Un monde incertain

Forum de l’OCDE 2003, 28 et 29 avril, Paris

Le monde se dirige-t-il vers des destins économiques divergents ? Ces évolutions risquent-elles de saper la sécurité et la stabilité à l’échelle mondiale ? Comment les pouvoirs publics et les citoyens devraient-ils répondre à de tels dangers ?

Telles sont quelques-unes des questions qui ont été débattues par plus d’un millier de personnes réunies à Paris les 28 et 29 avril 2003 pour la quatrième édition du Forum de l’OCDE, centré cette année sur le thème « Croissance, développement et prospérité ». Comme toujours, le Forum s’est tenu en liaison avec la réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres.L’une des principales préoccupations exprimées dès le début du Forum était de savoir si l’on peut compter sur l’économie américaine pour alimenter la croissance future du reste du monde. La réponse de Clyde Prestowitz, auteur et président de l’Economic Strategic Institute aux États-Unis, a été clairement négative. Selon M. Prestowitz, les États-Unis sont une économie « dépensière et emprunteuse », dont les dépenses ne sont plus contrôlées. Avec un déficit commercial de US$500 milliards, la question est de savoir si le reste du monde acceptera indéfiniment de faire crédit aux États-Unis et de permettre aux américains de vivre au-dessus de leurs moyens.Francis Mer, Ministre français de l’économie, des finances et de l’industrie, a souligné l’importance de l’éducation pour stimuler la croissance économique. Afin d’encourager les particuliers et les entreprises à voir l’éducation comme une forme d’investissement, nous devons, selon lui, mettre en place des incitations, notamment fiscales.Le rétablissement de la confiance sur les marchés et dans les administrations publiques, malgré les scandales récents dans lesquels des sociétés ont été impliquées, n’a jamais été bien loin du centre du débat. Thierry Desmarest, Président-directeur général de TotalFinaElf, a soutenu que la corruption est néfaste pour les affaires dans tous les cas, alors que la transparence et l’intégrité renforcent la concurrence et aident à créer un climat favorable pour cheminer de façon stable vers la croissance économique. Selon Christian Schricke, Secrétaire général du Groupe Société Générale, les scandales dont ont fait l’objet certaines sociétés ont obligé les entreprises à réévaluer leurs objectifs et à parier sur le regain de confiance du public.Attention aux fracturesDes problèmes fondamentaux persistent entre riches et pauvres dans de nombreux domaines ; l’un des problèmes concerne la fracture numérique bien que, pour Jean-Philippe Courtois, Directeur général de Microsoft Europe, Moyen-Orient et Afrique, l’économie des technologies de l’information (TI) poursuive son expansion, malgré l’éclatement de la bulle dot.com. Et d’après lui, le meilleur reste encore à venir. Mais pour François Roussely, Président-directeur général d’EDF, la principale fracture est celle de l’électricité. Pour W. Brian Healy de Merck, il faudrait combler le « fossé de la santé » pour s’attaquer à des maladies comme le SIDA et le SRAS.Le ministre japonais de la Politique économique et budgétaire, Heizo Takenaka, a déclaré que dans son pays, il n’y aurait pas de croissance sans réforme. Mais il est peut- être plus difficile de créer des marchés plus ouverts et plus concurrentiels dans un contexte de populations vieillissantes, a soutenu Anatole Kaletsky, du Times de Londres. À mesure que l’électorat vieillit, il devient plus circonspect à l’égard du changement, dit-il. Et Hamish McRae, commentateur économique dans un autre journal britannique, The Independent, a fait ressortir que les divisions politiques ne se situent peut-être plus entre la gauche et la droite, mais entre les jeunes et les vieux.En tout cas, les pouvoirs publics ne devraient plus avoir l’illusion que la démocratie est assimilable aux élections, déclare Kumi Naidoo, directeur général de Civicus. Les partis politiques se ferment au citoyen ordinaire et selon lui, l’accès au processus politique devient de plus en plus une affaire de fortune. La plupart des participants, y compris les ONG, sont d’accord pour reconnaître qu’il est essentiel que les négociations de l’OMC s’achèvent sur un succès ; un échec ferait courir de réels dangers au système multilatéral.Selon le Directeur général de l’OMC, Supachai Panitchpakdi, tout processus multilatéral est « lourd, embrouillé et frustrant ». Mais il faut savoir que si l’on dépasse une date limite, cela « ne signifie pas qu’on a échoué, mais qu’on continue de travailler dessus et qu’il faut redoubler d’efforts ».D’après le Premier ministre de Nouvelle-Zélande, Helen Clark, les pays de l’OCDE ont grandement bénéficié du commerce international et doivent ouvrir leurs marchés à des échanges plus libres pour permettre au monde en développement de profiter des mêmes avantages. Pour le ministre chilien des finances, Nicolás Eyzaguirre, le problème est clair et net : « Le monde paie US$300 milliards en subventions agricoles, et cela représente cinq fois la somme dépensée pour l’aide au développement. Tout progrès sur le front des échanges et de l’investissement multilatéral doit comporter des réformes immédiates dans l’agriculture ».Par contre, Hervé Gaymard, ministre français de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales, s’est demandé dans quelle mesure il fallait réformer l’agriculture, car selon lui, « Il serait stérile de nous débarrasser des agriculteurs, car il nous faudrait alors recruter des fonctionnaires pour entretenir le paysage ».Dans ce contexte, le Secrétaire général de l’OCDE, Donald Johnston, a rappelé aux participants que les échanges et l’investissement, de même que les règles de bonne gouvernance ont été à la base d’accroissements sans précédent de la prospérité et du progrès social dans les pays de l’OCDE.Gareth Evans, Président-directeur général du International Crisis Group, est quant à lui préoccupé par le désintérêt croissant pour le multilatéralisme, et plus particulièrement de la part des États-Unis. Néanmoins, il a souligné que la coopération multilatérale était la bonne solution pour progresser.© L’Observateur de l’OCDE N°238 Juillet 2003


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