Remise en forme de la santé

Le message qui suit est un avertissement d’intérêt public : alors même que les gouvernements se réjouissaient d’être parvenus à maîtriser leurs dépenses de santé, ils risquent de les voir à nouveau s’envoler. Ce message n’est guère encourageant, mais comme la plupart des mises en garde touchant à la santé, il doit être pris au sérieux.

En 2001, les dépenses de santé ont atteint quelques 8,4 % du PIB dans la zone OCDE, soit plus d’un point de pourcentage de plus qu’il y a dix ans. Les États-Unis arrivent en tête avec presque 14 % du PIB, suivis d’assez près par la Suisse et l’Allemagne qui avoisinent les 11 %. Ces pays offrent-ils de meilleurs services de santé que leurs voisins ? Ce n’est pas si sûr. La France y consacre une part plus faible de son PIB et l’état de santé de sa population est au moins aussi bon, sinon meilleur. Toutefois, le budget français de la santé est lui aussi mis à rude épreuve et des réformes sont en préparation. En fait, quels que soient les résultats de leur propre système de santé, les pouvoirs publics de tous les pays de l’OCDE cherchent à en améliorer l’efficacité et à obtenir une meilleure utilisation des ressources.Pourtant, les efforts déployés par les pays de l’OCDE pour maîtriser les coûts n’ont pas été vains. Au contraire. Depuis les années 1970, pour enrayer leur forte progression, les gouvernements ont réduit de moitié le rythme de croissance des dépenses de santé. Pourquoi la tendance devrait-elle s’inverser ? Pour deux raisons évidentes : l’innovation technologique et le vieillissement de la population. La technologie est désormais l’un des piliers de nos services de santé. Qu’il s’agisse des systèmes d’imagerie ou des machines à dialyse, ses progrès influent sur la qualité des soins. Grâce à la télémédecine, les praticiens peuvent désormais se servir de téléphones mobiles 3G pour soumettre des images radiologiques à des spécialistes. Mais ces innovations, tout comme celles dans le domaine de la pharmacologie et de la biotechnologie, ont le défaut d’être coûteuses et poussent à dépenser encore plus pour la santé.Quant au vieillissement de la population, il pose plusieurs problèmes. À partir de 45 ans, le coût des soins fait un bond, même s’il diminue ensuite pour les personnes très âgées. Si cette évolution des coûts se poursuit, les dépenses totales de santé augmenteront en moyenne de près de 2 % du PIB d’ici à 2050. Or, il ne suffit pas de faire des économies pour résoudre le problème. Si tel était le cas, le débat serait clos. Car à trop vouloir réduire les coûts, on risque de nuire à l’efficience et de freiner l’accès à des services essentiels. Cela obligerait alors à investir plus pour améliorer l’efficacité. Les réformes, si nécessaires soient-elles, peuvent elles aussi engendrer des coûts, en matière de gestion par exemple. L’objectif de traiter plus de malades entraînera à force un accroissement des coûts.Le secteur public assure l’essentiel des dépenses de santé dans tous les pays de l’OCDE, à quelques exceptions près. Pourtant, même dans ces cas-là, les deniers de l’État servent à financer une grande part de l’effort. Les mesures prises dans ce domaine par les gouvernements consistent à la fois à restreindre les dépenses, à fixer des règles et à partager les coûts, surtout en matière de produits pharmaceutiques, pour lesquels les particuliers doivent assumer davantage la responsabilité de leurs choix. Mais des solutions axées seulement sur une meilleure gestion risquent d’échouer. C’est pourquoi une action de prévention visant à s’attaquer aux causes mêmes de certaines maladies s’impose.Prenons par exemple l’obésité. Parfois qualifiée de « maladie des pays occidentaux », ce problème va en s’aggravant. Dans certains cas, l’obésité est difficile à prévenir ou à traiter, mais très souvent, elle peut être évitée... Quel paradoxe de voir cette maladie sournoise évoluer dans un monde qui a pu vaincre tant de pathologies bien plus compliquées.Nul ne choisit d’être malade. Pourtant, davantage d’efforts pourraient être faits pour réduire les risques au minimum. L’éducation a un rôle essentiel à jouer, que ce soit à l’école ou par le biais des médias. Les campagnes de sensibilisation peuvent être efficaces, comme le prouve la forte diminution du tabagisme observée dans bon nombre de pays. Mais sont-elles suffisantes ? Après tout, beaucoup de gens continuent à fumer même s’ils en connaissent les dangers. Et il est relativement facile de faire comprendre les nuisances provoquées par la cigarette dans les lieux publics. Mais il est plus compliqué de s’attaquer à d’autres habitudes personnelles, même si tôt ou tard, le contribuable devra payer la note. Les industriels ont emboîté le pas. Certains d’entre eux s’emploient à améliorer la composition des produits alimentaires qu’ils fabriquent. D’autres incitent leurs salariés à adopter un mode de vie plus sain afin de réduire leurs coûts. Des procès sont intentés. Des campagnes sont aussi organisées pour que des mises en garde figurent sur les emballages de la restauration rapide.Les gouvernements pourraient eux aussi se poser des questions. Peut-être encouragent-ils la population à bien manger, mais font-ils assez pour favoriser l’activité physique, par exemple en construisant des terrains de sport et des pistes cyclables dans les villes ? Nous savons qu’il est possible de mettre en œuvre des mesures de prévention, qu’il s’agisse des problèmes de poids ou de condition physique, ou même des maladies infectieuses, comme on l’a vu avec l’épidémie de SRAS. Celles-ci peuvent atténuer la pression qui pèse sur les systèmes de santé, mais maîtriser la croissance des dépenses de santé alors que les technologies médicales progressent et que la population vieillit, nous oblige à faire face à plusieurs défis : assurer une utilisation plus efficace des ressources tout en veillant à ce que les services de santé essentiels soient accessibles en temps utile et de façon équitable ; faire en sorte que les réformes n’oublient personne ; et s’attaquer à la pénurie de médecins et d’infirmières, pour n’en citer que quelques-uns. En outre, des enjeux nouveaux se présentent, comme la coopération et la mobilité transfrontalières dans le domaine des soins aux malades.C’est à ces défis qui se posent aux pays développés que le projet de l’OCDE sur la santé cherche à répondre. Mis en place en 2001 pour une durée de trois ans, il a pour objectif ambitieux d’analyser les systèmes de santé afin d’en améliorer les résultats. L’OCDE peut certes apporter son expertise, mais seuls les gouvernements et les citoyens sont à même d’agir. Nul ne pourra dire qu’il n’a pas été averti.©L’Observateur de l’OCDE N°238 Juillet 2003


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