Capacité, échanges et développement

Ce que doivent faire les pays de l’OCDE
Directrice, Centre de développement
En dépit de son importance, l’ouverture des marchés ne représente que l'un des aspects du défi à relever. Il faut déployer de nouveaux efforts pour favoriser les échanges des pays en développement, une tâche de nature complexe.
Lors de la conférence de Cancún, les pays les plus pauvres n’ont pu bénéficier de la possibilité de tirer avantage d’une libéralisation plus poussée des échanges mondiaux, associée à une réduction des distorsions commerciales. Plutôt que de se perdre en récriminations, il convient de rechercher un terrain d’entente afin que les négociations de l’OMC reprennent pour de bon. Dans leur propre intérêt, les pays de l’OCDE peuvent proposer individuellement des orientations permettant de restaurer la confiance à l’égard de ce cycle mouvementé de négociations et de tenir les promesses faites, à Doha, aux pays pauvres.À ce propos, rappelons que la Déclaration ministérielle de Doha a fixé un objectif clair en s’engageant « en faveur de l’objectif d’un accès aux marchés en franchise de droits et sans contingent pour les produits originaires des PMA (pays les moins avancés) » (para. 42). En effet, alors que les échanges constituent l’un des aspects les plus importants des politiques axées sur le développement, les pays les moins avancés n’ont pas réussi à profiter pleinement des possibilités créées par un meilleur accès au marché.Certes, des efforts ont été réalisés en faveur des pays les moins avancés et des autres pays en développement. Tel est le cas de l’initiative « Tout sauf les armes » de l’Union européenne (UE), de la loi « African Growth and Opportunity » des États-Unis et du renouvellement du Système généralisé de préférences par l’UE et plusieurs pays de l’OCDE. Malgré cela, il ne semble guère possible, aujourd’hui, d’agir de manière concertée afin de permettre aux pays moins avancés d’accéder au marché en franchise de droits, et hors contingent.Divers travaux, dont une étude récente de l’OCDE, laissent penser que les préférences commerciales non réciproques ont apporté, dans le meilleur des cas, des bénéfices économiques généralement limités sur le plan de l’augmentation de la part des pays en développement dans les échanges et en favorisant leur croissance et leur diversification. Les explications ne manquent pas ; et il est facile d’établir une liste des facteurs qui réduisent l’efficacité des préférences commerciales. Sans établir un classement par ordre d’importance, citons : accès incertain aux marchés ; un nombre de produits trop restreint ; règles d’origine excessivement sévères compte tenu de la capacité industrielle des pays en développement ; compréhension ou prise en compte insuffisantes des préférences commerciales en vigueur et des conditions qui s’y attachent ; faiblesse des capacités ; et un environnement non approprié aux échanges, notamment sur le plan des infrastructures.Certains se demandent si les préférences commerciales accordées n’entraîneraient pas les pays bénéficiaires vers une spécialisation indésirable – l’industrie ou le secteur concerné pourraient-ils être viables en leur absence ? Dans le même temps, plusieurs pays pauvres constatent qu’il leur est de plus en plus difficile d’occuper une place concurrentielle sur les marchés de la zone OCDE en raison des contraintes d’offre sur leur marché intérieur ? C’est le cas tout particulièrement lorsque des facteurs de prix n’ayant pas de rapport avec le marché (les normes, par exemple) sont pris en compte.Il y a deux ans, à Doha, les ministres du commerce ont clairement souligné que les négociations commerciales ne permettaient pas à elles seules de relever les défis liés au développement des pays pauvres et qu’il convenait d’adopter une démarche associant des objectifs commerciaux et des objectifs de développement. En particulier, les pays pauvres ont besoin d’acheter, sur les marchés mondiaux, des produits de base à des prix raisonnables pour accroître leurs exportations. Ils doivent aussi soutenir leurs entreprises et les aider à satisfaire aux exigences de prix et de qualité des clients. Enfin, ils doivent mettre en place le cadre juridique et les infrastructures matérielles indispensables pour aider les entreprises à se défendre sur le marché mondial.Il est fondamental de répondre à ces questions. Les ministres du commerce reconnaissent la nécessité de renforcer la cohérence des politiques à l’échelle mondiale. Dans le même temps, ils ont réaffirmé leur engagement de coopérer avec les instances nationales et internationales pour aider les pays pauvres à placer les échanges au cœur de leurs stratégies nationales de développement et de lutte contre la pauvreté.Les pays développés ne doivent pas se contenter d’intensifier les efforts de formation des négociateurs commerciaux des pays pauvres. Ils doivent surtout aider ces pays à développer et à diversifier leur capacité de production notamment dans secteur agricole afin qu’ils puissent profiter davantage de la libéralisation des échanges. Ces derniers temps, les pays de l’OCDE ont développé les actions destinées à renforcer des capacités en termes d’échanges. Entre 2001 et 2002, ces activités ont progressé de 22 % en moyenne alors que valeur de l’aide bilatérale destinée à favoriser les échanges a augmenté de 28 %. En outre, près de US$8,1 milliards, soit 20 % de l’aide totale, ont été affectés au financement des infrastructures économiques des pays en développement, l’essentiel ayant servi à construire les réseaux de transports, d’énergie et de communications nécessaires aux échanges internationaux.Ces initiatives prises par le secteur public doivent être renforcées par l’établissement nouveaux partenariats avec les diverses parties prenantes : les autorités, les entreprises et société civile des pays bénéficiaires et des bailleurs de fonds. C’est la seule voie pour résoudre les questions complexes liées à l’appropriation et à la mise en œuvre des politiques et permettre aux investissements destinés à stimuler les échanges de produire effectivement des résultats en termes de développement et d’améliorer la situation populations pauvres. Les partenariats public-privé font partie intégrante du processus de renforcement des capacités et les pays de l’OCDE peuvent contribuer de manière significative au succès de leur mise en place de leur fonctionnement.Le renforcement des capacités d’échanges ne règle pas le problème de l’accès aux marchés, et les pays en développement en sont bien conscients. En dépit de cette réserve, nous devons nous efforcer de réduire l’écart en termes de capacité dont souffrent les pays pauvres et leur permettre ainsi de tirer pleinement parti des avantages d’un système commercial multilatéral, ouvert et fondé sur des règles.Références Voir : www.oecd.org/dev© L'Observateur de l'OCDE, N° 240/241, Décembre 2003


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