Étudier maintenant et payer plus tard

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Le gouvernement britannique a récemment voté l’application de droits d’inscription pour les étudiants afin de pouvoir financer le développement de l’enseignement supérieur. Cette initiative pourrait-elle servir de modèle pour d’autres pays européens ?

Le financement des universités fait la une des journaux partout en Europe. En janvier, le gouvernement britannique a obtenu de justesse le vote des parlementaires en faveur de la réforme du financement de l’enseignement supérieur, après que le Premier ministre, Tony Blair, eut mis tout son poids dans la balance. D’autres dirigeants européens auront suivi attentivement ces débats, dans la mesure où ils projettent également de réorganiser leurs systèmes d’enseignement supérieur. En Allemagne, le gouvernement a déjà provoqué un tollé politique pour avoir prôné l’application de droits d’inscription par les universités et souhaité la création d’universités d’élite. En France, le gouvernement cherche des moyens d’améliorer les financements des universités face à une situation que Le Monde résume sous le titre « La grande misère des universités françaises ». Des plaintes similaires à propos d’universités surchargées et exsangues sont monnaie courante en Italie.Des résultats et des financements insuffisants nuisent à la compétitivité et au fonctionnement des systèmes d’enseignement supérieur de plusieurs pays européens. L’initiative britannique avait pour but de s’attaquer à ces problèmes. Pratiquement tout le monde reconnaissait qu’un changement était inévitable, en particulier dans la mesure où une main-d’œuvre compétente et formée est vitale pour la croissance économique. La controverse portait avant tout sur les sources de financement.Le budget total consacré à l’enseignement supérieur varie largement selon les pays de l’OCDE. Les pays qui dépensent plus de 2 % de leur PIB dans l’enseignement supérieur – le Canada, la Corée, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande – peuvent se le permettre car une partie importante des financements provient des étudiants, de dons et d’autres sources non gouvernementales. En comparaison, les grands pays européens consacrent environ 1 % de leur PIB à l’enseignement supérieur et s’appuient beaucoup plus sur les financements publics, les contributions issues des droits d’inscription individuels étant limitées ou négligeables. Ces systèmes reflètent en partie des structures de financement créées à une époque différente, lorsque les jeunes qui souhaitaient aller à l’université étaient peu nombreux.Toutefois, depuis 20 ans, le nombre d’étudiants a rapidement augmenté, tandis que d’autres contraintes exercées sur les dépenses publiques ont entraîné un resserrement du budget de l’enseignement supérieur. La Suède, la Finlande et le Danemark font exception à la règle, avec plus de 1,5 % du PIB consacré au budget de l’enseignement supérieur, puisé presque uniquement dans des fonds publics. Les taux d’imposition dans ces pays sont cependant déjà élevés et les dépenses publiques devraient subir une pression de plus en plus forte en raison du vieillissement de la population. Ainsi, même dans ces pays, des réformes pourraient être appliquées pour réduire la dépendance des universités à l’égard des financements publics. Toutefois, leur situation apparaît moins urgente que dans les grands pays européens dans lesquels ces réformes pourraient se révéler vitales pour lutter contre l’insuffisance actuelle des financements.Ces réformes devraient largement concerner l’augmentation des contributions financières des étudiants. Les réformes décidées au Royaume-Uni permettront aux universités de demander jusqu’à £3 000 de droits d’inscription par an. Ces droits devraient non seulement contribuer à obtenir davantage de ressources, mais ils constituent également une base plus équitable pour le financement de l’enseignement supérieur. En France, en Allemagne et au Royaume-Uni, les diplômés d’université gagnent en moyenne 60 % à 80 % de plus que les non diplômés de l’enseignement post-obligatoire et ont également beaucoup moins de risque d’être confrontés au chômage.Il n’en demeure pas moins que des droits d’inscription initiaux élevés pourraient nuire à l’accès à l’enseignement supérieur, en particulier pour les groupes à faibles revenus. La solution britannique consiste à « étudier maintenant et payer plus tard », ce qui permet aux étudiants de différer le paiement de l’ensemble des droits jusqu’à ce qu’ils aient obtenu leur diplôme. Ils ne devront en fait rembourser les droits ou « contributions des diplômés » que lorsque leur revenu annuel dépasse £15 000, ce qui s’apparente à une forme d’assurance contre le chômage ou l’emploi peu rémunéré des diplômés. En outre, les étudiants issus des milieux les plus défavorisés seront exonérés jusqu’à £1 125 de droits d’inscription et pourront prétendre à des allocations de subsistance conséquentes au titre du coût de la vie. Des programmes similaires sont appliqués depuis plus de 10 ans en Australie et en Nouvelle-Zélande et n’ont pas empêché les étudiants les plus démunis d’accéder à l’université.En Nouvelle-Zélande, depuis l’instauration de prêts étudiants en 1992, le nombre d’étudiants dans l’enseignement tertiaire a presque doublé et le nombre de jeunes qui entrent à l’université est aujourd’hui le plus élevé de l’OCDE. De plus, la part d’étudiants appartenant aux groupes ethniques des Maoris et du Pacifique est passée de 9 % en 1990 à 24 % en 2001. L’Australie a instauré des droits d’inscription en 1989 et ils ont eu peu de répercussions sur la répartition socioéconomique des étudiants. La promotion de l’accès à l’enseignement supérieur dépend probablement plus des investissements réalisés en faveur de la scolarité préélémentaire et obligatoire. Une grande partie de l’accroissement des dépenses consacrées à l’éducation au Royaume-Uni depuis 1997 concerne les crèches et la scolarité obligatoire, avec des améliorations notables dans les écoles implantées dans des zones défavorisées. Par exemple, le nombre d’écoles dans lesquelles moins de deux écoliers sur trois atteignent le niveau attendu pour les enfants de 11 ans a été divisé par deux depuis 1996. Pouvoir s’appuyer sur ces améliorations, tout en développant l’enseignement supérieur grâce aux contributions de ceux qui en bénéficient, constitue le meilleur moyen d’améliorer l’équité dans le domaine de l’éducation.L’un des aspects les plus controversés des réformes britanniques est dû au fait que les droits d’inscription varieront à la fois selon les cursus et selon les universités. L’objectif est de permettre aux établissements et aux programmes d’études les plus performants d’attirer plus de financements. Les droits d’inscription pour les études de lettres seront ainsi inférieurs à ceux des études de médecine, de sciences ou de droit par exemple.Des droits variables de ce type pourraient être plus efficaces dans la mesure où ils sont plus proches des coûts des cursus et des revenus que les diplômés gagneront par la suite. Une question épineuse se pose pourtant de savoir si certaines disciplines, jugées importantes pour la croissance par exemple, ne devraient pas être subventionnées.Le gouvernement néo-zélandais envisage par exemple de réorienter des fonds publics afin d’encourager plus d’étudiants à entreprendre des études d’ingénieur, de mathématiques et d’informatique. Dans le même ordre d’idées, le Royaume-Uni pourrait lancer un projet visant à encourager les étudiants à choisir des carrières dans des services publics essentiels, tels que l’enseignement ou la santé, qui se développent rapidement dans le pays. Mais même dans ce cas, il est préférable que toute subvention accordée soit explicite et ciblée, plutôt qu’implicite en raison de l’uniformité des droits imposés sur l’ensemble des programmes d’études.Bien que les réformes britanniques de l’enseignement supérieur constituent un pas important dans la bonne direction, avec une augmentation initiale de 0,2 % du PIB, les niveaux de dépenses seront encore loin d’atteindre ceux des États-Unis. L’enseignement supérieur devra donc faire face à de grands défis et continuer à dépendre de financements issus de ressources publiques déjà très sollicitées. Il n’en reste pas moins que le dispositif britannique de contributions des diplômés, fondé sur l’expérience acquise grâce aux programmes de financement australien et néo-zélandais « étudier maintenant et payer plus tard », pourrait servir de modèle pour d’autres pays d’Europe. Une approche de ce type constitue le moyen le plus équitable de renforcer leurs systèmes d’enseignement supérieur dans l’économie mondiale du savoir.© L’Observateur de l’OCDE, N°242, Mars 2004


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