Comment sauvegarder le patrimoine numérique ?

L’ère de l'information pourrait-elle sonner le glas de l'information ? Il s’agit là d’un risque très réel, qu’il est possible d'éviter en prenant les mesures voulues pour stocker les sites web et les autres types d’information électronique. Le Royaume-Uni a adopté une législation qui permettra de préserver les publications électroniques pour les générations futures.
Comment ne pas s’émerveiller devant un carnet de Léonard de Vinci, où pensées et idées s’expriment dans des illustrations exquises ? Qui pourrait contester qu’il s’agit d’un objet unique, d’un document précieux produit par un grand esprit ?Qui est le Léonard de 2003, ou encore la Marie Curie ou le John Lennon d’aujourd’hui ? Comment le saurons-nous ? Est-ce que quelqu’un va conserver son Palm Pilot ou stocker ses pages web personnelles ? Après tout, les grands penseurs, inventeurs et créateurs d’aujourd’hui écrivent sûrement leurs idées non plus sur papier, mais en faisant largement usage des technologies de pointe. On peut faire tellement plus avec des caractères numériques et des pixels !Et peut-être qu’ils créaient déjà sous forme numérique il y a 20 ans, mais est-ce que leur vieux Commodore 64 fonctionnera toujours lorsque nous le retrouverons dans un grenier pour redécouvrir leur génie dans 15 ou 50 ans ? On peut ouvrir le carnet de Léonard, mais est-ce que le vieil ordinateur fonctionnera, lui ? Et même si nous pouvions le faire marcher, la vétusté des applications logicielles et des commandes pourrait bien nous empêcher d’accéder à l’information. Le génie d’un créateur serait ainsi perdu.Certes, on pourra toujours trouver quelqu’un qui saura comment utiliser un Commodore 64 ou qui en aura peut-être même un chez lui, mais nous ne pouvons pas nous permettre d’être tributaires d’une minorité d’enthousiastes curieux pour assurer la pérennité de notre patrimoine documentaire et notre histoire écrite, surtout quand on connaît l’extraordinaire masse de documentation numérique qui se crée dans le monde aujourd’hui.Prenons un autre problème en apparence anodin : le « lien mort ». Vous cliquez sur un lien hypertexte que vous avez conservé, mais le document que vous souhaitez relire a disparu. Il peut avoir été stocké ou supprimé. Le lendemain, vous vous rendez compte que le lien est de nouveau opérant, mais que le document affiché semble avoir été légèrement modifié. L’a-t-il vraiment été ? Les révisionnistes souriront, mais pour les chercheurs et les responsables de la conservation des documents, cette situation pose un problème de plus en plus délicat. Et ce n’est pas le seul.On estime que la toile mondiale contient plus de 250 téraoctets d’information et que ce volume continue d’augmenter rapidement. Cela équivaut à 17 fois le volume des collections imprimées de la Library of Congress des États-Unis. Des chiffres qui laissent rêveur, et pourtant, selon la même source, le courrier électronique génère grosso modo 400 000 téraoctets d’information par an !Pensez à l’information que vous créez au sein de votre organisation, au courrier électronique et aux documents de travail sur lesquels repose votre entreprise ou activité. Pouvez-vous garantir que vous disposerez toujours du matériel et des logiciels vous permettant d’utiliser tous ces documents et ces données importants à l’avenir ? Pour cela, un plan à long terme s’impose.Les systèmes de gestion des documents électroniques améliorent incontestablement la gestion immédiate de cette information, mais pendant combien de temps peuvent-ils être la mémoire de votre organisation ? Le rythme du progrès technologique est tel que, pour suivre les tendances nouvelles, il nous oblige souvent à nous défaire de l’information plus ancienne. Les formats des fichiers et les applications logicielles ne cessent d’évoluer. Il nous faut prendre en compte tous ces phénomènes avant d’être frappés d’amnésie numérique sévère.C’est déjà un bon début de conserver tous les petits morceaux, mais ce ne sera pas forcément suffisant pour pouvoir réutiliser l’information à l’avenir. La gestion de vastes quantités de données constitue un défi considérable également. Il faut à la fois comprendre le profil technique de l’ensemble d’un fonds documentaire et être capable de trouver efficacement une information à l’intérieur d’un vaste système de stockage – une aiguille dans une botte de foin virtuelle.Les bibliothèques ont toujours eu à traiter des quantités considérables d’information, et les plus grandes sont une bonne source d’inspiration pour résoudre ce problème. Prenons la librairie nationale du Royaume-Uni, la British Library (BL), qui a la responsabilité éthique et juridique d’acquérir, de préserver et de mettre à disposition l’ensemble de la documentation imprimée publiée au Royaume-Uni. Cette responsabilité, la BL l’exerce en vertu de la loi concernant le dépôt légal. Depuis quelques années, la production nationale de publications comprend un volet numérique de plus en plus important qui n’était pas couvert par la loi. Un projet de loi destiné à étendre le dépôt légal aux publications non imprimées afin d’assurer la préservation des publications électroniques pour les générations futures a franchi les différentes étapes parlementaires en 2003 et a reçu la sanction royale en octobre.Le patrimoine documentaire numérique de la BL dépasse également le dépôt de publications. La Bibliothèque reçoit en effet la documentation numérique de plusieurs façons : dépôt, achat, saisie et création. Cette documentation lui parvient sur disque ou en ligne, sous forme de CD-ROM, CD-R, DVD, disquettes, publications électroniques et sites web. Elle peut aussi se présenter sous une multitude de formats logiques : images, texte, signaux sonores, bases de données interactives ou systèmes d’information géographique. Cette diversité complique d’autant la recherche de solutions pour la préservation des documents numériques. Pour être efficace, il faut aborder la question de la préservation dans l’optique du cycle de vie de la documentation numérique. Il faut adopter les mesures appropriées pour l’acquisition et le catalogage par exemple, afin d’assurer la saisie et la gestion des détails techniques et de l’information relative à la préservation, et de garantir que les fichiers numériques ne subiront aucune altération. Négliger la préservation et ne pas accomplir ces tâches reviendrait à poser un livre sur la mauvaise étagère et ne pas pouvoir le retrouver, ou encore pire, à le ranger sous un robinet qui goutte. L’information sera peut-être toujours dans le livre, ou dans le fichier numérique, mais vous ne pourrez plus la voir ni l’utiliser.On élabore actuellement de nouveaux systèmes destinés expressément à collecter, gérer et préserver les collections numériques de la BL, comme par exemple le récent Programme d’archivage du web. Dans le cadre de ce programme, la BL jouera un rôle de premier plan en négociant avec les auteurs et propriétaires concernés l’autorisation de stocker les sites web du Royaume-Uni en partenariat avec d’autres institutions, au plan national et international. Étant donné l’ampleur considérable et la nature dynamique du web – on compte actuellement plus de 4 millions de sites hébergés au Royaume-Uni – la BL estime qu’une couverture totale ne soit ni réalisable ni abordable. Elle adoptera par conséquent une approche sélective, fondée sur des accords volontaires négociés avec les propriétaires de sites web.La BL travaille également à l’amélioration de l’archivage des ressources numériques dans le cadre de la Digital Preservation Coalition (DPC) au Royaume-Uni. La Coalition est un consortium national créé en 2001 qui regroupe 25 grandes organisations du Royaume-Uni. Il a pour but de favoriser l’action conjointe face aux défis urgents que pose la préservation des ressources numériques au Royaume-Uni et de collaborer avec les organismes d’autres pays pour assurer la pérennité de notre mémoire et de notre patrimoine cognitif numériques mondiaux. Ce genre d’initiatives laisse entrevoir des solutions au moins pour une partie de l’information numérique, mais il faudra prendre d’autres mesures encore dans tous les pays si nous voulons éviter de glisser dans les années à venir vers un « âge des ténèbres » numérique.Références Site web de la Digital Preservation Coalition : www.dpconline.org/ Lyman, P. et coll., « How Much Information 2003 », rapport en ligne de la School of Information Management and Systems (SIMS), Université de Californie, Berkeley. www.sims.berkeley.edu/research/projects/howmuch-info-2003/ Preserving Access to Digital Information (PADI) : www.nla.gov.au/padi/ Pour en savoir davantage sur l’extension de l’obligation de dépôt légal aux publications non imprimées au Royaume-Uni: www.bl.uk/collections/britirish/depintr.html Voir aussi « Historic change in Legal Deposit Law saves electronic publications for future generations » : www.bl.uk/cgi-bin/press.cgi?story=1382


Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016