Relancer l’intégration régionale au sein de la Méditerranée

OCDE Observateur
Les pays arabes d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (MENA) souffrent d’un manque crucial d’accumulation du capital. Or, la majorité de ces pays sont liés à l’Europe par des accords bilatéraux et entretiennent relativement peu de relations commerciales entre eux. Il existe donc un réel danger de voir apparaître une situation où les investissements seraient détournés des pays de la périphérie – les pays arabes – au profit de ceux du centre –, les pays européens. Comment éviter un tel scénario ? C’est l’une des questions auxquelles s’est efforcé de répondre un groupe d’experts réuni lors de la conférence sur «la nouvelle dynamique du régionalisme dans la zone MENA» organisée par le Centre de développement de l’OCDE, la Banque mondiale et l’ERF1, les 6 et 7 févriers derniers au Caire (Égypte).
Plusieurs pays du Sud de la Méditerranée ont signé – d’autres sont sur le point de le faire – un accord de libre-échange avec l’Union européenne qui prévoit le démantèlement des barrières tarifaires pour les biens manufacturés sur une période de 12 ans2. Mais les effets attendus du partenariat euro-méditerranéen ne sauraient se limiter aux gains résultant d’une simple réduction des tarifs douaniers. La clé du succès réside davantage dans les effets dynamiques potentiels à la fois sur le développement industriel, les transferts de technologie et l’investissement direct. Des réformes internes sont donc nécessaires pour poursuivre l’effort de stabilisation macro-économique et améliorer l’environnement des affaires.De nombreux obstacles empêchent l’afflux de capitaux : carences de l’administration, situation de monopoles et de rentes, infrastructure inadaptée, procédures douanières trop longues. De plus, beaucoup trop de réformes annoncées n’ont jamais vu le jour ou ont été simplement abandonnées. Aussi, la crédibilité des politiques est indispensable pour retrouver la confiance des investisseurs étrangers.Actuellement, les échanges entre les pays de la région ne représentent que 5 % des exportations totales avec le reste du monde. Or, plusieurs conditions sont réunies pour réussir une intégration régionale : espace de cultures et de langues commun, complémentarités des économies, proximité géographique. De plus, la région représente à elle seule un marché global de 300 millions de consommateurs. La dernière tentative de régionalisme remonte à 1997 avec la signature par 18 pays arabes de l’AFTA (accord de libre échange de la Ligue arabe). Celui-ci prévoit un démantèlement des barrières tarifaires et non tarifaires sur une période de 10 ans à compter du 1er janvier 1998. Le nouvel accord régional devrait inciter les pays arabes à harmoniser les normes et les règles au sein de la région, favoriser la libre circulation du capital et du travail – celle des personnes n’est pas prévue par l’Accord euro-méditerranéen –, et améliorer les réseaux d’infrastructure. Tout cela entraînerait une diminution des coûts et une hausse de la productivité tout en évitant au pays arabes d’être à la merci de la conjoncture européenne. Dans ce contexte, les pays de la zone MENA seraient en meilleure position pour affronter les prochaines étapes de libéralisation prévues par l’OMC. Le démantèlement des accords multifibres, par exemple, va certainement affecter des pays comme le Maroc, la Syrie, l’Égypte ou la Tunisie, pour qui le textile représente entre 20 et 40 % de leurs exportations.Autre point souligné par les experts : l’agriculture et les services ne devraient pas être exclus des accords. Une étude de l’OCDE sur l’économie tunisienne montre que ce secteur a tout à gagner à s’ouvrir plutôt que de rester protégé et cantonné à un objectif d’autosuffisance3. La libéralisation devra s’accompagner de mécanismes de transferts pour les populations rurales. De son côté, l’Europe doit faire des efforts pour ouvrir ses marchés aux produits agricoles. «La crédibilité doit être réciproque» a souligné un intervenant originaire d’un pays de la région, car pour l’instant, nombreux sont ceux qui voient dans le partenariat euro-méditerranéen, une sorte de mariage dont les termes du contrat auraient été empruntés au divorce.


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