Société de l’information

Le défi des TIC
Direction de la science, de la technologie et de l'industrie

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Les technologies de l'information renferment un potentiel considérable pour l’économie mondiale et pour la société. Mais quelques difficultés et quelques risques restent à surmonter.

Lorsque Marshall MacLuhan écrivait que l’interdépendance électronique faisait du monde un village planétaire, nous étions au début des années 1960, bien avant l’avènement d’Internet et de l’actuel réseau mondial. De fait, en ce début du XXIe siècle, le monde est devenu beaucoup plus petit et les communautés sont reliées entre elles par un maillage beaucoup plus serré. Nous vivons dans une société de l’information, surtout caractérisée par la prééminence des technologies de l’information et des communications (TIC) et non par l’électronique même.La notion de société de l’information n’est certes pas une nouveauté, mais elle est en perpétuelle évolution. Il s’agit d’un concept récent, dont la dynamique change de jour en jour. Nous en discernons assez bien les potentialités, mais nous ne cessons d’apprendre à mesure que nous progressons dans l’ère de l’information. Indéniablement, l’évolution actuelle des TIC dans toutes leurs formes et toutes leurs applications métamorphose radicalement nos vies, avec l’apparition continuelle de nouveaux produits et services, de nouveaux moyens de commerce, de nouveaux marchés, de nouvelles possibilités d’investissement, de nouveaux modes d’expression culturelle et sociale et de nouveaux vecteurs d’interaction entre citoyens et pouvoirs publics.Dans toute ère nouvelle, il existe des risques et des défis à relever – comme le montrent les profonds bouleversements sociaux amenés par la révolution industrielle. Aujourd’hui, les TIC commencent à avoir un impact plus important sur l’organisation du lieu de travail, par exemple. Même si nous ne pouvons pas tout prévoir, loin de là, chacun doit se préparer pour ces défis et pour ceux qui s’annoncent si nous voulons tirer le meilleur parti du potentiel des TIC. En particulier, il ne sera pas facile de trouver le bon équilibre entre sécurité des réseaux, protection des données et de la vie privée d’une part, et ouverture, accessibilité et commerce de l’autre, et pourtant c’est essentiel pour que la société de l’information devienne encore plus performante.Les innovations technologiques qui ont rendu possible la naissance de la société de l’information, et ce particulièrement dans le domaine des TIC, ont vu le jour dans les pays de l’OCDE ; il est donc naturel que nous leur ayons consacré beaucoup d’attention et de réflexion. Voici quelques uns des thèmes et des objectifs qui nous semblent prioritaires pour que la société de l’information connaisse un développement sans heurts.Les TIC : facteur de croissanceLe message n’est pas nouveau ; c’est même un leitmotiv de l’OCDE depuis plusieurs années. Il mérite toutefois d’être réitéré, notamment du fait de la confusion entre la « nouvelle économie » en termes de valorisations boursières, et les incidences profondes et omniprésentes des nouvelles technologies. Bien que la bulle financière ait éclaté, la demande en matière de TIC reste soutenue, que ce soit dans les entreprises ou chez les particuliers. Avec les TIC, il ne s’agit pas simplement d’accroître le stock de capital mais d’optimiser la production des entreprises : en combinant une main-d’œuvre qualifiée avec certains équipements, on accroît la productivité totale ou la productivité multifactorielle (PMF). De fait, entre 1996 et 2001, l’investissement en TIC des entreprises de certains secteurs – industries d’électronique, média, commerce de gros et de détail, finance, assurance et services aux entreprises – a contribué à la croissance de la productivité à hauteur de 1 % en Australie, de 1,3 % aux États-Unis et de 0,73 % en Irlande.Il ne s’agit pas ici d’appeler les capitaux au secours du secteur des technologies, mais tout simplement de prendre conscience que les TIC peuvent rendre les marchés plus efficients en améliorant la gestion et la distribution économiques. Il est important d’investir dans ce sens car l’activité économique en bénéficiera et l’utilisation des ressources deviendra plus économique.Les TIC créent de la valeur ajoutée en permettant aux utilisateurs de travailler au sein de réseaux plus rapides, plus larges et plus interactifs. Les coûts de transaction s’en trouvent réduits et l’innovation accélérée car les liens entre les individus et les marchés sont améliorés, que ce soit pour le commerce des idées ou celui des biens. Les scientifiques bénéficient de ces effets de réseau par la coopération internationale avec leurs collègues chercheurs et avec le monde des affaires. Les entreprises, quant à elles, améliorent leur efficience et réduisent leurs coûts. Les ménages sont mieux informés des différentes options qui existent, en termes de qualité ou de prix, de sorte que, même s’ils n’achètent pas toujours en ligne, ils tirent profit de l’accès aux TIC.Il ne suffit pas d’ajouter une pincée de TIC à la recette de la croissance : pour encourager la concurrence entre fournisseurs et entre utilisateurs, il faut aussi de solides cadres économiques favorables à l’usage des TIC, ainsi qu’une bonne fluidité des marchés. Par exemple, il faut dynamiser la concurrence pour accélérer le décollage du haut débit.Améliorer l’accès aux TIC et la qualité de leur utilisation n’en reste pas moins un défi important à relever. Certes, l’ordinateur se banalise, mais toutes les maisons, toutes les écoles et toutes les entreprises ne sont pas encore équipées ou n’en tirent pas tout le bénéfice qu’elles pourraient. Selon les études réalisées, le courrier électronique est la première utilisation d’Internet, suivi par la recherche d’information ; l’achat de biens et de services, les autres transactions en ligne et les autres utilisations avancées suivent loin derrière.Il faut encourager les petites entreprises, et notamment les start-ups, à voir dans les TIC le moyen de réduire leurs coûts et d’accéder à des marchés plus vastes. Dans de nombreux pays de l’OCDE, les pouvoirs publics agissent en ouvrant la voie aux investissements d’infrastructure, en favorisant la concurrence dans l’offre de services, et en proposant information et aide aux PME qui investissent dans les TIC et l’électronique d’entreprise.Dans la plupart des pays de l’OCDE, les écoles, emboîtant le pas aux universités, ont intégré à leur cursus l’utilisation et la maîtrise des TIC, offrant l’accès à un ordinateur et à Internet à la majorité des élèves. Le renforcement des capacités du monde éducatif demeure toutefois un défi pour les pouvoirs publics. Même là où la technologie est disponible, il n’y a pas toujours les personnes qualifiées (enseignants, personnel de soutien) pour que les établissements en tirent pleinement parti.Les pouvoirs publics peuvent beaucoup – comme en témoigne leur travail dans les quartiers déshérités ou les zones rurales – par exemple pour renforcer les capacités informatiques des petites écoles, et l’enseignement à distance se développe. Les méthodes pédagogiques ont souvent dû s’adapter, de même que les technologies de l’éducation, et le « marché » de l’éducation lui-même s’est mondialisé, permettant un accès plus large aux ressources. Sans les TIC, cette évolution ne se serait peut-être pas produite.Il est un public auprès duquel les États doivent faire davantage : celui des adultes non qualifiés en âge de travailler, notamment les travailleurs âgés et les personnes handicapées. Les personnes non qualifiées risquent d’être les oubliés des TIC, en termes non seulement de niveaux de salaire mais aussi de perspectives d’emploi (voir l’article d’Andrea Bassanini). Les TIC peuvent être un excellent moyen d’aider certains groupes de sans-emploi à reprendre une activité.Pour que la société de l’information s’installe durablement, il faut mener un rude combat pour renforcer la confiance et le sentiment de sécurité à l’égard des TIC et des réseaux. De fait, les risques attachés à l’utilisation des TIC sont nombreux. Le spam, les virus, les vers, le piratage des réseaux, les pannes de réseau ; autant de nuisances qui perturbent l’activité des entreprises, des foyers, des hôpitaux, ou des infrastructures critiques en général. La réponse passe notamment par des technologies plus performantes répondant aux besoins du public. Mais comme pour tout autre marché, il faut par-dessus tout renforcer la confiance et le sentiment de sécurité de l’ensemble des utilisateurs. L’OCDE a créé le concept de « culture de sécurité » comme instrument pour améliorer la fiabilité des systèmes et des réseaux d’information.La culture de la sécurité s’appuie sur une manière de penser la sécurité, de l’évaluer de la renforcer. Les enjeux de la confiance sont clairs. Si l’économie du numérique fonctionne, si leurs droits sont bien défendus et les risques sont réduits au minimum, les consommateurs utiliseront Internet de plus en plus. Mais c’est aussi question d’habitude. L’expérience aidant, entreprises, y compris les PME, feront davantage confiance aux TIC, la prévisibilité s’améliorant avec la transparence et l’existence d’outils pratiques pour répondre aux problèmes juridiques, fiscaux et autres. Administration en lignePour renforcer la confiance, les gouvernements devraient montrer l’exemple. Les TIC ont déjà commencé à aider les pouvoirs publics à nouer des relations plus étroites avec les citoyens. La consultation et les échanges avec les particuliers et les entreprises deviennent monnaie courante. Grâce aux TIC, les experts des administrations peuvent exploiter de nouvelles ressources : puiser des idées ou des informations pour orienter leurs politiques, donc travailler plus efficacement.Dans certains pays, l’administration en ligne n’est qu’une façade. Mais la plupart des gouvernements (y compris hors OCDE) se sont dotés de sites web interactifs et pour beaucoup d’entre eux il est désormais possible d’envoyer les déclarations fiscales par Internet.En ligne ou pas, l’administration reste l’administration. L’impact des TIC ne s’arrête pas aux relations avec le public ; elles peuvent aussi améliorer le fonctionnement de l’administration, sa gestion, ses résultats, sa productivité, etc. Elles peuvent rendre l’action publique plus cohérente grâce à une meilleure communication interne. Les pouvoirs publics sont de gros consommateurs de TIC et, comme les entreprises, ils ont tout intérêt à faire usage pour travailler plus efficacement.Le commerce international, l’investissement et le développement sont également particulièrement importants. Les TIC font partie des infrastructures nécessaires au commerce mondial, ce qui offre un espoir pour le développement. Traiter en dernier du développement mondial ne reflète en rien l’ordre des priorités ; mais lorsque l’on comprend comment les TIC peuvent contribuer à la croissance économique, à l’éducation et à la gouvernance, il est facile de comprendre que les TIC jouent un rôle cardinal dans la lutte contre l’exclusion et la pauvreté. L’accès aux marchés, à l’éducation, et à l’information sont des éléments essentiels pour réduire la misère. La réalisation des Objectifs de développement pour le millénaire (ODM), de la baisse de la mortalité à l’amélioration de l’environnement, reposera en grande partie sur une amélioration de l’information et de l’éducation.Le commerce et l’investissement sont indispensables à la diffusion des technologies et des compétences et facilitent l’intégration mondiale. Quel serait l’intérêt de développer la société de l’information, si les biens et les services n’étaient pas accessibles. Et c’est essentiellement grâce à l’investissement privé que les usages des technologies se développent sur le long terme.De nombreux pourvoyeurs d’aide multilatérale et bilatérale sont actifs dans la promotion des TIC comme instruments du développement depuis quelques années, notamment en encourageant les transferts de technologie, et en contribuant à des projets pilotes dans différents secteurs : santé, éducation, agriculture et environnement par exemple. Mais le défi va bien au-delà de la technologie : la communication et le savoir sont les instruments du développement. Pour cette raison, il est vital d’intégrer les TIC dans les stratégies nationales de développement et lutte contre la pauvreté – ce que les décideurs politiques appellent « intégration » – afin de rendre plus efficaces les aides publiques au développement (APD), et de ne pas les traiter comme une rubrique distincte dans les bilans. Ainsi, qu’il s’agisse de construire un hôpital, une école ou une route, les gouvernements doivent déterminer de quelle manière les TIC peuvent les aider réaliser leur projet.C’est avec ce souci de cohérence que les gouvernements doivent définir leurs politiques. La coordination et le partage d’information entre gouvernements doivent être intensifiés et il est essentiel d’associer société civile et les entreprises au processus. La promotion des TIC leur sera d’un grand secours à cette fin.Références OCDE (2001) La nouvelle économie : mythe ou réalité ?, Paris. OCDE (2003) Mettre les TIC à profit dans économie numérique, disponible sur www.oecd.org/sti. Forum mondial OCDE-APEC : Les cadres stratégiques pour l’économie numérique, compte rendu succinct (2003), États-Unis. OCDE (2003), Perspectives des communications, Paris. OCDE (2002), Perspectives des technologies de l’information, Paris.©L’Observateur de l’OCDE, n°240/241, décembre 2003


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