Les progrès de l'éducation : étudier les signes

Andreas Schleicher, Direction de l’éducation, OCDE
Direction de l'éducation

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Les tendances qui se manifestent dans le domaine de l’éducation constituent un sujet d’observation à part entière, nécessitant beaucoup de patience. Pourtant, un examen attentif de l’évolution des performances au cours de la dernière décennie permet de constater plusieurs changements assez intéressants

Étant donné les fluctuations constantes d’un certain nombre d’indicateurs économiques de premier plan, les commentateurs peuvent se servir des données trimestrielles ou des taux de croissance annuels pour évaluer la réussite ou l’échec des politiques économiques. Lorsqu’il s’agit d’éducation, les politiques et les indicateurs de performance évoluent, en revanche, beaucoup plus lentement et il est difficile de susciter un intérêt similaire. Certes, un gros titre sur les aptitudes des enfants en lecture ou en mathématiques peut entraîner des réactions de la part des citoyens. Mais il peut s’écouler cinq ou dix ans, voire une génération, avant que les mesures prises pour remédier aux problèmes soulevés ne portent leurs fruits.Rien d’étonnant à cela lorsque l’on sait que les résultats des élèves terminant leur cycle secondaire en 2003 peuvent dépendre de l’instruction qui leur a été dispensée au cours de leurs premières années scolaires, soit aux alentours de 1990, dans certains cas par des enseignants qui ont été, eux-mêmes, formés dans les années 1960.Dans les sociétés actuelles, régies par le savoir, l’éducation constitue, pourtant, une ressource primordiale. En termes quantitatifs, lorsque l’on cumule les dépenses des secteurs public et privé, ce poste absorbe 5,9 % du PIB des pays membres de l’OCDE. Cela ne justifie-t-il pas un suivi plus approfondi des performances ? L’OCDE s’en préoccupe en procédant à la collecte d’indicateurs fiables sur l’enseignement depuis plus d’une dizaine d’années, et en utilisant des données comparables pour déceler les tendances à plus long terme. Sa publication annuelle, Regards sur l’éducation, dont la dernière édition vient de paraître, montre bien que les choses changent lentement tout en précisant le sens de cette évolution.Lorsque l’on compare les principales données, recueillies en 2000/2001 avec les mêmes indicateurs recueillis cinq ou dix ans plus tôt, on constate beaucoup de similitudes. C’est notamment le cas pour les dépenses en matière d’éducation. Proportionnellement à leur PIB, le Danemark et la Suède continuent d’y consacrer le plus de ressources publiques, soit respectivement 6,4 % et 6,3 % de leur PIB alors que la moyenne égale 4,8 % dans la zone OCDE. De même, les États-Unis ne dérogent pas à la règle avec des dépenses publiques proches de la moyenne. Cependant, si l’on tient compte des dépenses engagées par le secteur privé américain dans l’enseignement supérieur, le ratio atteindrait 7 % du PIB, plaçant ce pays dans le groupe de tête. Pour les mêmes raisons, la Corée affiche un ratio de 7,1 % du PIB et se place en première position. Enfin, au Japon, en dépit du fait que les dépenses privées excèdent la moyenne, le ratio n’est que de 4,6 %.S’agissant des taux de scolarisation, la situation a davantage évolué. L’édition 1993 de Regards sur l’éducation indiquait qu’en 1990, les pays européens enregistraient dans leur ensemble une fréquentation plus élevée au niveau de l’enseignement primaire alors que la proportion de jeunes inscrits dans une filière universitaire diplômante était moindre qu’aux États-Unis, au Canada ou en Australie. La situation évolue, toutefois, puisque plus d’un tiers des jeunes reçoit, aujourd’hui, une formation de niveau universitaire dans plusieurs pays européens, notamment au Royaume-Uni et dans certains pays nordiques.Ces changements n’influencent que progressivement le niveau d’instruction de la population active. En effet, une augmentation de la proportion de jeunes diplômés survenue il y a dix ans, n’affecterait qu’environ 25 % des personnes en âge de travailler aujourd’hui. Le premier graphique indique cependant que la proportion de jeunes qualifiés a sensiblement évolué dans certains pays. Si la proportion des diplômés de l’enseignement supérieur parmi la tranche d’âge 25-34 ans a partout augmenté, la hausse est, en effet, particulièrement marquée en Australie, en Belgique, au Canada, en Corée, en Espagne, en France, en Irlande, en Norvège, au Royaume-Uni et en Suède. De fait, grâce à la croissance à deux chiffres dont ces pays ont bénéficié depuis 1991, ils ont réussi à combler plus ou moins le retard accumulé par rapport aux États-Unis.Au début des années 1990, l’Allemagne comme le Royaume-Uni comptaient environ un cinquième de personnes très qualifiées parmi les 25-34 ans.Aujourd’hui, si la situation n’a guère évolué en Allemagne, le pourcentage avoisine le tiers au Royaume- Uni. Il y a donc lieu de penser que l’Allemagne a eu des difficultés à accroître l’accès à l’enseignement supérieur ; cela dit, les réformes en cours devraient apporter des changements dans les années à venir.S’agissant de l’enseignement « supérieur », il convient de noter que ces données incluent, outre les diplômes universitaires correspondant à des cycles complets, tout un éventail de diplômes de niveau inférieur. Ces derniers sont particulièrement répandus au Japon, ce qui contribue à expliquer le taux élevé de jeunes diplômés affiché par ce pays.Outre la croissance continue des systèmes d’enseignement, les années 1990 ont été marquées par deux autres tendances récentes. La première concerne l’avance rapide prise par les femmes par rapport aux hommes en termes de formation ainsi que la disparition dans de nombreux domaines de toute trace de « supériorité » masculine en la matière. Dans la majorité des pays membres de l’OCDE, la probabilité, pour les jeunes femmes, d’obtenir un diplôme universitaire est, aujourd’hui, plus élevée que celle des jeunes hommes.Trois pays font exception à cette règle (Japon, Suisse et Turquie). Cela marque donc une rupture par rapport à la situation antérieure. L’édition 1993 de Regards sur l’éducation indique, en effet, que le taux d’obtention pour les hommes d’un diplôme de niveau universitaire excédait encore, en 1990, celui des femmes dans la moitié des pays comparés. Mais, lorsqu’il s’agit de choisir une discipline d’étude et une filière professionnelle, les différences subsistent. Les jeunes hommes continuent de préférer les formations universitaires dans les domaines de la physique, des mathématiques et des sciences de l’ingénieur tandis que les jeunes femmes s’orientent vers les sciences sociales et les filières en rapport avec la santé et l’enseignement.L’enquête réalisée en 2000 par l’OCDE, dans les 43 pays participant au programme PISA visant à évaluer les compétences des adolescents de 15 ans, fournit d’autres renseignements intéressants. Elle révèle que, dans tous ces pays, les filles lisent mieux que les garçons. Cela dit, dans près de la moitié des pays, les garçons conservent une avance, quoique plus faible, en mathématiques tandis que les différences dans les domaines scientifiques apparaissent généralement peu significatives.Enfin, dans 40 pays, les filles de 15 ans nourrissent plus d’ambition que les garçons quant à leur avenir professionnel. Cependant, elles envisagent fréquemment d’exercer des professions liées aux sciences de la vie et à la santé alors que les garçons s’intéressent aux professions en rapport avec la physique, les mathématiques ou les sciences de l’ingénieur. La structure actuelle des effectifs de diplômés de l’enseignement supérieur confirme ces préférences.La deuxième tendance concerne le recours accru aux technologies de l’information et de la communication (TIC). En 1990, la majorité des établissements d’enseignement secondaire du deuxième cycle ne disposaient pas encore de systèmes informatiques de base. À l’heure actuelle, presque tous en sont équipés, Internet et la messagerie électronique ayant généralement fait leur entrée dans les écoles avant la fin des années 1990. L’introduction des nouvelles technologies n’a toutefois pas été uniforme, loin s’en faut, comme le montre l’édition 2003 de Regards sur l’éducation. Certains pays, comme la Finlande et la France, ont adopté très tôt les TIC et continuent d’y consacrer des ressources importantes pour satisfaire leurs besoins. En revanche, un autre groupe de pays, parmi lesquels la Corée, l’Espagne et l’Italie, les ont introduits bien plus tardivement. La Corée se démarque toutefois, en affichant, aujourd’hui, l’un des pourcentages les plus élevés de la zone OCDE en ce qui concerne le nombre d’ordinateurs par élève.Pris ensemble, ces indicateurs ne permettent pas de répondre à la question récurrente : quel est le meilleur système d’enseignement ? Mais, les décideurs politiques peuvent s’y référer pour identifier les domaines dans lesquels il serait souhaitable d’investir et de procéder à des améliorations. De plus, ils constituent des points de repère très utiles à l’échelle internationale et permettent aux différents pays de comparer leurs progrès à ceux des autres, contribuant ainsi à l’évolution de nos systèmes d’enseignement.L’étude PISA continuera de fournir, au cours des prochaines années, de précieux indicateurs. Tous les trois ans, ce programme permet d’évaluer les connaissances et les compétences utiles à la vie courante acquises par les jeunes de 15 ans qui achèvent leur période de scolarité obligatoire. Les résultats des premiers tests, réalisés en 2000, ont suscité un grand intérêt dans de nombreux pays. Les résultats de la deuxième série d’évaluations entreprise en 2003 devraient être disponibles en 2004. Ils nous fourniront ainsi un premier aperçu des changements survenus en ce qui concerne les acquis des jeunes et l’efficacité des mesures prises par les pouvoirs publics.Il convient toutefois de modérer les attentes car il est probable que les résultats n’auront pas beaucoup évolué en trois ans. Certes, à la suite des premiers résultats publiés en 2001, certains pays ont décidé de mettre en œuvre des réformes dans l’enseignement secondaire. Mais, il est possible que les mesures ne soient appliquées qu’aujourd’hui et qu’il faille encore attendre quatre ou cinq ans pour que celles-ci influencent les jeunes de 15 ans. Cela signifie que l’on ne disposerait des résultats les plus pertinents qu’aux alentours de 2010. Le délai est-il trop long ? Les parents d’enfants ayant huit ans aujourd’hui ne partageront sans doute pas cet avis.© L’Observateur de l’OCDE, N°239, Septembre 2003RéférencesOCDE (2003), Regards sur l’éducation, Paris.OCDE (2002), La lecture, moteur de changement : performances et engagement d’un pays à l’autre, Paris.OCDE (2001). Connaissances et compétences : des atouts pour la vie. Premiers résultats de PISA 2000, Paris.OECD (1993), Regards sur l’éducation, ParisBulmahn, E. (2002), « PISA : Les conséquences pour l’Allemagne », dans L’Observateur de l’OCDE, N° 231/232, mai.Hirsch, D. (2002), « Notre enseignement est-il de bonne qualité ? L’enquête PISA » dans L’Observateur de l’OCDE, N°230,janvier.


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