliers. En définitive, il a remis en cause certaines hypothèses depuis longtemps admises sur l’impact des maladies à caractère épidémique dans les pays riches, tout en constituant un test quant à la possibilité de stopper une maladie émergente.Déjà, à la suite d’événements qui ont marqué les dernières décennies du XXe siècle, la conviction que l’on pouvait facilement vaincre les maladies infectieuses avait été battue en brèche. Avec le développement rapide de formes de résistance aux médicaments au début des années 1970, les antibiotiques avaient perdu de leur efficacité les uns après les autres. En 1976, l’Afrique avait été touchée par la fièvre hémorragique Ébola, l’épidémie la plus dramatique et potentiellement la plus dangereuse de toutes les nouvelles maladies virales survenues dans le monde au cours des30 dernières années. Enfin, après être apparu au début des années 1980, le sida s’est répandu à travers le monde et s’est rapidement fixé, provoquant la crise humanitaire la plus grave de tous les temps. Au final, 40 nouveaux agents infectieux ont été découverts au cours des trois dernières décennies.La vulnérabilité de l’ensemble des nations face aux maladies infectieuses était donc largement admise au début du XXIe siècle. Il n’empêche, de nombreux experts estimaient que les nouvelles maladies infectieuses ne pourraient pas se fixer, avec leurs effets dévastateurs, dans les pays riches. En effet, grâce à la découverte et à la large diffusion de médicaments antirétroviraux, ces nations avaient pu atténuer considérablement les conséquences du sida. Par ailleurs, la plupart des nouvelles maladies mortelles – notamment, les fièvres hémorragiques d’Ébola, de Marburg et de Lassa – étaient considérées comme des maladies liées à la pauvreté et à des hôpitaux mal équipés. On estimait que les bonnes conditions d’hygiène dans les pays industrialisés et leur capacité à maîtriser les infections protégeraient leurs populations des ravages provoqués par les maladies à caractère épidémique dans les autres parties du monde.Le SRAS a fait la preuve du contraire. Une bonne hygiène et des normes sanitaires rigoureuses n’ont été d’aucun secours contre le virus : la maladie s’est propagée plus rapidement dans des établissements de soins ultra performants ayant adopté certaines procédures médicales qui ont contribué à accroître sensiblement le risque de transmission. Par ailleurs, le SRAS a démontré que l’apparition d’une nouvelle maladie, mortelle et peu connue, dans un monde étroitement interconnecté et interdépendant, pouvait affecter la croissance économique, les échanges, le tourisme, les performances des entreprises, les carrières politiques et la stabilité sociale.Alors que le public associe le SRAS à un masque blanc, ce sont les images d’aéroports déserts et de rues étrangement calmes qui illustrent de la manière la plus frappante les répercussions économiques. De fait, le SRAS a modifié la manière dont les économistes perçoivent les pertes économiques liées aux maladies, qu’ils estimaient auparavant en se fondant sur les éléments suivants : coûts des traitements médicaux, taux d’absentéisme au travail et pertes de productivité. À l’heure actuelle, le calcul du coût économiquelié au SRAS n’est pas finalisé, mais on considère qu’il pourrait se situer entre US$30 et US$100 milliards, la majeure partie de ces sommes étant due à une chute des échanges et des investissements étrangers. Les conséquences du SRAS dans les pays riches ont été dévastatrices mais brèves. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a, la première, déclenché une alerte mondiale concernant la nouvelle maladie à la mi-mars 2003. Dès le départ, l’objectif était d’éliminer les possibilités de propagation, d’interrompre la transmission et d’empêcher la maladie de s’implanter de manière permanente et de constituer un nouveau danger pour la santé mondiale. Heureusement, la communauté internationale était bien mieux préparée pour faire face au SRAS qu’elle ne l’était à l’époque de l’apparition du virus Ébola ou du sida. D’une part, la lutte contre ce dernier fléau a démontré que la meilleure manière de réagir en cas de survenance d’une nouvelle maladie consistait à déployer tous les moyens nécessaires pour l’empêcher de s’établir. D’autre part, le combat contre le SRAS a mis en lumière certains des avantages de la mondialisation : possibilité d’exploiter la rapidité des communications électroniques et les nouvelles technologies de l’information pour mettre en place une riposte d’urgence et volonté de la communauté internationale de constituer un front uni face à une menace commune.À tous les niveaux de la société, des chefs d’État jusqu’aux volontaires locaux, les acteurs se sont ralliés à l’objectif de vaincre le SRAS dès son apparition. Tous les moyens ont été mis à contribution, de l’échange électronique de micrographies électroniques du virus à la distribution massive de thermomètres. La volonté des plus grands scientifiques, cliniciens et épidémiologistes de collaborer au sein de réseaux « virtuels » permanents a favorisé le progrès des connaissances, ainsi que la résolution des énigmes que suscitait la progression de la maladie. Il n’a fallu qu’un mois pour identifier l’agent causal : un nouveau coronavirus jusqu’alors inconnu. Et, moins de quatre mois après la première alerte mondiale, l’OMS était en mesure d’annoncer, le5 juillet 2003, que toutes les chaînes connues de transmission inter-humaine avaient été rompues. Paradoxalement, la première nouvelle maladie du XXIe siècle a été mise en échec grâce au recours d’outils de contrôle mis au point au XIXe siècle : détection des cas, isolement, quarantaine, maîtrise de l’infection et suivi des contacts – dont l’effet a été amplifié par les dernières technologies en matière de communication.La possibilité, ouverte par le SRAS, de vaincre des maladies émergentes a conféré une importance encore plus grande aux dispositifs nationaux et internationaux de surveillance des maladies épidémiques. Les systèmes de surveillance mis en place pour le SRAS sont toujours en alerte.En janvier 2004, de nouvelles inquiétudes ont surgi, lorsque des cliniciens ont détecté dans un hôpital d’Hanoi (Vietnam) un nombre inhabituel de cas de maladie respiratoire aiguë, avec un taux de mortalité élevé et de cause inconnue. L’OMS a été rapidement prévenue et son réseau de laboratoires a pu identifier la cause de la maladie : un virus de la grippe particulièrement dangereux qui n’infecte normalement que les oiseaux. Cette découverte a incité les pays asiatiques, puis le reste du monde, à accroître la vigilance concernant les cas sévères de grippe aviaire frappant les poulets et les humains, car ils pourraient annoncer le début d’une autre épidémie. L’événement a également encouragé les pouvoirs publics à élaborer ou à renforcer leurs plans d’urgence en cas de pandémie et à exploiter au mieux la collaboration internationale sans précédent qui s’est instaurée pendant l’épisode du SRAS, en vue de protéger le monde d’autres dangers.Les efforts qui devront être consentis, à l’avenir, pour endiguer les maladies émergentes pourront s’inspirer des leçons tirées de ces événements, qui sont au nombre de trois. Tout d’abord, la mise en place d’un système de surveillance efficace, aux plans national comme international, apparaît essentielle. Ensuite, tous les pays ont intérêt à collaborer à l’échelle mondiale dans la mesure où les maladies infectieuses constituent une menace potentielle pour chacun d’entre eux. Enfin, une coordination internationale – impulsée par l’OMS ou assurée dans le cadre du Règlement sanitaire international –s’impose pour garantir que les efforts communs donnent les meilleurs résultats au service de la santé des peuples.© L’Observateur de l’OCDE, N°243, Mai 2004


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