Mondialisation

Préserver les bénéfices
Il est facile de dénigrer la mondialisation, mais il est aussi trop facile d'oublier les bénéfices qui en résultent. Un retour au protectionnisme n'est pas la solution.
Dans certains milieux, il est aujourd’hui de bon ton d’accuser la mondialisation de tous les maux : de la pauvreté, des inégalités ou encore de pollution de l’environnement. Il est naturellement important d’écouter ces critiques. Nombre de ceux qui les formulent sont véritablement préoccupés par les retombées d’un progrès économique rapide. Les responsables politiques devraient tout faire pour veiller à ce que ces coûts généralement à court terme – soient réduits au minimum.Mais il faut également se rappeler à quel point le progrès économique récent a été à la fois conséquent et généralisé. La mondialisation n’a rien de nouveau, la plupart de ses conséquences non plus. Le progrès technologique s’est toujours heurté à la résistance de ceux qui craignent le changement et ses répercussions. Reste que la croissance économique de ces 50 dernières années a été plus rapide qu’à toute autre époque. Au XIXe siècle, par exemple, des pays comme le Royaume-Uni, fer de lance de la révolution industrielle, ont obtenu des taux moyens de croissance annuelle par habitant avoisinant 1,5 %. À titre de comparaison, depuis la Seconde guerre mondiale, plusieurs pays ont affiché des taux de croissance annuelle par habitant de 5 à 8 %. Les économies de marché émergentes les plus performantes ont connu en 10 ans une expansion équivalente à celle enregistrée par certains pays en un siècle à l’époque victorienne.De même que pendant des milliers d’années, le commerce a été la principale force motrice de cette expansion économique sans précédent. La diminution rapide du coût des transports et des communications y a contribué. Mais la suppression des obstacles aux échanges, initiée depuis 1945, a largement alimenté la croissance économique. Le système commercial multilatéral mis en place avec l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), aujourd’hui supervisé par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a aidé tous les pays participants à récolter les fruits du libre-échange, ou de la libéralisation du commerce. Nous ne devons pas perdre de vue le rôle que la libéralisation des échanges a joué dans l’amélioration des conditions de vie dont tant de personnes ont bénéficié.Les pays industriels affichent un bilan positif sur les 50 dernières années, mais c’est également le cas de nombreux habitants des pays en développement. Une forte proportion de la population mondiale a vu sa situation s’améliorer à un rythme sans précédent. La mortalité infantile a fortement baissé, tandis que les taux d’alphabétisation ont augmenté de plus de 70 %. La pauvreté a reculé au niveau mondial. Ainsi, de 1993 à 1998, le nombre de personnes vivant avec moins de US$1 par jour a diminué de plus de 100 millions. L’espérance de vie dans les pays en développement avoisine aujourd’hui 65 ans, soit environ seulement 10 ans de moins que dans les pays industriels. La croissance économique a également encouragé la demande de démocratie et de représentation. Une grande partie de la population mondiale vit aujourd’hui dans des pays dirigés par des gouvernements élus.Il est essentiel de reconnaître ces bénéfices pour pouvoir les préserver. L’histoire nous montre que le cours du progrès peut être arrêté, voire inversé. Les problèmes auxquels a été confrontée l’économie internationale après la Première guerre mondiale rappellent les dangers potentiels de tout repli protectionniste, et l’ampleur que peuvent prendre ses répercussions. Les gouvernements doivent constamment avoir à l’esprit qu’il ne suffit pas d’exprimer rituellement leur adhésion aux principes du libre-échange. Préserver le système commercial multilatéral, et supprimer les obstacles aux échanges, doit demeurer un objectif prioritaire des politiques économiques pour que les bénéfices de la mondialisation puissent être sauvegardés.De nombreuses personnes oublient, ou méconnaissent, le rôle joué par le Fonds monétaire international (FMI) en matière de promotion des échanges mondiaux, ce qui est compréhensible. On pense généralement que le FMI a pour fonction de prévenir ou de résoudre les crises financières internationales, ce qui est vrai. Cette tâche n’est cependant qu’un moyen pour parvenir à une fin. Un des buts assignés au Fonds par ses Statuts est de « faciliter l’expansion et l’accroissement harmonieux du commerce international ».Il n’appartient pas au FMI de superviser le système commercial international ; cette tâche revient à l’OMC. Le Fonds peut néanmoins aider les pays à se doter du cadre macroéconomique durable, que ce soit en matière monétaire, budgétaire ou de taux de change, dont ils ont besoin pour bénéficier pleinement de leur participation à l’économie mondiale. Par ailleurs, le FMI s’est récemment engagé dans une nouvelle initiative, destinée à soutenir les pays susceptibles d’être confrontés à des difficultés temporaires de balance des paiements tandis qu’ils s’adaptent à la poursuite de la libéralisation des échanges. Nous espérons bien voir cette initiative approuvée dans le cadre du cycle de négociations de Doha. À la lumière des enseignements retirés des précédentes phases de libéralisation du commerce, et des propres travaux préliminaires du FMI, nous ne pensons pas que les coûts temporaires d’adaptation à un accord concluant le cycle de Doha seraient significatifs pour la grande majorité des pays. Néanmoins, en se tenant prêt à apporter son aide en cas de besoin, le FMI offre une sorte d’assurance conditionnelle, afin qu’aucun pays ne se sente incapable de s’engager à poursuivre la libéralisation des échanges.En contribuant de la sorte à étayer le processus de libéralisation du commerce et en aidant les gouvernements à prendre les mesures nécessaires pour préserver la stabilité financière, prévenir les crises ou, dans certains cas, les résoudre, le FMI les aide également à tirer parti des possibilités offertes par la mondialisation.Le règlement des crises est naturellement une des dimensions importantes de l’action du Fonds, et indéniablement la plus médiatisée. Mais le FMI s’efforce de plus en plus d’aider les gouvernements à mettre en place le type de cadre qui leur permettra à la fois de réduire les risques de crise et d’être mieux armés en cas de coup du sort. Cette assistance va bien au-delà du domaine traditionnel de la politique macroéconomique. La réforme des institutions, la refonte des marchés financiers et l’assistance technique dans un large éventail de domaines sont autant d’éléments qui font partie intégrante du travail quotidien du FMI avec les gouvernements. Le Fonds s’emploie également à aider les pays à faible revenu à élaborer des politiques de croissance favorables aux pauvres. Il s’agit là encore de permettre à ces pays et à leur population de bénéficier au maximum de la mondialisation.Des marchés efficients, tant au niveau national qu’international, constituent une des conditions clés de la stabilité si chère aux gouvernements, aux entreprises et aux individus. La notion de viabilité économique est au cœur des travaux du FMI, mais elle est – ou devrait être – le but de chacun.© L'Observateur de l'OCDE, N° 240/241, Décembre 2003


Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016