L’enfance en jeu

Combattre le travail des enfants : un bilan des politiques

Lorsque l’usine s’installe en ville, Rachid est le premier à postuler pour un emploi. Il est embauché avec quelques-uns de ses amis. Jusqu’ici, tout va bien. Les horaires de travail seront chargés mais le salaire semble correct comparé à tous les petits boulots qu’il a exercés un peu partout dans la ville. En plus, comme il s’agit d’une grande entreprise connue, la sécurité de l’emploi devrait être à la clé. Le problème c’est que Rachid n’a que 11 ans

Le travail des enfants est une pratique relativement courante dans de nombreux pays en développement, où elle bénéficie même parfois d’un soutien local et culturel. La croissance économique fournira peut-être à terme les moyens sociaux, politiques et institutionnels nécessaires pour réduire l’incidence du travail des enfants dans ces pays.Mais si la croissance et l’investissement (y compris l’investissement étranger) dépendent trop largement de pratiques de travail défaillantes, celles-ci sont davantage susceptibles de freiner le développement que de le stimuler, et ne feront que perpétuer le problème. Il n’est pas trop tard pour agir. Combattre le travail des enfants analyse l’efficacité des politiques mises en œuvre pour lutter contre ce fléau tout en assurant les perspectives de développement des pays concernés.Le travail des enfants n’est pas facile à mesurer. La plupart des études nationales sur la population active ne recueillent pas d’informations relatives aux moins de 15 ans. L’OIT estime cependant que, dans le monde, plus de 12 % des enfants âgés de 5 à 9 ans travaillent. Ce chiffre atteint 23 % pour les enfants âgés de 10 à 14 ans, ce qui représente près de 245 millions d’enfants contraints à travailler. Sur ce total, environ 179 millions sont soumis aux pires formes de travail, telles que l’esclavage, le travail forcé ou obligatoire, le travail dangereux, la prostitution et d’autres activités illégales.Les sources de ce problème sont complexes, et la seule interdiction du travail des enfants ne servirait à rien. Toute prohibition du travail des enfants qui ne propose pas en même temps d’autres solutions viables, à commencer par l’éducation, risque d’encourager l’activité criminelle, telle que la traite des enfants. Les nombreuses institutions qui ont pour objectif l’éradication du travail des mineurs reconnaissent que les pires formes de maltraitance des enfants sont en fait déjà illégales dans de nombreux pays. La pierre d’achoppement reste le lien indissociable entre le travail des enfants et le développement économique. Dans de nombreux foyers, en particulier en Afrique et en Asie, les salaires des enfants permettent de nourrir la famille.La situation s’améliore malgré tout. Des programmes tels que Progresa au Mexique ou Bolsa Scola au Brésil, qui apportent une aide aux familles qui acceptent de scolariser leurs enfants, semblent être efficaces et relativement peu coûteux. De tels programmes reposent sur des systèmes d’incitations, et non de sanctions, et permettent d’enclencher une spirale bénéfique entre une meilleure scolarisation, une diminution du travail des enfants et un accroissement du développement économique. La Fondation Rugmark a contribué à réhabiliter l’industrie du tapis en Inde, au Népal et au Pakistan. Les fabricants peuvent obtenir le label Rugmark s’ils s’engagent à ne pas employer d’enfants âgés de moins de 14 ans, à verser aux adultes le salaire minimum, et à permettre l’accès à leurs métiers à tisser lors de contrôles imprévus. Cette initiative semble porter ses fruits. Il y a huit ans, un cinquième des contrôles révélait la présence illégale d’un enfant au travail, aujourd’hui, cette proportion n’est plus que d’un sur dix-neuf.Combattre le travail des enfants recommande également de renforcer la lutte contre la traite des enfants et la prostitution enfantine et réclame une coopération internationale dans le domaine judiciaire et un fort engagement des pouvoirs publics à tous les niveaux afin de faire en sorte que des enfants comme Rachid puissent envisager l’avenir sous un jour meilleur.© L’Observateur de l’OCDE, N°239, Septembre 2003


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