Échanges, dette et développement

Peter Walkenhorst, Direction des échanges de l’OCDE
Direction des échanges

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L’initiative en faveur des PPTE incite à la coopération internationale, mais également à la réforme des politiques domestiques. Pour les pays en voie de développement, il s’agit d’une première étape nécessaire.

Au début des années 1990, les échanges des pays les moins avancés représentaient un malheureux demi pour cent du commerce mondial. Dans le même temps, la dette extérieure d’un certain nombre d’entre eux – par exemple, la Guinée- Bissau, le Mozambique ou l’Ouganda – pouvait excéder plus de 10 fois leurs recettes d’exportation. En conséquence, le service de leurs obligations financières pouvait absorber, en certaines périodes, le tiers de leurs exportations, si ce n’est davantage. Qui plus est, cette dette étant libellée en devises fortes, elle ne pouvait être remboursée par le produit de l’économie domestique, fondée sur une monnaie nationale faible ou sur le troc. Une telle situation handicape lourdement les perspectives économiques de ces pays car les sommes affectées au service de la dette auraient pu servir à financer les importations nécessaires de machines et autres équipements ou les investissements en infrastructures.Si les tentatives en vue d’alléger les problèmes liés à l’endettement ont été assez nombreuses, peu ont suscité autant d’attention que l’initiative dite en faveur des pays pauvres très endettés (ou Initiative PPTE). Lancée par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale en septembre 1996, elle consiste à offrir des allégements de dette aux pays éligibles, en d’autres termes, ceux poursuivant des politiques économiques saines. Après un réexamen en profondeur, l’Initiative PPTE a été considérablement renforcée en 1999 afin d’offrir la possibilité à un plus grand nombre de pays de bénéficier d’allégements de dette plus étendus et plus complets, sous réserve qu’ils se montrent déterminés à combattre la pauvreté.En 2002, le FMI et la Banque mondiale avaient recensé environ 42 pays pouvant être qualifiés de PPTE, compte tenu du niveau relatif de leur endettement par rapport à leurs recettes d’exportation et à leurs recettes publiques (voir liste ci-dessous). Six d’entre eux appartiennent à la catégorie des pays ayant atteint le « point d’achèvement ». Ils ont entrepris de mettre en œuvre des stratégies de lutte contre la pauvreté impliquant des réformes économiques fructueuses qui leur ont permis de stabiliser leur situation macroéconomique et, en conséquence, de bénéficier de remises de dette. Une vingtaine d’autres entrent dans la catégorie ayant atteint le « point de décision ». Cela signifie qu’un allégement de la dette leur a été accordé, et qu’il deviendra effectif lorsqu’ils pourront se prévaloir de résultats suffisants dans la mise en œuvre de leur stratégie de lutte contre la pauvreté. Dans le dernier groupe, celui des « pays n’ayant pas encore atteint le point de décision », on retrouve 12 pays qui ne remplissent pas les conditions requises pour bénéficier de l’Initiative car ils n’ont pas encore de plan de réforme. Quant aux quatre PPTE restants, l’OCDE et le FMI estiment que leur endettement est durable et qu’ils n’ont donc pas besoin d’une aide particulière.Il est normal que les débiteurs et les créanciers se posent la question de l’efficacité de cette méthode consistant à échanger des allégements de dette contre des réformes. Produit-elle des résultats probants ? Il est probable que oui, encore qu’il soit trop tôt pour le dire. Dans la pratique, la performance économique et commerciale des PPTE dépend de leur situation spécifique. Certains ont connu une forte croissance économique, tandis que d’autres ont sombré dans la récession. Outre les réformes des politiques intérieures, plusieurs autres facteurs peuvent affecter leur performance, notamment la chute des prix des produits de base, un taux élevé d’infection par le VIH/sida ou l’existence d’un conflit armé. Cela dit, si l’on examine l’évolution de plusieurs indicateurs économiques entre 1997 (année au cours de laquelle les premiers pays ont atteint le point de décision dans le cadre de l’Initiative initiale) et 2001, dernière année pour laquelle on dispose de données, on constate que la méthode peut porter ses fruits.On observe, en particulier, que les pays qui ont commencé à mettre en œuvre des réformes dans le cadre de leurs stratégies de lutte contre la pauvreté et qui sont parvenus à la stabilité économique ont obtenu de meilleurs résultats que ceux dont le programme de réforme est moins avancé. Autre constatation : les pays qui n’ont entrepris aucune réforme affichent les plus mauvaises performances. De fait, entre 1997 et 2001, le PIB des six pays ayant atteint le point d’achèvement avait progressé alors qu’il avait diminué dans les deux autres groupes. S’agissant des dépenses d’investissement, la disparité est particulièrement forte. Dans les pays ayant atteint le point d’achèvement, celles-ci ont progressé de 30 % entre 1997 et 2001 alors que la hausse est inférieure à 10 % dans ceux ayant atteint le point de décision, qui ont encore des progrès à faire. Par ailleurs, le niveau des investissements a fléchi dans ceux qui sont en queue du peloton, soit les PPTE n’ayant pas encore atteint le point de décision.L’évolution des exportations et des importations apparaît assez similaire. Enfin, si le stock des investissements directs étrangers (IDE) a augmenté dans les trois groupes de pays à la fin des années 1990, ce sont encore une fois les PPTE ayant atteint le point d’achèvement qui ont bénéficié des apports les plus importants.Il est clair qu’il ne s’agit là que de résultats préliminaires puisque l’Initiative PPTE, sous sa forme renforcée, date d’il y a quatre ans et que le premier pays à atteindre le point d’achèvement, l’Ouganda, y est parvenu en mai 2000 seulement. L’on peut également s’interroger au sujet de la relation de causalité. Les bonnes performances des pays ayant atteint le point d’achèvement s’expliquent-elles par les récentes réformes associées aux allégements de dette, ou faut-il plutôt les attribuer à leurs politiques antérieures et au fait que leurs performances économiques passées, relativement bonnes, leur ont permis de satisfaire plus aisément les conditions requises pour bénéficier des dits allégements ? L’on peut aussi se demander quels motifs ont pu empêcher les pays affichant les plus faibles résultats de procéder à des réformes. Certes, les données disponibles tendent à indiquer que celles-ci ont un réel impact en termes économique et commercial. Mais, il est également possible que certains pays très pauvres aient rencontré des difficultés particulières à s’extraire du piège de la pauvreté en raison par exemple, de leur situation sanitaire, d’un conflit ou de la résistance des groupes bénéficiant d’intérêts acquis. Il faudra encore du temps pour que l’on puisse appréhender de manière plus précise tous les cas de figure, d’autant que l’Initiative PPTE continue d’évoluer. Il est probable, par exemple, que les réformes commerciales ont aidé certains pays à améliorer la performance de leurs échanges commerciaux et à réduire, par ce biais, leurs niveaux d’endettement. Pourtant, dans le cadre de certaines des premières stratégies de lutte contre la pauvreté, les échanges et les politiques commerciales attiraient peu l’attention. L’on s’intéressait à d’autres problèmes, tels que la maîtrise de l’inflation et des dépenses publiques, ou la stimulation des investissements dans les infrastructures agricoles et sociales. Désormais, le FMI et la Banque mondiale encouragent les PPTE à intégrer la politique commerciale dans leurs programmes de réforme, en insistant tout particulièrement sur la réforme douanière, la gouvernance et l’impact de la libéralisation des échanges de textiles sur leur économie. Des mesures commerciales adoptées par les pays membres de l’OCDE (telle l’Initiative « Tout sauf les armes » de l’UE ou l’« African Growth and Opportunity Act » des États- Unis), qui offrent un accès préférentiel aux pays exportateurs à faible revenu, peuvent jouer un rôle complémentaire pour améliorer les perspectives d’exportation des pays les plus pauvres du monde. Quoi qu’il en soit, l’intérêt de l’Initiative en faveur des PPTE réside dans le fait qu’elle incite les pays pauvres à mener eux-mêmes des réformes dont ils tireront les bénéfices et qu’elle contribue à recentrer l’attention des dirigeants internationaux sur les problèmes des économies les plus faibles.Références :Bird, G. et A. Milne, 2003, « Debt relief for low income countries: is it effective and efficient? », World Economy 26(1) : 43-59.Daseking, C. et R. Powell (1999), « From Toronto terms to the HIPC Initiative: a brief history of debt relief for low income countries? », FMI document de travail WP/99/142 (Washington, D.C : FMI).OCDE (2003), « HIPC and trade policy reform: some early observations », document non classifié TD/TC/WP(2003)4/FINAL, Paris.


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