R-D, MONDIALISATION ET POUVOIRS PUBLICS

La R-D scientifique et technologique se mondialise, avec des effets positifs. Les pouvoirs publics sont toutefois préoccupés.
Direction de la science, de la technologie et de l'industrie
L’organisation de la R-D industrielle dans les pays de l’OCDE est en pleine transformation. En témoignent l’importance croissante des investissements directs étrangers dans la recherche, la multiplication des alliances stratégiques internationales et l’intensification des échanges de biens à forte intensité technologique. La contribution des filiales étrangères à l’ensemble des investissements consacrés à la R-D manufacturière dans les pays de l’OCDE s’élève aujourd’hui à 12 %. Elle devrait augmenter dans la plupart de ces pays. Cependant, cette contribution varie considérablement selon les pays : de 5 % au Japon à plus de 60 % en Irlande.
La part des filiales étrangères dans les investissements consacrés à la R-D industrielle est plus importante dans les pays où la contribution de ces filiales à la production locale est significative, mais aussi dans ceux où les filiales étrangères sont concentrées dans des industries à forte intensité de R-D, comme l’industrie pharmaceutique. A l’exception du Japon, le pourcentage des dépenses de R-D financées par des sources étrangères a considérablement augmenté depuis 1981 dans les sept pays les plus actifs en R-D.Le nombre de laboratoires étrangers est indique également à quel point la recherche se mondialise. Une étude portant sur 32 entreprises internationales des secteurs pharmaceutique et électronique révèle que le nombre de nouveaux laboratoires affiliés à l’étranger a pratiquement triplé entre 1985 et 1995. Cependant, l’expérience de l’industrie pharmaceutique n’est pas commune à toutes les industries, car la forte réglementation à laquelle elle est soumise incite à privilégier, comme stratégie d’entrée sur un marché, l’investissement direct plutôt que les échanges. Par ailleurs, bien que l’établissement de nouveaux sites de R-D à l’étranger se soit accéléré dans les années 80, certaines entreprises possèdent des laboratoires ailleurs que dans leur pays d’origine depuis bien avant la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, aux États-Unis, on compte au moins 635 installations de R-D autonomes appartenant à des intérêts étrangers, dont plus de la moitié ont été établies après 1986. En Europe, on dénombrait en 1995 plus de 300 installations de R-D japonaises, soit deux fois plus qu’en 1989.L’essor considérable qu’ont connu les alliances stratégiques internationales dans la R-D a profité aux entreprises engagées dans des activités scientifiques et technologiques. Cela leur a permis notamment d’avoir accès aux technologies et marchés étrangers, de limiter les risques au minimum et de récupérer rapidement les coûts élevés du développement technologique. Entre 1980 et 1994, le nombre total d’alliances scientifiques et technologiques a augmenté de 10,8 % par an, et 65 % de ces alliances concernaient deux partenaires originaires de pays différents. Les alliances axées sur la technologie sont courantes surtout dans les industries des technologies de l’information, des biotechnologies et des matériaux avancés. Ce recours aux alliances montrer que les connaissances techniques indispensables sont de plus en plus dispersées dans le monde, bien qu’elles soient surtout concentrées dans ce que l’on appelle les pays de la Triade, à savoir l’Europe, le Japon et l’Amérique du Nord.Inquiétude des gouvernementsCes tendances paraissent globalement positives, bien que dans de nombreux pays – qu’ils soient sources nettes ou bénéficiaires nets d’investissements directs étrangers dans la recherche industrielle – les gouvernements soient préoccupés par la mondialisation de la R-D. Certains pays sources des investissements étrangers dans la R-D s’inquiètent de voir se vider leur base de recherche lorsque les entreprises nationales effectuent une part plus importante de leur R-D à l’étranger. Ils craignent en fait que la force et l’indépendance industrielles du pays ne s’effritent si l’innovation devient aussi mobile que la production. De leur côté, les pays bénéficiaires doutent que les laboratoires des filiales étrangères soient guère plus que des “antennes d’écoute”, qui pourraient contribuer davantage au développement de la recherche nationale. Le niveau de recherche des filiales étrangères est en général moindre que celui des entreprises nationales, sauf pour quelques pays comme l’Australie, l’Irlande et le Royaume-Uni. Aussi, peut-on comprendre que les gouvernements des pays hôtes souhaiteraient optimiser les retombées des investissements étrangers en R-D pour l’économie nationale.Une préoccupation qui semble être partagée par tous les pays concerne l’effet des fusions et des acquisitions internationales sur la R-D. Celles-ci permettent de rationaliser des activités faisant double emploi à l’échelle mondiale, comme cela est le cas dans l’industrie pharmaceutique et les télécommunications. Il reste à savoir quels seront les laboratoires qui seront maintenus et ceux qui seront forcés de réduire leurs activités.Favorable à la croissance Les réactions des pouvoirs publics à la mondialisation de la R-D sont variées. Les politiques mises en œuvre vont du soutien enthousiaste à l’investissement direct étranger dans la R-D à des restrictions à la participation étrangère dans le secteur de la recherche nationale. Quel que soit le type de politiques, aussi bien les administrations nationales que régionales semblent s’entendre sur le fait, qu’en dépit des préoccupations, une solide présence dans au moins un sous-secteur des industries de haute technologie est importante, non pas comme une fin en soi, mais en raison de la contribution de ces industries à l’économie.Dans les pays avancés, les industries à caractère technologique connaissent souvent des taux de croissance supérieurs à ceux des autres secteurs. Cela est du en partie au fait que le changement technologique est l’un des principaux facteurs qui influencent l’augmentation de la productivité. Cependant, si les investissements dans la R-D sont importants pour une économie, les améliorations de la productivité sont souvent attribuables à l’utilisation de technologies mises au point à l’extérieur de l’entreprise. Étant donné que le stock de connaissances a une dimension de plus en plus internationale, la croissance d’un pays dépend de sa capacité d’adopter les innovations technologiques, d’où qu’elles viennent.Qu’en est-il de l’emploi ? Les faits sont encourageants. Dans les pays de l’OCDE, le nombre d’emplois manufacturiers a diminué de 10 % entre 1980 et 1995, mais le secteur manufacturier à caractère technologique n’a pas autant souffert. En Europe, dans les années 80, l’emploi a progressé plus rapidement pour le personnel scientifique et technologique que pour toutes les autres catégories d’emploi manufacturier et de services. Sur l’ensemble de la période, les emplois manufacturiers dans les pays de l’OCDE se sont déplacés des industries à faible intensité technologique vers les industries à moyenne ou à forte intensité technologique. D’autre part, les nouvelles entreprises à caractère technologique peuvent être une source importante de création d’emplois. C’est un fait certain qu’elles créent des emplois bien rémunérés qui exigent une main-d’œuvre qualifiée. Il n’est donc pas surprenant qu’en dépit de leurs préoccupations et des résultats mitigés des régimes mis en œuvre en faveur des nouvelles entreprises, les pouvoirs publics restent intéressés par la R-D.Cet article est basé sur le rapport « Mondialisation de la R-D industrielle : question de politique ». Le rapport complet, ainsi qu’une bibliographie détaillée, est disponible sur le site http ://www.oecd.org/dsti/sti/s_t/index.htm.


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