Les clés de la croissance et de la prospérité mondiales

Phil Swan, Économiste en chef, IBM, et président du Comité sur la politique économique du BIAC

Bien sûr l’économie mondiale a besoin d’être relancée ! Et cela implique que les gouvernements libéralisent les échanges, répartissent les fruits de la mondialisation et veillent à la disponibilité de données factuelles.

L’humeur dans le monde est décidément bien morose. Guerre, menaces de guerre, terrorisme, scandales dans le monde des affaires, chute des marchés boursiers et marchés du travail languissants : autant d’éléments qui ont ébranlé l’activité économique. Des grains de sable ont réussi à s’introduire dans les rouages de la mondialisation, à laquelle nombre d’observateurs imputent la responsabilité du malaise mondial actuel. C’est regrettable puisque, d’un point de vue économique, la mondialisation a ouvert les frontières aux idées, aux investissements et aux flux de capitaux, tout en permettant la libre circulation des personnes et des productions selon les lois élémentaires du marché. Les interactions entre personnes et cultures prennent des formes nouvelles et s’accentuent. Il est d’ailleurs à noter que les forces sociales et culturelles deviennent indissociables des entreprises et des interactions économiques.Les économies de marché facilitent la mondialisation dans la mesure où elles se caractérisent par la recherche d’économies d’échelle plus poussées – qui sont source d’efficacité – de coûts plus faibles, de compétences rares, de gains de productivité et finalement de profits et autres avantages pour les entrepreneurs. En fait, la mondialisation transmet à la fois des impulsions positives et négatives à un rythme rapide. Pour l’heure, nous assistons à une stagnation économique mondiale synchrone, exacerbée par des événements géopolitiques qui ne semblent pas prêts de prendre fin. C’est pourquoi il sera question lors du prochain sommet du G8 de définir, coordonner et promouvoir des politiques économiques imaginatives, afin de stimuler la croissance et la productivité.La mondialisation n’a rien d’une nouveauté, mais elle peut devenir un processus plus continu et plus harmonieux. La mondialisation rapide de la fin des années 1990 résultait dans une large mesure d’une diffusion accélérée des technologies, qui a notamment permis de mettre en réseau l’économie mondiale. Ce phénomène a lui-même débouché sur une régularisation des flux d’innovations, stimulant du même coup la recherche technologique et le progrès. Grâce à la mondialisation, les possibilités de maîtrise des coûts et d’économies d’échelle se sont multipliées. De plus, les politiques publiques ont eu tendance à favoriser ce processus.Le modèle économique des États-Unis s’est imposé comme le paradigme mondial d’aujourd’hui, en partie parce qu’il se fonde sur les investissements dans les technologies de l’information (TI), qui ont permis d’augmenter les gains de productivité, de multiplier les possibilités d’emplois et de juguler l’inflation. L’avenir est lourd de menaces pour la poursuite de la mondialisation. La volonté d’une intégration plus poussée des activités économiques mondiales dépend des résultats économiques et sociaux de notre action. À cet égard, au moins trois constats s’imposent. Premièrement, la libéralisation des échanges offre des avantages plus durables que le protectionnisme et, oui, les États-Unis devraient montrer l’exemple, malgré l’existence de fortes poches de résistance. Deuxièmement, la pérennité de l’expansion mondiale est subordonnée à la répartition des fruits de la croissance, tant à l’intérieur des pays qu’au niveau international. Troisièmement, les gouvernements doivent investir dans l’amélioration de la collecte des données et de leur diffusion, notamment parce que le secteur privé ne peut le faire lui-même. Faute d’informations adéquates, de mauvaises décisions seront prises.Sauver DohaLa libéralisation des échanges a été une des premières victimes des récentes faiblesses économiques et incertitudes géopolitiques. L’actuel cycle de négociations commerciales mondiales entamé à Doha s’est enlisé. Bien que la question des subventions agricoles ait prétendument été la cause de ce blocage, il semble que l’impulsion politique et la volonté nécessaires pour mener les âpres négociations aient fait défaut. Celles-ci auraient permis de faire tomber les obstacles aux échanges qui entravent la croissance. Il est inquiétant de constater que de nouvelles barrières se soient dressées, y compris aux États-Unis ! Celles-ci empêchent non seulement la libre circulation des biens, mais nuisent également à la flexibilité de l’économie. Il existe une richesse incroyable de talents à exploiter sur le campus planétaire. Libéraliser les marchés est une manière productive de mettre à profit ces ressources, où qu’elles se trouvent. La clé de l’avenir économique mondial réside à n’en pas douter dans une ouverture des marchés, bénéfique à de nombreux égards, plutôt que dans un cloisonnement limitatif.Quant à répartir les fruits de la croissance plus équitablement, l’impression compte et le revenu décide. En dernière analyse, le progrès économique est limité lorsque les avancées réalisées ne bénéficient pas à toutes les classes sociales. Une marée montante peut soulever tous les bateaux, mais pas nécessairement au même niveau. Une dégradation de la répartition des revenus au sein des pays et entre eux déprécie les gains de la mondialisation, l’adhésion du public dépendant de la progression des revenus relatifs. Elle peut se traduire par des phénomènes de rejet, de résistance et de régression, ceux-ci allant à l’encontre des efforts déployés pour favoriser l’expansion économique mondiale. Les gouvernements, en particulier dans les économies émergentes où persistent les disparités les plus marquées, doivent avoir la volonté politique de distribuer plus largement les fruits de la croissance. À cet égard, les infrastructures jouent un rôle primordial, qu’il s’agisse des marchés financiers, des routes et des transports en commun, de la distribution de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, du logement ou encore de l’enseignement et de la formation professionnelle. Examinons le cas de l’Inde. Malgré l’abondance bien connue de sa main-d’œuvre qualifiée dans le domaine technique, l’essor de cette économie est freiné dans une large mesure par une infrastructure matérielle limitée. L’Inde a beaucoup moins de routes goudronnées que la Chine, par exemple. La prise en compte de ce type de problèmes peut contribuer à une nette accélération de la croissance économique.La raison d’être de la technologie est de nous permettre de contrôler et d’ajuster les efforts destinés à satisfaire des besoins précis quasiment n’importe où. Des cours d’éducation de base peuvent maintenant être dispensés sur demande à des enfants ou des adultes, dans leur langue maternelle, dans les régions les plus reculées des différents pays, grâce à des appareils portatifs. Si les acteurs concernés ont la volonté nécessaire, des associations tripartites entre pouvoirs publics, entreprises et organisations non gouvernementales peuvent permettre de réduire la fracture numérique, de généraliser les meilleures pratiques appliquées dans le monde, et de favoriser l’intégration sociale.Aussi secondaire qu’elle puisse paraître, la disponibilité de données de qualité est absolument essentielle pour connaître l’état de l’économie mondiale et pour anticiper la manière dont elle peut évoluer.* Des informations fiables aident à mesurer le progrès, et à confirmer ou infirmer des intuitions ou des idées préconçues. Autrement dit, des données de qualité améliorent notre jugement. À l’inverse, les flux d’informations sont susceptibles d’être corrompus et peuvent déboucher sur des initiatives limitées et inutiles, se traduisant par un gaspillage de ressources pour la société. Des informations médiocres entravent sérieusement l’élaboration de politiques axées sur la stimulation de la croissance mondiale.Après tout, quelle est la véritable taille des principaux secteurs économiques nationaux, notamment des TI, qui constituent une source essentielle de gains de productivité ? Dans la plupart des pays, nous ne le savons tout simplement pas. Les estimations du secteur privé, qu’il s’agisse de banques ou de sociétés de conseil, varient considérablement. Certaines ne sont disponibles qu’au bout de très longs délais, et des données rétrospectives solides et suffisantes font trop souvent défaut. Les gouvernements sont les mieux placés pour mobiliser les ressources nécessaires afin que cette tâche soit accomplie correctement. Alors que des informations de qualité sont indispensables au bien-fondé de la répartition des ressources disponibles et des décisions politiques, la collecte des données figure au premier rang des insuffisances de la rigueur budgétaire. Une volonté politique clairvoyante peut permettre d’y remédier.* Voir également l’article d’Enrico Giovannini dans la section Banque de données.Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que l’auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’IBM, ni du BIAC ou ses membres.


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