Bâtir la confiance

Donald J. Johnston, Secrétaire général de l’OCDE
Secrétaire général de l’OCDE
L’OCDE a pour mission d’amener les gouvernements à un consensus sur les politiques publiques les plus aptes à favoriser une économie forte et le progrès social. Elle en dégage des principes, des lignes directrices, voire des règles contraignantes que ses membres s’engagent à respecter. L’OCDE entretient un dialogue avec les nombreux pays qui souhaitent bénéficier de l’expérience et du savoir collectifs qu’elle représente. Les meilleures pratiques marchent, nous le savons, mais pas les mauvaises.
Ce qui fait la valeur particulière de l’approche de notre Organisation, c’est que tous ses pays membres sont des démocraties fondées sur le droit mais aussi sur la confiance. Dernièrement, nous avons pu constater à quel point la rupture de cette confiance peut être dévastatrice. Il faut du temps ensuite pour la reconquérir.La dégradation de la confiance nuit à l’économie mondiale de plusieurs manières. Prenons le programme de Doha pour le développement, ce cycle de négociations multilatérales qui est arrivé à une impasse à Cancún en septembre. Imputer cet échec à une crise de confiance peut paraître simpliste, mais le fait est que de nombreux membres de l’Organisation mondiale du commerce ne semblent plus croire en la justice du système multilatéral. Et soupçonner ses interlocuteurs d’avoir des intentions cachées est encore le meilleur moyen d’entretenir la défiance.Le gouvernement d’entreprise est également touché par une énorme perte de confiance, tout à fait justifiée. Toute une série d’affaires spectaculaires, comme Enron ou WorldCom, ont sapé la confiance des investisseurs, en particulier de gens comme nous qui croyions à l’honnêteté des marchés financiers et des acteurs qui influent sur les décisions d’investissement. Nous avons été trahis. Certains ont vu l’épargne de toute une vie disparaître et leur avenir s’assombrir. Tout cela parce que quelques responsables n’ont pas respecté leur mandat.Restaurer l’intégrité des marchés est indispensable si l’on veut reconquérir la confiance du public et aider les économies à retrouver la croissance. Face à la récente vague de scandales, les ministres de l’OCDE ont décidé de renforcer les Principes de gouvernement d’entreprise établis en 1999, concernant les droits des actionnaires, la transparence et la diffusion de l’information, les responsabilités des conseils d’administration, etc. Ils ont servi de base à l’établissement de nombreux codes et lignes directrices au plan national, même dans des pays non membres.Les Principes de gouvernement d’entreprise révisés mettront davantage l’accent sur l’intégrité des processus d’information financière, sur le rôle des investisseurs institutionnels dans le suivi de la gestion et l’impact de la réglementation et des autorités régulatrices. En janvier 2004, l’OCDE publiera un projet sur Internet, afin de recueillir les commentaires du public, qui pourraient aider à améliorer ce document de référence du gouvernement d’entreprise à l’échelle mondiale.Un autre domaine critique où la confiance est érodée est celui de la science et de la technologie. L’opinion publique doute de plus en plus de la science, et de la capacité des États à assurer la sécurité. Prenons l’énergie nucléaire. Dans ma jeunesse, malgré l’horreur d’Hiroshima et de Nagasaki à la fin de la Seconde guerre mondiale, de nombreuses personnes partageaient la vision du président Eisenhower, pour qui l’utilisation pacifique de l’atome serait la source de l’énergie future. Dans son édition du 15 août 1955, le New York Times rendait compte d’une conférence internationale réunissant de nombreux scientifiques à Genève. Grâce à l’énergie nucléaire, affirmaient-ils alors, « pour la première fois, l’homme est assuré d’une offre d’énergie pratiquement illimitée ».Aujourd’hui, malgré le réchauffement de la planète et la croissance de la demande énergétique, particulièrement dans le monde en développement, de nombreux pays ont renoncé au nucléaire. Les accidents de Three Mile Island et de Tchernobyl ont gravement atteint la confiance du public et par conséquent des pouvoirs politiques dans cette technologie naguère si prometteuse. Le secret dont s’entoure le secteur nucléaire ne rassure pas. On a tendance à ne voir dans ces publications que « pure propagande ». Le résultat ? La confiance disparaît. Malheureusement, le public considère avec suspicion toutes les questions soulevées par les avancées de la science. Le cas du nucléaire n’est pas le seul. Il y a aussi celui des OGM, sujet particulièrement sensible en Europe. Lorsqu’on ne répond pas de façon satisfaisante aux inquiétudes exprimées dans un secteur, la méfiance s’étend à d’autres domaines de sorte que les faits scientifiques se trouvent occultés par une multitude d’idées fausses et démagogiques.La situation ne manque pas d’ironie à l’ère de l’information. Ce ne sont pas l’ignorance et la peur, mais la connaissance et la confiance que devrait véhiculer la société de l’information. Mais même Internet n’est pas totalement sûr. Et aucun « nouvel outil » de sécurité ne suffira jamais à persuader les usagers que leurs transactions commerciales sur Internet sont totalement protégées contre les fraudeurs ou qu’aucun virus ou pirate informatique ne pénétrera jamais leur système.La conclusion est simple : la confiance paye. Nous vivons dans un monde multilatéral interconnecté. Cela nécessite évidemment des règles, mais en tant qu’avocat, je peux affirmer que les règles seules ne suffisent pas. Elles doivent s’appuyer sur un système de principes et de valeurs.À bien des égards, on s’en remet de plus en plus à la réglementation pour encadrer les comportements. Au lieu de chercher à faire ce qui est approprié et éthique, on cherche à savoir jusqu’où on peut exploiter la règle, comme s’il n’y avait pas d’autres considérations – en particulier éthiques – à prendre en compte. Aujourd’hui, aucune transaction majeure ne peut se conclure par une simple poignée de main. Il faut des juristes, des comptables et des consultants pour s’assurer que les choses se passent correctement.Certes, les règles sont indispensables. Mais il faut que les responsables travaillent à restaurer une éthique, des principes et des valeurs sur quoi rebâtir la confiance.©L'Observateur de l'OCDE, No. 240/241, Décembre 2003


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