Pour une action durable

Vous vous souvenez du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg ? Le ministre norvégien de l’Environnement, Børge Brende, président de la Commission du développement durable des Nations unies depuis mai 2003, est déterminé à faire en sorte que les engagements pris à cette occasion et lors d’autres réunions ne resteront pas lettre morte. Nous l’avons interviewé.

M. Brende, vous présidez la Commission du développement durable (CDD) des Nations unies. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru depuis le Sommet mondial de 2002 à Johannesburg ?M. Brende : Le bilan est mitigé. Peu de pays sont en passe d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement concernant la réduction de la pauvreté. La situation est particulièrement inquiétante en Afrique, où peu de pays ont progressé.Dans le domaine de l’eau et de l’assainissement, nous constatons à la fois des améliorations et des contre-performances. Ce qui est positif, c’est que la moitié des pays du monde sont sur le point d’atteindre l’objectif en matière d’approvisionnement en eau potable. Dans les années 1990, le nombre de personnes bénéficiant d’un accès amélioré à l’eau potable a augmenté de quelque 900 millions, passant de 78 % de la population mondiale à 82 %. De nombreux pays d’Asie sont sur la bonne voie, mais ce n’est pas le cas de la plupart des pays des autres régions. Là encore, c’est l’Afrique qui connaît le plus de difficultés.En revanche, pour l’instant, seuls un tiers de tous les pays et un quart des pays les moins avancés sont susceptibles d’atteindre l’objectif concernant l’assainissement. Nous savons que, dans le monde en développement, 90 % des eaux usées ne sont pas traitées. C’est en Asie centrale et du Sud et en Asie de l’Est que la tâche est la plus lourde. Et au cours de la décennie à venir, les plus gros problèmes d’assainissement se poseront dans l’Inde rurale et en Chine.Il ne fait pas de doute que la communauté internationale s’est fixée des objectifs de développement durable ambitieux. Des engagements et des objectifs importants ont été arrêtés à toutes les réunions entre le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, et le Sommet de Johannesburg en 2002.Ce qu’il faut, maintenant, c’est mettre en œuvre ces accords. À la CDD12 (c’est ainsi que l’on désigne en abrégé, à l’ONU, la commission que je préside), nous allons concentrer nos efforts sur cette mise en œuvre en nous limitant à certains domaines. Nous avons donc inscrit l’eau, l’assainissement et les établissements humains en tête de l’ordre du jour de nos deux prochaines sessions.Quels résultats espérez-vous obtenir, en tant que président de la CDD, dans les prochaines semaines ou les prochains mois ?J’espère que la CDD12 servira de référence aux futures réunions de synthèse de la CDD. Avec seulement trois thèmes principaux à l’ordre du jour, nous devrions pouvoir davantage dégager des solutions. J’ai invité un éventail plus large de ministres, dont certains considéraient jusqu’ici que la CDD ne relevait pas de leur « domaine ». Les ministres chargés de l’eau, de l’assainissement, des établissements humains, mais aussi du développement international et des finances, ont été invités à participer. Je projette également de donner à la session la forme d’un dialogue ouvert et interactif entre les participants, en mobilisant les organismes internationaux concernés, les experts et les représentants de la société civile, et en mettant tout particulièrement l’accent sur les pratiques et les principes les meilleurs. Plusieurs questions clés appellent une action, mais je crois que la gestion intégrée des ressources en eau, objectif fixé pour 2005, est l’une des plus importantes. La Décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement (1981-1990) nous a appris que si les stratégies d’exploitation et de gestion des ressources en eau ne sont pas intégrées aux autres plans et stratégies qui s’appliquent à l’ensemble de la collectivité, les résultats ont peu de chances d’être durables. La plupart des analyses montrent que la « crise de l’eau » est avant tout un problème institutionnel. Il est donc crucial d’élaborer des plans de gestion intégrée des ressources en eau d’ici 2005, afin d’avancer sur la voie de l’objectif fixé pour 2015.L’opinion publique pourrait être déçue par le développement durable. On risque de ne pas avancer assez vite, de laisser filer les objectifs. Les décideurs peuvent-ils vraiment changer la donne ? Bonne question. En tant qu’homme politique, j’en suis bien entendu convaincu. Dans le domaine de l’eau et de l’assainissement, comme dans beaucoup d’autres, c’est d’abord aux pouvoirs publics d’assurer l’accès aux services. Cela ne fait aucun doute. L’État met en place le cadre réglementaire et veille à ce que les pauvres bénéficient du service dont ils ont besoin et ne soient pas soumis à des coûts excessifs. Néanmoins, je crois que la question de savoir qui doit assurer ce service prend trop souvent un tour idéologique. Je pense qu’il est plus important de faire en sorte que ce service soit effectivement fourni. L’une de mes principales préoccupations est de déterminer comment nous pouvons mobiliser le secteur privé, sur place, pour assurer les services de l’eau et d’assainissement. Les organisations représentant la société civile ont à cet égard un rôle essentiel à jouer.Qu’est-ce qui vous désespère et où voyez-vous des raisons d’être optimiste ? Si l’on regarde les objectifs, la tâche peut sembler insurmontable. Dans le monde, une personne sur cinq n’a pas accès à une eau saine. Plus de 2,4 milliards de personnes, soit deux sur cinq, n’ont pas accès à un assainissement satisfaisant. Cependant, je suis d’un tempérament optimiste, je crois que ces objectifs peuvent être atteints et pas seulement par un investissement gigantesque, d’ailleurs. Changer les comportements et les habitudes peut aussi apporter énormément. Le simple fait de se laver les mains avec de l’eau et du savon peut faire reculer les maladies diarrhéiques de près de 50 %. Des gestes simples comme celui-là peuvent contribuer à améliorer la vie de millions de gens.La question des subventions me préoccupe davantage. Nous savons que près de 70 % des dépenses imputables à l’eau et à l’assainissement sont financés par les pouvoirs publics. Trop souvent, ces subventions bénéficient en premier lieu aux citadins à revenu moyen ou supérieur qui sont raccordés aux réseaux publics de distribution d’eau. Les pauvres des villes qui, souvent, n’ont pas l’eau courante, doivent quant à eux recourir à des fournisseurs plus chers, comme les vendeurs d’eau. Si nous pouvions changer cette situation et canaliser les subventions au profit des pauvres et des plus démunis, nous aurions fait un pas de géant. Nous en avons les moyens. Le défi consiste à les utiliser plus efficacement.© L’Observateur de l’OCDE, N°242, Mars 2004


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