Où travaillent les clandestins?

Direction de l'Education, de l'Emploi, du Travail et des Affaires Sociales
Dans quels secteurs les clandestins sont-ils le plus souvent employés ? S’il est difficile d’établir un panorama précis des différents métiers exercés par les migrants en situation irrégulière, les informations obtenues à la suite d’opérations de régularisation démontrent que le nombre de secteurs ayant recours à la main-d’œuvre clandestine est bien plus élevé que celui auquel on pouvait s’attendre. Une étude réalisée dans six pays de l’OCDE - Espagne, États-Unis, France, Grèce, Italie, Portugal - révèle que dans l’ensemble, les migrants en situation irrégulière sont assez jeunes. En Espagne, en France et en Italie, les trois quarts des régularisés ont moins de 40 ans. De plus, il est possible d’identifier un noyau de secteurs qui ont tendance à recourir de préférence à la main-d’œuvre étrangère, qu’elle soit régulière ou irrégulière. Il s’agit notamment de l’agriculture, du bâtiment et des travaux publics, de la petite industrie, du tourisme, de l’hôtellerie-restauration et des services rendus aux ménages et aux entreprises, y compris les services informatiques.
Plusieurs raisons expliquent cette tendance. Tout d’abord, la main-d’œuvre étrangère apporte une plus grande flexibilité au travail productif. Le caractère saisonnier des activités agricoles, par exemple, fait que les exploitants recherchent en permanence des travailleurs prêts à accepter des conditions de travail pénibles et intensives. La présence de travailleurs étrangers s’inscrit aussi dans un contexte, notamment en Europe et aux États-Unis, de recherche systématique de minimisation des coûts et de flexibilité du travail.Contrairement à l’agriculture et à l’industrie, dont la part dans le produit intérieur brut est en déclin dans la plupart des pays industrialisés, la présence croissante des clandestins dans le secteur tertiaire va de pair avec une hausse de l’emploi. Dans certains pays, ils sont de plus en plus présents dans des secteurs délaissés par les nationaux tels que les activités de santé, d’hygiène et d’enseignement. Dans des pays comme la France et l’Italie, les travailleurs clandestins qualifiés peuvent trouver un emploi dans l’enseignement scientifique et linguistique ainsi que dans les services de soins dans les hôpitaux, mais à un taux salarial inférieur à celui des nationaux. Le tourisme saisonnier, le commerce de détail et l’hôtellerie-restauration, dans lesquels les horaires de travail sont particulièrement longs, ont également recours à la main-d’œuvre clandestine. La croissance des services rendus aux entreprises ( entretien et maintenance de matériel, gardiennage) et aux ménages (garde d'enfants et autres services domestiques) offre également des débouchés à ce type de main-d’œuvre.Le développement récent de la sous-traitance dans la plupart des pays de l’OCDE favorise également le recrutement d’étrangers en situation irrégulière. La sous-traitance permet aux entreprises dans de nombreux secteurs de réduire leurs charges sociales et d’échapper aux contraintes imposées par le droit du travail. Les entreprises de textile-habillement et de bâtiment et travaux publics tout comme les entreprises de services y ont souvent recours. Cette pratique a permis de développer une forme de « faux » salariat, dans la mesure où les salariés d’une entreprise de sous-traitance sont en réalité des travailleurs indépendants. Néanmoins, dans la plupart des cas, ils continuent à travailler exclusivement pour l’entreprise sous-traitante qui, bien que recevant de la part de l’entreprise donneur d’ordres les machines et les outils indispensables à l’activité sous-traitée, est libre de recruter ses travailleurs. Ce qui se traduit en général par le recrutement de travailleurs étrangers en situation irrégulière pour minimiser les coûts. L’entreprise donneur d’ordres est donc indirectement responsable, mais jusqu’à présent et dans bon nombre des législations des pays de l’OCDE, elle est dépourvue de toute responsabilité juridique en ce qui concerne le recrutement. Cette situation pourrait bien changer. La France, par exemple, souhaiterait qu’incombe aux entreprises donneurs d’ordres une responsabilité plus lourde en ce qui concerne le recrutement des travailleurs par leurs entreprises sous-traitantes. L’emploi illégal des étrangers révèle dans une certaine mesure les rigidités du marché du travail, notamment en termes de flexibilité et d’adaptation des structures productives. Il reflète également les problèmes liés à l’économie souterraine. Surtout, il permet de souligner le fait qu’on ne saurait appréhender le problème du travail clandestin en se limitant à mettre en œuvre une politique de contrôle des flux migratoires.


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