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Dans les pays industrialisés, les aliments n’ont jamais été aussi sûrs et l’espérance de vie n’a jamais été aussi longue. Pourtant, des craintes suscitées récemment par la maladie de la vache folle et maintenant par les aliments génétiquement modifiés, ont placé la biotechnologie au cœur des préoccupations politiques dans plusieurs pays. Tout cela est allé de pair avec des batailles réglementaires, des manifestations publiques et des conflits commerciaux. S’ajoute à la confusion, une opinion publique divisée où toutes les façons de pensées, bien qu’étant contradictoires, ont un sens. L’ennui, c’est qu’au milieu de ce vacarme, ce qui n’a virtuellement aucune relation avec le « génie génétique » est susceptible de s’ériger en tabou, en dépit de nombreux avantages.
« Je n’invente pas : je découvre ! » Cette exclamation de Picasso trouve aujourd’hui toute sa résonance dans l’esprit des chercheurs en biotechnologie, un domaine en pleine expansion. Elle nous rappelle que les brins d’ADN renfermés dans chaque cellule vivante constituent les plus anciens enregistrements numériques de données au monde, et ne sont certainement pas une création de Crick et Watson qui date de 1953. En fait, nous vivons avec la biotechnologie, certes sous des formes plus primitives, depuis l’époque d’homo habilis. La différence, c’est qu’aujourd’hui nous pouvons lire ces données, de façon rapide et peu coûteuse. Les premières tentatives de retranscriptions de nos ingénieurs généticiens consistaient à des opérations de recopiage et de recollage de données. En résumé, avec la biotechnologie moderne, le monde a découvert un nouveau domaine, vaste et prometteur d’activités créatrices et, du moins pour la communauté scientifique, d’innovations brevetables et rentables.Les projets actuels de lecture, ou de séquençage, du génome humain et d’autres génomes, sont étroitement liés à l’avènement de l’économie du XXIe siècle fondée sur le savoir. Les nouvelles connaissances et techniques ont une importance fondamentale dans les domaines de l’agro-alimentaire, de la santé et de l’environnement. En fait, elles jouent un rôle essentiel dans la transition vers une économie mondiale écologi-quement viable. Ces connaissances revêtent un caractère permanent, envahissant, perturbateur et parfois même subversif. Qu’on le veuille ou non, elles sont irréversibles et, grâce à Internet, accessibles au monde entier.Les applications ne cessent de proliférer, que ce soit dans des anciens ou des nouveaux secteurs. Les nouvelles connaissances ne rencontrent que très peu de résistance lorsqu’il s’agit de vaccins plus fiables ou de remèdes à des maladies jusqu’ici incurables. En revanche, lorsqu’elles concernent des applications à l’agriculture et à l’alimentation, la pilule est plus difficile à avaler. Ces difficultés pourraient être résolues par une meilleure communication ou une plus grande transparence, afin de rassurer le consommateur réticent sur les bonnes intentions des scientifiques, des agriculteurs et des industries agro-alimentaires. La transparence de l’information communiquée aux consommateurs correspond aujourd’hui à une attente du public totalement fondée. Mais cela soulève de nombreuses interrogations sur ce qu’est une information « pertinente » ou utile, ce qui devrait être obligatoire et sur ce qui relève plutôt de l’intérêt commercial.L’inquiétude des consommateurs a été récemment avivée dans certains pays par des campagnes actives contre les organismes génétiquement modifiés, en particulier pour les produits alimentaires. La science se trouvant ainsi au coeur d’un débat passionné, les pouvoirs publics devraient se prononcer clairement sur la question. Le problème, c’est que des pressions à court terme peuvent influer sur les politiques, et elles ne le font pas toujours dans le bon sens. Elles peuvent conduire à la mise en place de réglementations qui condamnent des techniques nouvelles ou encore faire double emploi avec des dispositions existantes et conduire à une bureaucratie inutile, voire parfois à des différends commerciaux. Il en résulte ainsi un ralentissement, voire un arrêt du progrès. Comment peut-on débloquer ce processus ? L’OCDE peut-elle apporter une aide dans ce domaine ?Bon nombre d’années se sont écoulées depuis les premiers débats très médiatisés sur la sécurité du génie génétique qui ont suivi la conférence d’Asilomar en Californie en février 1975. Les scientifiques avaient alors imposé un moratoire temporaire sur certaines expériences. Dans les années quatre-vingt, l’OCDE a été l’une des principales tribunes pour les délibérations internationales sur la sécurité. Elle avait permis de réunir l’expertise scientifique et les réflexions politiques et de confronter l’expérience grandissante de ses pays membres. Notre contribution dans ce domaine est substantielle ; elle est décrite dans le dossier spécial de ce numéro de L’Observateur. Dans le cadre de ses travaux, l’OCDE continue de publier des documents reflétant un consensus d’experts afin d’aider les responsables de la réglementation qui ont à évaluer la sécurité d’un nombre toujours plus important de plantes de grande culture. Du moins dans les pays industrialisés, nous avons mis en place depuis longtemps des mécanismes de gestion de la sécurité dans les domaines des aliments, des nouveaux produits pharmaceutiques et des vaccins, des semences nouvelles, de la quarantaine agricole, des produits agrochimiques et dans bien d’autres domaines où des produits nouveaux apparaissent (généralement plus sûrs et élaborés de façon plus précise).Ce sont les pays en développement qui ont le plus grand besoin des nouvelles connaissances et techniques que promet d’apporter la biotechnologie. Des retards inutiles pourraient avoir des conséquences désastreuses sur la sécurité alimentaire de millions de personnes. Et que l’on ne se fasse aucune illusion : ces retards pourraient être tout aussi catastrophiques pour l’environnement. Des cultures comme le coton, que ce soit aux États-Unis ou en Inde, reçoivent d’énormes tonnages de pesticides chimiques qui persistent dans l’environnement et s’accumulent au niveau des chaînes alimentaires. Les plantes cultivées auxquelles la biotechnologie moderne confère une résistance intrinsèque n’ont plus besoin de pesticides. Une chose est sûre : les pratiques agricoles actuelles, dites « traditionnelles », sont polluantes. Les modes de culture faisant appel à la biotechnologie permettent en revanche de réduire la pollution.Les progrès rapides de la biotechnologie moderne constituent de multiples défis pour l’action des pouvoirs publics, aussi bien dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la recherche, de la propriété intellectuelle – qui, dans une économie fondée sur le savoir, revêt une importance accrue – que dans l’industrie où les entreprises s’efforcent d’exploiter et de maîtriser les nouvelles connaissances. Des problèmes se posent quant aux financement des infrastructures nécessaires à la biotechnologie au niveau mondial – bases de données et collections de micro-organismes, de lignées cellulaires, de semences et d’autres ressources biologiques essentielles : qui les paie et qui en bénéficie ? – mais aussi au niveau de la protection de la vie privée, des données, des droits de propriété et de l’intérêt public. De nombreuses questions restent en suspens. L’OCDE peut aider les décideurs à travers le monde à trouver des réponses. Entre-temps, le moulin du savoir ne cessera de moudre son grain. Et d’ailleurs, pour quelles raisons voudrait-on l’en empêcher ?


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