Défis de taille

Secrétaire général de l’OCDE

Évolution démographique et changement climatique : plus je m’informe, plus je suis convaincu que ces deux phénomènes seront à l’origine de bon nombre des grands défis du XXIe siècle, surtout pour nos descendants. Permettez-moi d’imaginer quelques scénarios en mettant en relief les principaux problèmes qu’ils soulèvent.

Commençons par la démographie. Les pays développés connaissent déjà un vieillissement de leur population. Certes, l’augmentation de l’espérance de vie est un acquis considérable, mais lorsqu’elle se conjugue à une baisse du taux de fécondité, elle entraîne de graves conséquences économiques et sociales. De fait, si la tendance actuelle se maintient, la population en âge de travailler sera de moins en moins nombreuse à assurer le soutien économique de retraités dont le nombre va croissant. Le coût des pensions et des soins de santé, conjugué à l’augmentation de la dette publique, risque fort de grever de façon intolérable les finances publiques et les travailleurs de demain.Les pouvoirs publics réussiront-ils à élaborer des politiques permettant d’enrayer le déclin démographique ou d’augmenter la productivité ? Ou faudra-t-il revoir les contrats sociaux et diminuer le montant des pensions, les soins de santé ou autres prestations de sécurité sociale ?Les pays de l’OCDE pourraient-ils résoudre les problèmes démographiques en attirant de nombreux migrants originaires des pays en développement ? Nos sociétés seraient-elles prêtes à accueillir et à intégrer des flux de nouvelles minorités dont la culture, la religion et les valeurs sociales sont différentes des nôtres ? Nous voudrions bien le croire. Cependant, une telle politique se solderait probablement par un échec, car dans de nombreux pays de départ de migrants, les taux de natalité s’effondrent.Nos gouvernements décideront peut-être de repousser l’âge de la retraite jusqu’à 70 ou 75 ans, voire plus. Peut-être augmenteront-ils le nombre d’heures ouvrées annuellement, sachant qu’aujourd’hui, les Allemands travaillent 1 500 heures, alors que les Coréens effectuent 2 400 heures.Ce sont là des questions difficiles auxquelles les pays industrialisés se trouvent confrontés actuellement. Mais d’ici peu, les pays en développement seront également confrontés à ces enjeux, notamment la Chine qui a choisi de pratiquer la politique de l’enfant unique. Je suis très inquiet. Les décideurs politiques seront-ils capables de trouver des solutions ?Il y a une dizaine d’années, on croyait tous qu’en 2050, la population mondiale avoisinerait les 12 milliards d’individus ! On parlait alors fréquemment de « bombe à retardement démographique » en évoquant le défi que poserait l’alimentation des populations en pleine croissance des pays en développement. En réalité, la« bombe » a déjà explosé. La population mondiale est passée de1,6 milliard d’individus à la fin du XIXe siècle à plus de6 milliards à la fin du XXe. Le cauchemar du malthusianisme s’est dissipé, du moins pour l’instant. Mais nous exerçons toujours d’énormes pressions sur l’environnement, ce qui m’amène au second phénomène planétaire qui déterminera les programmes d’action gouvernementale au cours de ce siècle : le changement climatique.Il semble incontestable que l’atmosphère de la planète se réchauffe et que le phénomène s’accélère. On peut toujours discuter des causes, encore que la forte corrélation entre l’élévation des températures et l’augmentation des émissions de CO2 devrait interpeller l’ensemble des observateurs. La véritable question tient en trois mots : « à quel rythme ? » – lent, rapide ou soudain ?Le scénario catastrophe correspond à la goutte d’eau qui fait basculer le canoë : un changement climatique brutal qui se produirait si les températures de notre planète dépassaient un seuil entraînant l’équivalent d’un chaos climatique. Cette perspective est terrifiante. Et certains assurent qu’elle pourrait se réaliser d’ici 10 ans.Fort heureusement, le scénario le plus probable est celui tablant sur une poursuite du changement climatique à un rythme nous permettant de nous y adapter. J’en ai pris acte en encourageant les pays membres de l’OCDE à s’intéresser, dans le cadre de nos travaux sur l’environnement, à deux grands enjeux. D’abord, comment ralentir le changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre via, notamment, la mise en œuvre du Protocole de Kyoto et un recours plus large aux technologies n’émettant pas ce type de gaz. Ensuite, identifier des domaines dans lesquels il convient tout particulièrement de s’adapter et de faire preuve de vigilance.L’adaptation est une question relativement récente. L’accumulation de données conduit à penser que les conditions climatiques extrêmes – telles que la vague de chaleur de l’été dernier qui a entraîné le décès de nombreuses personnes âgées en Europe – se reproduiront plus fréquemment. Nos infrastructures sont-elles capables de supporter d’autres vagues de chaleur ou de froid intense ? Avons-nous recensé les communautés exposées à des inondations éclair ? Pourrons-nous combattre les maladies tropicales qui se propageront dans nos pays du fait du réchauffement climatique ? Concernant l’agriculture, pouvons-nous changer le type de cultures aussi rapidement que le climat évolue, et faire face à une chute des précipitations dans certaines régions alors qu’ailleurs elles augmentent de manière spectaculaire ? Sommes-nous prêts à accueillir des « réfugiés de l’environnement » si les digues ne permettent plus de protéger les terres inondables ? Sommes-nous prêts à réagir pour le jour où le Gulf Stream disparaîtra ?Les questions sont nombreuses. Pourtant, elles vont toutes dans le sens d’une seule interrogation : sommes-nous en train de nous préparer pour faire face à un changement climatique inévitable ? Qu’il s’agisse d’évolution démographique ou de changement climatique, il ne suffit pas de réfléchir à ces problèmes dans les laboratoires ou les universités. Nous avons besoin de disposer d’options en matière de politique publique dans nos pays. La forte interdisciplinarité qui caractérise l’OCDE, ainsi que l’accès direct aux décideurs constituent des atouts intéressants, qu’il faudrait exploiter au plus vite.© L’Observateur de l’OCDE, N°243, Mai 2004


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