Les défis de Doha

Déclaration des Dirigeants du FMI, de l'OCDE et de la Banque mondiale avant la cinquième Conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce à Cancún, Mexique, 10-14 septembre 2003

Le 4 septembre 2003*– Les ministres du commerce se réunissent la semaine prochaine à Cancún afin d’avancer dans la mise en œuvre du Programme de Doha pour le développement. Ils incarnent les aspirations des millions de personnes de par le monde dont les espoirs de progrès économique reposent sur les possibilités offertes par l’économie mondiale. Le commerce international est un élément moteur de l’expansion économique dans les pays développés comme dans les pays en développement.La croissance des échanges est indispensable à la prospérité économique mondiale, et les négociations de Doha se situent au centre de la stratégie mondiale élaborée dans le but d’atteindre les Objectifs de Développement pour le Millénaire, qui consiste à réduire la pauvreté en donnant aux pauvres les moyens d’améliorer eux-mêmes leur situation.Les résultats à atteindre à la réunion de Cancún doivent être à la hauteur de ces objectifs. Il faut résolument mettre un terme aux politiques commerciales qui nuisent au développement économique. Les donneurs ne peuvent pas offrir d’une main des aides destinées à créer des possibilités de développement tout en recourant à des restrictions commerciales pour supprimer ces possibilités de l’autre – et s’attendre à ce que les ressources financières qu’ils consacrent au développement soient vraiment utiles. Quant aux pays en développement, il leur incombe d’utiliser le système multilatéral pour promouvoir une meilleure intégration, à la fois entre eux et au sein de l’économie mondiale. Leurs barrières tarifaires et non tarifaires constituent de sérieux obstacles à leurs échanges mutuels.Tous les pays ont intérêt à ce que les négociations soient couronnées de succès – et ils ont tous le devoir de promouvoir un programme vaste et équilibré. Mais il est indispensable que les pays développés mènent une action appropriée. À cet égard, nous nous félicitons des progrès accomplis dans la négociation de dérogations à l’accord sur les ADPIC pour des raisons de santé publique et nous encourageons les parties présentes à Cancún à mettre à profit les avancées récentes des négociations sur l’agriculture.L’agriculture revêt une importance particulière pour les perspectives économiques de nombreux pays en développement, et une réforme des pratiques en vigueur dans les échanges agricoles mondiaux serait sans doute le moyen le plus immédiat d’améliorer les conditions de vie des plus démunis. Or, les pays développés imposent des droits de douane qui sont de 8 à 10 fois plus élevés sur les produits agricoles que sur les produits industriels. Nombre d’entre eux continuent de recourir à diverses formes de subventions à l’exportation qui ont pour effet de faire baisser les cours mondiaux et d’enlever des marchés aux agriculteurs des pays pauvres.Dans tous les secteurs, hormis l’agriculture, ces mêmes pays ont depuis longtemps décidé d’interdire les subventions à l’exportation. Les aides à l’agriculture coûtent au ménage moyen de l’UE, du Japon ou des États-Unis plus de US$1 000 par an. Une grande partie de cette aide pèse sur les revenus agricoles dans les pays en développement tout en bénéficiant principalement aux agriculteurs les plus prospères des pays riches, et elle ne contribue guère à la réalisation des objectifs que les pays développés se sont assignés en matière de protection de l’environnement et de développement des collectivités rurales.Le commerce peut représenter un instrument puissant au service du développement. Pour avoir un maximum d’efficacité, la politique commerciale doit s’inscrire fermement dans le cadre des stratégies nationales de développement et de réduction de la pauvreté et reposer sur une bonne gouvernance. Des actions complémentaires devront être menées pour tirer avantage du développement des échanges commerciaux. Sur le plan de l’offre, il s’agira de procéder aux investissements d’infrastructure nécessaires pour permettre aux produits venant des pays pauvres d’accéder aux marchés mondiaux et, dans une perspective à plus long terme, de réaliser des investissements dans l’éducation. Il importera par ailleurs de mettre en œuvre des politiques destinées à sauvegarder les intérêts des groupes les plus vulnérables.Dans les deux cas, une assistance financière et technique externe sera souvent nécessaire. Nous sommes prêts à apporter notre concours à cet égard. Toutes nos organisations ont intensifié leurs efforts pour fournir une aide orientée vers des objectifs commerciaux, afin de concourir à une issue positive des négociations de Doha. Ensemble, nous avons les mandats, les ressources et compétences nécessaires pour aider les pays à gérer les problèmes d’adaptation pouvant résulter d’une plus grande ouverture des échanges. Mais c’est désormais aux gouvernements qu’il appartient d’agir. Tous ont un rôle à jouer. Les pays riches doivent prendre l’initiative dans les domaines où les négociations achoppent, notamment dans le secteur de l’agriculture. Les pays à revenu intermédiaire doivent aussi apporter leur contribution en réduisant les droits de douane qui ont des conséquences négatives non seulement pour leurs citoyens, mais aussi pour d’autres pays en développement. Quant aux pays à faible revenu, même s’ils reçoivent davantage d’aide au titre des échanges commerciaux et obtiennent des délais supplémentaires pour mettre en œuvre certaines règles de l’OMC, ils se doivent d’assumer les nouvelles responsabilités qu’implique leur participation au système international.En agissant collectivement, les membres de la communauté internationale ont la possibilité de venir en aide aux populations les plus pauvres. Il ne faut pas laisser passer cette occasion.Horst Köhler, FMIDonald J. Johnston, OCDEJames D. Wolfensohn, Banque mondiale© L’Observateur de l’OCDE, N°239, Septembre 2003* Les résultats de la réunion de Cancún seront analysés dans la prochaine édition de L’Observateur de l’OCDE, N° 240.


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