L’école planétaire

Assurer un enseignement aux enfants est indispensable au maintien de notre mode de vie d’aujourd’hui et de demain. Cette idée n’est pas nouvelle et elle est partagée par la plupart d’entre nous. Ce qui est nouveau est la façon dont nous devons agir pour préparer nos enfants à cet avenir.

Les problèmes auxquels je pense sont entre autres la mondialisation, les migrations, la guerre et le terrorisme et les maladies, qui ont sur la vie des enfants des effets plus immédiats que jamais. À l’image du village planétaire, nos écoles sont, elles aussi, devenues planétaires.Les problèmes auxquels les écoles suédoises doivent faire face aujourd’hui sont tout à fait différents de ceux qui se posaient il y a à peine 25 ans. L’école que je dirige est une école primaire publique multiculturelle dont tous les élèves, ou leurs parents, viennent de pays étrangers. Nos classes sont un véritable échantillonnage du monde, mais malgré tout nous sommes censés suivre les mêmes programmes et dispenser le même enseignement rigoureux que celui qui est assuré aux autres élèves de Suède. Nous ne sommes pas les seuls à être dans cette situation difficile, et elle a un retentissement certain sur le corps enseignant et l’ensemble du système éducatif.Aujourd’hui il existe trois grands défis : l’organisation de l’enseignement, la responsabilisation des élèves dans leur travail et la coopération entre différents types de personnel enseignant. Il y a 15 ans de cela, les instituteurs travaillaient seuls. À la tête de leur classe, ils symbolisaient le savoir et l’autorité. Mais aujourd’hui, pour atteindre les objectifs que nous fixons pour eux, les élèves ont besoin du soutien de plusieurs personnes. L’organisation devient donc très importante.Dans notre école, les instituteurs, les éducateurs préscolaires et les animateurs d’activités récréatives travaillent en équipe. Pour certains instituteurs, abandonner leur suprématie n’a pas été chose facile, mais étant donné le niveau d’exigence du système éducatif actuel, les enseignants n’ont d’autres choix que de partager les tâches, pour le bien des enfants, mais aussi pour le leur.Tous les maîtres de l’école Husbygårds reçoivent au départ un descriptif précis de leur mission par écrit : ils collaborent avec le directeur et les autres membres du personnel et notre travail est d’éduquer tous ensemble. Nous examinons et fixons ensemble les objectifs qu’ils doivent atteindre. Les six aspects suivants sont considérés : aptitude à coopérer, compétence, aptitude à diriger, facilité pour communiquer, efforts et résultats et enfin sens des responsabilités. Nous considérons l’enseignement comme une profession axée sur les résultats. C’est pourquoi, à l’école Husbygårds, les enseignants qui obtiennent de meilleurs résultats reçoivent des bonus plus élevés que les enseignants ayant de moins bons résultats.L’école Husbygårds se conforme aux objectifs fixés par les pouvoirs publics. Cela étant, la voie pour atteindre ces objectifs est semée d’embûches. Il faut agir en stratège, et, en tant que directeur d’établissement, il faut également être capable de fixer des priorités et de prendre des décisions difficiles tout en insufflant un sentiment de fierté à tous les membres de cette profession si importante.Enseigner à des élèves appartenant à de nombreuses religions différentes est enrichissant, mais nous oblige à tenir compte d’événements qui se produisent dans le monde, au Moyen-Orient ou en Afrique. Par ailleurs, nous devons apprendre le suédois à des élèves qui, à eux tous, parlent une quarantaine d’autres langues. Mais nos méthodes portent leurs fruits. Nos élèves obtiennent de très bons résultats, en particulier en suédois, et la rotation des enseignants est faible. En plus des résultats scolaires, nous devons nous préoccuper de nos moyens de financement. Les responsables politiques pourraient nous apporter davantage d’aide dans ce domaine. Le travail de gestion prend du temps et nos dépenses d’administration représentent environ 4 millions de couronnes par an. Cela nous contraint à limiter le nombre de nouveaux enseignants que nous employons. Le temps que je consacre aux activités de gestion diminue d’autant celui dont je dispose pour la formation et le soutien pédagogiques. C’est à déplorer dans la mesure où, dans tout pays de l’OCDE, la priorité devrait sans doute être le développement des compétences et du savoir.Superviser et former de nouveaux enseignants est une autre tâche dont il faut s’occuper. Lorsque nous rencontrons des candidats à un poste d’enseignant, nous sommes parfois amenés à nous poser la question suivante : ne faudrait-il pas confier la formation des enseignants de demain à ceux qui travaillent dans les écoles d’aujourd’hui plutôt qu’à des instituts pédagogiques d’une autre époque ?Il est temps de donner à nos établissements de formation une nouvelle orientation. Certes, un bon enseignant se perfectionne au contact de sa classe et nous devons effectivement travailler avec les enfants, mais nous devons aussi collaborer avec des historiens, des mathématiciens, des scientifiques et d’autres spécialistes susceptibles d’aider les élèves à comprendre et à aimer l’école.Cette collaboration reste trop limitée. Kista, où se trouve notre école, est une sorte de Silicon Valley aux environs de Stockholm et nous n’avons pourtant pratiquement aucun contact avec les entreprises de la région. Dans le même temps, la priorité doit être le bien-être et le bonheur des enfants. Un système éducatif qui incite à apprendre a davantage de chances de promouvoir, à terme, la prospérité économique.C’est à nous d’aider nos élèves à acquérir les connaissances qui leur permettront d’aller de l’avant.© L’Observateur de l’OCDE, N°242, Mars 2004


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