La ségrégation des femmes sur le marché du travail

Dans les pays de l’OCDE, l’emploi des femmes ne rime pas forcément avec haut salaire et opportunité de carrière. Dans tous les domaines d’activités, les femmes devront attendre longtemps avant d’avoir accès aux mêmes professions que les hommes.
Dans nos sociétés modernes, tout porte à croire aujourd’hui que le problème des inégalités des sexes sur le marché du travail n’a plus lieu d’être. Cette perception est bien loin de la réalité. L’examen des indicateurs d’emploi dans les pays de l’OCDE le prouvent: les femmes n’ont pas les mêmes opportunités que les hommes sur le marché du travail. Ce constat est valable aussi bien en terme de salaire que de perspectives de carrière. L’emploi des femmes reste encore largement concentré sur un éventail restreint de professions et tout laisse à penser qu’on n’observera pas de changements significatifs dans les prochaines années. A moins que des politiques de revalorisation, notamment par une prise en compte des spécificités du travail féminin, ne soient au cœur des préoccupations à venir.Deux indicateurs sont couramment utilisés pour suivre la situation du marché de l’emploi: le taux d’activité et le taux de chômage. Le taux de chômage présente toutefois des inconvénients dans la mesure où il ne prend en compte que ceux qui ont fait la démarche de formuler une demande d’emploi. Or, il arrive souvent que cette initiative décourage certaines personnes, en particulier les femmes.De ce point de vue, le taux d’emploi, c’est-à-dire le pourcentage de ceux qui ont un emploi dans une population donnée, est plus révélateur, notamment pour évaluer la situation du marché du travail féminin. Cet indicateur est d’autant plus pertinent pour la tranche d’âge 25 à 54 ans car les femmes ont des responsabilités importantes vis-à-vis de leurs enfants. En 1997, l’écart entre les taux d’emploi femmes-hommes pour cette tranche d’âge varie considérablement entre les 29 pays membres de l’OCDE. Celui-ci été ramené à moins de 15 points dans les pays nordiques, d’Amérique du Nord et d’Europe centrale. En Finlande et en Suède, il est de moins de cinq points, c’est-à-dire bien loin des écarts enregistrés au Mexique ou en Turquie qui dépassent les 50 points. Pour l’Espagne, l’Irlande, le Japon et la Corée, les écarts se maintiennent généralement à des niveaux assez élevés (de 25 à 40 points).Pour l’ensemble des pays, il n’y a pas de relation apparente entre le taux d’emploi des hommes et l’écart entre les sexes. Prenons l’exemple de l’Islande et du Japon. Ces pays présentent tous deux le taux d’emploi le plus élevé pour les hommes (95 %). Pourtant, l’écart entre les sexes reste modéré en Islande (13 points) mais relativement important au Japon (30 points). De la même façon, un faible taux d’emploi des hommes n’entraîne pas nécessairement un écart réduit entre les sexes. L’Espagne et la Finlande présentent des taux d’emploi relativement bas pour les hommes (80 %) mais se situent aux extrêmes opposés en ce qui concerne l’écart entre les sexes. On peut ainsi aisément multiplier les exemples.Cette absence de corrélation écarte a priori l’hypothèse d’une redistribution des emplois des hommes vers les femmes. Aujourd’hui, on peut dire que l’emploi des hommes et des femmes appartiennent à deux marchés distincts. Alors que les différences de niveau de formation se sont considérablement réduites et que des législations anti-discrimination ont été adoptées dans la plupart des pays, l’écart persistant des salaires entre les deux sexes – de l’ordre de 30 % – prouve que les femmes n’ont pas accès aux mêmes professions que les hommes. C’est là, une des sources majeures des inégalités sur le marché du travail.Autre constat de cette analyse: la ségrégation des sexes par profession est quasi immuable et universelle. Dans les pays de l’OCDE, aussi bien les hommes que les femmes – mais bien plus les hommes – travaillent dans une profession où leur propre sexe est fortement majoritaire. Plus de la moitié des professions recensées est «dominée» à plus de 80 % par le même sexe. L’ampleur et la permanence de ce phénomène sont telles qu’il est courant de parler de professions «traditionnellement masculines» et «traditionnellement féminines».Dans les pays de l’OCDE, il y a cinq fois plus de professions à prédominance masculine que de professions à prédominance féminine, alors que les femmes représentent tout de même plus de 40 % de l’emploi total. L’emploi des femmes reste néanmoins très concentré sur quelques professions fortement féminisées.Généralement, les professions à prédominance féminine se caractérisent par une forte intensité en main d’œuvre. Trois professions sont particulièrement représentatives des professions à prédominance féminine : les secrétaires, les institutrices et les infirmières. D’autres professions qui emploient également un grand nombre de femmes sont plus ou moins féminisées. Il s’agit, entre autres, des métiers de la vente et de l’hôtellerie/restauration comme les vendeuses, les caissières ou les serveuses. Enfin, quelques professions perçues comme étant très proches du rôle des femmes au foyers, employées de maison ou aides à domicile, enregistrent des taux de féminisation proches des 100 %.Les écarts s’accentuent Dans les sociétés modernes, la profession définit en grande partie le statut social et économique de chaque individu. La ségrégation des professions selon le sexe fait apparaître à cet égard des différences marquées en défaveur des professions féminisées, en limitant l’accès des femmes aux professions auxquelles sont conférées le plus grand prestige, le plus de pouvoir et les revenus les plus élevés, ces professions étant largement «réservées» aux hommes. Aussi, les professions à prédominance féminine sont peu valorisées en termes de salaire, de perspectives de carrière ou de statut social.Contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre à l’aube du troisième millénaire, tout laisse prévoir le maintien si ce n’est l’accentuation de ce phénomène. Les actions volontaristes menées dans plusieurs pays visant à faciliter l’accès des femmes à des métiers non traditionnels ont certes une forte portée symbolique mais peu d’effets significatifs.Il ne fait aucun doute que l’emploi des femmes restera à l’avenir très fortement concentré dans les professions à prédominance féminine. Cela ne présente pas que des désavantages. On assiste en effet dans de nombreux pays à des destructions massives d’emplois dans les -professions à prédominance masculine. De plus, la création d’emploi se fait aujourd’hui essentiellement dans le secteur tertiaire où sont concentrées le plus de professions à prédominance féminine.Comment peut-on combattre les facteurs qui sont à l’origine de la faible valorisation du travail féminin ? Jusqu’à présent, les gouvernements et les partenaires sociaux ont été peu sensibilisés par la revalorisation des professions à prédominance féminine, tout en reconnaissant que la ségrégation professionnelle est un facteur majeur dans la position défavorisée des femmes dans l’emploi. Les actions menées jusqu’ici ont davantage visé à limiter la ségrégation qu’à en combattre les causes.Des stratégies pour améliorer l’emploi des femmesLa plupart des pays de l’OCDE ont mis en place dans les années 80 des programmes qui visaient l’égalité des chances sur le marché du travail. Ceux qui introduisaient des mesures de conciliation de la vie professionnelle et familiale ont eu le plus de portée. En contribuant à «l’employabilité» des femmes, ces programmes les mettent en meilleure position pour postuler à des emplois qualifiés. «Revaloriser les professions féminines», «ouvrir de nouvelles perspectives de carrières», «mettre à jour les classifications», «réorganiser le travail», «instaurer l’équité salariale» sont autant de stratégies qui pourraient améliorer les perspectives d’emploi des femmes et l’égalité professionnelle entre les sexes. 


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