Multilatéralisme : avons-nous le choix ?

Donald J. Johnston, Secrétaire général de l’OCDE

Certains observateurs estiment que les désaccords au sujet de l’Irak ont mis à mal le multilatéralisme. J’ai moi-même participé récemment à des débats où il était question des moyens de remettre sur les rails les relations transatlantiques. Ces relations se seraient « effilochées » ou auraient subi des « dommages irréparables ». Mais en est-on si sûr ?

J’ai suffisamment d’expérience pour éviter de verser dans ce type de discours passionnel, mais je m’étonne que certains hommes politiques et observateurs s’en fassent l’écho à grands coups de déclarations tonitruantes et tentent d’en convaincre l’opinion publique.Il fut un temps, pas si éloigné, où un affrontement verbal musclé entre des chefs d’État ou même des ministres pouvait compromettre les relations bilatérales ou multilatérales. Ce n’est pas le moindre des mérites de la mondialisation que d’avoir mis fin à cette époque-là. Cependant, ce passé n’est peut-être pas suffisamment révolu pour éviter certaines sottises, si vous me permettez l’expression, que l’on voit éclore en marge de l’affaire iraquienne.Lorsque je lis que des Américains versent du vin français dans les caniveaux, je ne peux que m’inquiéter du message qu’ils reçoivent et de la logique qui sous-tend leurs actes. S’agit-il d’ignorance ou simplement d’une incapacité à analyser les questions sérieusement ? Pensent-ils vraiment que la meilleure façon de manifester leur opposition à la politique du gouvernement français consiste à punir non seulement les viticulteurs français, mais aussi les cavistes et marchands de vin de leur propre pays ? Et que dire du boycott de Coca-Cola par certains Européens, qui ne savent peut-être pas que cette boisson est fabriquée en Europe par des Européens ? Ou encore de ce médecin allemand du Schleswig-Holstein, évoqué dansThe Economist, qui a fait savoir qu’il ne soignerait plus de patients britanniques ou américains ni leurs sympathisants ?Certes, ce ne sont là que de regrettables gesticulations, dont se délectent des médias toujours en quête de sensationnel et de parts de marché. De tels actes se sont déjà produits dans le passé et l’on peut espérer que le bon sens finira par l’emporter.En revanche, la question du bien-fondé de l’intervention militaire en Irak alimentera encore les débats pendant des années, voire des décennies ou plus. Si elle n’a pas emporté une large adhésion « multilatérale », cette intervention a néanmoins eu lieu et la vie continue. Or aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, la vie est multilatérale. À mon entrée dans la vie publique, dans les années 1970, le multilatéralisme s’exprimait de façon bien différente. Il était incarné par les Nations unies, le GATT, l’OCDE, la Banque mondiale et les nombreux autres organes internationaux, embryonnaires pour certains, plus aboutis pour d’autres.Aujourd’hui, je perçois le multilatéralisme sous un angle différent. Il s’agit véritablement d’une combinaison ou d’un point de rencontre entre ces relations intergouvernementales et le phénomène de la mondialisation. L’économie s’est mondialisée, la culture s’est mondialisée, l’éducation s’est mondialisée ; même la jeunesse est à présent mondialisée, parcourant la planète comme jamais ceux de ma génération n’ont eu les moyens de le faire.Quoi que puissent en penser les dirigeants et leurs conseillers, le fait est qu’une déclaration prononcée par l’une ou l’autre partie dans un débat ne saurait défaire ou détruire le lien qui unit l’Europe à l’Amérique du Nord et au reste du monde. Lorsque je rencontre des économistes chinois qui parlent couramment l’anglais ou le français et qui connaissent aussi bien que moi la géographie du Canada, je ne peux que m’en réjouir. Ces liens solides tissés par la mondialisation assureront l’avenir de l’humanité. C’est l’espoir que je nourris.Le multilatéralisme est au cœur du mandat de l’OCDE. Il paraissait bien se porter au moment de notre réunion annuelle du Conseil au niveau des ministres, et nous avons l’intention qu’il en aille de même au niveau intergouvernemental. Et nous réussirons. Car même si nous devions échouer dans la mission spécifique qui est la nôtre, le véritable multilatéralisme, c’est-à-dire celui qui compte dans la vie quotidienne de chacun, ne se joue pas dans les enceintes du pouvoir politique. Il réside dans la mondialisation des marchés, des cultures et des idées, dans l’interdépendance qui a été instituée au sein du village mondial du XXIe siècle.©OCDE L’Observateur Nº237, Mai 2003


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