Société de l'information

Promesses et risques
La Suisse a été le pays hôte de la première phase du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) qui s’est déroulée à Genève du 10 au 12 décembre 2003.* De tels sommets peuvent-ils faire une différence ou leur contribution aux progrès de la société de l’information reste-t-elle limitée ?
Susciter une prise de conscience politique, améliorer l’utilisation des technologies de l’information et des communications (TIC) et réduire la fracture numérique : tels sont les principaux objectifs du Sommet sur la société de l’information. Encore, serez-vous tentés de penser, car tout cela, ce n’est sûrement pas la première fois que vous en entendez parler ! Et vous n’avez pas tort : la fracture numérique, cela fait des années que l’on en discute, mais s’est-elle rétrécie pour autant ? Alors, que faut-il attendre d’un nouveau sommet ?En fait, il y a plusieurs objectifs. Tout d’abord, le processus en soi, que beaucoup relèguent au rang de simple détail, mais qui aura un effet important sur le résultat. Dès le départ, en effet, avant même que la décision de tenir le sommet ne soit prise à l’Union internationale des télécommunications (UIT) en 1998, le SMSI était conçu comme un genre de sommet très différent. Il s’agirait d’une démarche ouverte qui réunirait non seulement les dirigeants du monde entier, mais aussi toutes les parties prenantes. Aux premiers les négociations officielles et la prise de décision, au secteur privé et aux organisations de la société civile la possibilité d’intervenir d’emblée auprès des représentants des gouvernements et de faire ainsi peser sur eux, en amont, tout le poids de leur influence. Une grande première donc dans ce genre de manifestations, et peut-être un nouveau modèle pour les futures conférences des Nations unies.Mais ce sommet à partenaires multiples débouchera-t-il sur des résultats concrets ? Cela dépendra des participants et de leur détermination à s’en tenir à des objectifs réalistes. Tout le monde est maintenant d’accord sur le fait que les technologies de l’information recèlent un énorme potentiel et que la communauté internationale doit en tirer parti sans plus tarder. L’économie mondiale repose désormais de plus en plus largement sur les connaissances, les communications et l’information numériques. C’est une réalité.Pourtant, de nombreux pays et des milliards de personnes dans le monde sont encore à l’écart de cette réalité technologique à laquelle il faut les aider à accéder. Mais les marchés de la technologie et des télécommunications peuvent aider à résoudre ce problème de façon inattendue. Il y a cinq ou six ans, on craignait déjà que les pays en développement ne soient les laissés-pour-compte de l’ère de l’information. Mais à l’époque, on prévoyait que les investissements nécessaires pour combler le fossé seraient plus élevés qu’ils ne le sont aujourd’hui du fait de l’innovation et de la baisse des prix de la technologie. En matière de télécommunications par exemple, beaucoup de pays pauvres ont brûlé les étapes du développement. Ainsi, grâce au téléphone portable, deux fois plus de personnes ont accès au téléphone aujourd’hui en Afrique subsaharienne que ce n’était le cas pendant toute l’histoire de la téléphonie fixe dans la région.Si la technologie et les marchés sont les bases sur lesquelles il faut construire, les gouvernements ont encore beaucoup de travail devant eux. En fait, le sommet mondial ne s’intéresse pas à la technologie en soi, et les TIC ne sont pas une fin en soi, mais un moyen d’atteindre des objectifs plus larges, comme améliorer la vie quotidienne de millions de personnes, lutter contre la pauvreté et contribuer à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement.Les fractures numériques existent à différents niveaux. Entre le Nord et le Sud, d’abord et avant tout, mais aussi à l’intérieur de toutes les sociétés, avec le risque réel que les nouvelles technologies renforcent les élites dominantes et isolent encore davantage les plus faibles, à commencer par les personnes âgées et les handicapés. Éviter le développement d’une société à deux vitesses est un défi de taille pour tous les gouvernements, même dans les pays avancés. Or, si la technologie peut creuser les différences, elle offre aussi les moyens de les atténuer.Le sommet donne l’occasion d’élaborer une vision commune de la société de l’information dans laquelle nous souhaitons vivre. Cependant, comme c’est la première fois que les Nations unies se penchent sur ce type de questions, il n’est pas étonnant de voir éclater des controverses. Certaines portent sur des points très particuliers, comme la régulation d’Internet, mais d’autres sur des questions plus générales comme la mondialisation et la culture. Certains voient dans la technologie une occasion à saisir, d’autres la considèrent comme une menace. Certains veulent s’en servir pour bâtir une société ouverte aux dimensions planétaires, d’autres pour renforcer l’exercice du pouvoir.Il va sans dire que les démocraties souscrivent à la première de ces conceptions. C’est pourquoi la déclaration de principes sur laquelle devrait déboucher le sommet devrait réaffirmer les libertés et droits démocratiques fondamentaux, tels que le droit à la vie privée et la liberté d’opinion et d’expression proclamés par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Sans quoi elle ne vaudrait pas même le papier (ou le site web) sur lequel elle serait rédigée. Mais les gouvernements et les citoyens entrevoient aussi les possibilités dont les TIC sont porteuses en matière de sécurité. En effet, toutes les questions soulevées au sujet des droits sont étroitement liées à la sécurité des réseaux. Il faut éviter la tendance à faire de l’« insécurité » un prétexte et de donner ainsi carte blanche aux gouvernements pour mettre un frein aux abus, ce qui risquerait de nuire à la croissance du système. Il faudra trouver un juste équilibre entre le devoir absolu qu’ont les gouvernements de protéger les libertés et les droits fondamentaux des citoyens et la responsabilité qui incombe aux citoyens, et à eux seuls, de définir les formes et les limites de cette protection.On s’est inquiété dans plusieurs pays, riches et pauvres, de ce que les gouvernements voient les TIC plus comme un moyen de contrôler les citoyens que de leur donner davantage d’autonomie. Il est certain que la technologie peut permettre toutes sortes d’abus, à commencer par le filtrage et le contrôle de l’accès à l’information. Et en cette période d’instabilité internationale, tout moyen capable de renforcer la sécurité nationale suscite le plus vif intérêt. Cependant il serait excessif de sombrer dans une vision orwellienne du monde.Au cours de l’histoire, jamais aucun gouvernement n’a été capable de contrôler le progrès technique. Alors pourquoi en serait-il autrement des TIC ? Certes, on peut s’inquiéter de l’usage qui pourrait être fait de certaines innovations en gestation, comme la création de fichiers d’empreintes génétiques ou le « profilage » électronique. Mais il ne faut pas oublier que la technologie est simplement un moyen et non une fin, et que les sociétés libres et démocratiques continueront comme elles l’ont fait jusqu’à présent à adapter leurs lois pour protéger les droits et prévenir les abus. Toute la difficulté est de convaincre les pays du monde entier de s’employer à faire des TIC un puissant levier pour promouvoir et faire respecter en tout lieu les droits de l’homme et les libertés fondamentales, en particulier la liberté d’opinion et d’expression.Voilà les questions abordées lors du Sommet mondial sur la société de l’information, dont la deuxième phase aura lieu à Tunis en novembre 2005. Il ne s’agit peut-être que d’un seul événement parmi beaucoup d’autres dans l’actualité politique internationale, mais il devrait nous rappeler que, comme pour toute révolution silencieuse, il n’y a pas de raccourci vers la société de l’information et du savoir.*Cet article a été écrit à la veille du SMSI.


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