L’aide internationale au secteur de l’eau : une remise à flot s’impose

Direction de la coopération pour le développement

Si elle représente encore une part importante de l’aide publique au développement (APD), l’aide en faveur du secteur de l’eau diminue. En outre, son financement et les conditions de son attribution méritent d’être réexaminés.

L’un des Objectifs du millénaire pour le développement consiste à réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas accès à une eau potable. Atteindre cet objectif est possible, mais ne sera pas chose facile. L’urbanisation et l’industrialisation progressent rapidement dans plusieurs pays et le stress hydrique commence à se faire sentir. Les ressources s’épuisent à un rythme trop rapide pour que le cycle naturel les reconstitue. Cela vaut pour les eaux souterraines, les rivières ou les lacs. D’importants investissements devront être consacrés au réseau hydrographique : selon une estimation de l’ONU, il faudra dépenser chaque année dans le monde entre US$14 milliards et US$30 milliards de plus que les US$30 milliards déjà consacrés à cette fin.C’est beaucoup, surtout lorsqu’on sait que l’aide bilatérale au développement des pays de l’OCDE tend à se stabiliser ou à diminuer. Le Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE – comité dont les pays membres supervisent 95 % de l’aide bilatérale mondiale au développement – met cependant en œuvre des programmes particuliers pour améliorer l’approvisionnement en eau et l’assainissement au niveau international. Il évalue aussi la politique à l’égard des ressources hydrauliques, le régime de l’eau, son développement, sa protection et son assainissement. La question de l’aide reste néanmoins déterminante.Le graphique montre que l’aide bilatérale des membres du CAD en faveur du secteur de l’eau a augmenté de 9 % en moyenne annuelle pendant une vingtaine d’années jusqu’en 1993 environ. Depuis, elle diminue. Pourtant, la part de l’APD totale consacrée à la distribution d’eau et à l’assainissement est demeurée relativement stable dans les années 1990, avec 6 % de l’aide bilatérale et quelque 4 % à 5 % de l’aide multilatérale. Ces dernières années, l’aide totale destinée au secteur de l’eau a atteint environ US$3 milliards par an en moyenne. Des fonds supplémentaires d’un montant de US$1 milliard à US$1,5 milliard par an sont affectés au secteur de l’eau sous la forme de prêts non aidés (venant principalement de la Banque mondiale).Les projets de distribution d’eau et d’assainissement ont absorbé plus des trois quarts des fonds alloués au secteur de l’eau dans les cinq dernières années. Cependant, l’aide à la distribution d’eau et à l’assainissement profite essentiellement à quelques grands projets urbains. Mais si la plupart des projets d’aide entrent dans la catégorie des « grands systèmes », un nombre croissant d’entre eux font appel à des technologies rudimentaires (pompes manuelles, systèmes gravitaires, collecte des eaux pluviales, latrines, etc.). Beaucoup de projets sont financés par des prêts remboursables plutôt que par des dons. En 2000-2001, par exemple, les prêts ont représenté environ 57 % de l’APD totale allouée au secteur de l’eau – et plus de 75 % de l’aide dispensée par l’Autriche, l’Espagne, la France, l’Italie, le Japon et le Portugal. En comparaison, la part des prêts dans l’APD totale, tous secteurs et projets confondus, n’a pas dépassé 22 % dans la même période.Quelque 10 % de l’aide attribuée au secteur de l’eau est destinée aux mesures, à la planification et aux programmes concernant les ressources en eau. Cette catégorie comprend un petit nombre de projets et de réformes de grande ampleur et une multitude de petites activités visant à améliorer la gestion des ressources en eau par un soutien institutionnel, une assistance technique et le renforcement des capacités. Dans ce secteur, l’éducation et la formation ne bénéficient que d’une part minime du total de l’aide.L’Asie attire à elle seule environ 10 % de l’aide totale au secteur de l’eau, ce qui correspond sensiblement à la proportion des engagements totaux d’APD à l’égard de ce continent. La part de l’Afrique a légèrement diminué alors que celle de l’Amérique a légèrement augmenté. À dire vrai, l’aide attribuée au secteur de l’eau bénéficie à un nombre de pays rélativement réduit. En 1995-1996, 10 pays recevaient près des deux tiers de l’aide totale alors qu’entre 1997 et 2001, les 10 principaux bénéficiaires recueillaient 48 % de cette aide. La Chine, l’Inde, le Vietnam, le Pérou, le Maroc et l’Égypte figuraient en tête de liste au cours de ces deux périodes tandis que la Turquie, l’Indonésie, la Tunisie et le Sri Lanka ont été remplacés par le Mexique, la Malaisie, la Jordanie et les territoires sous administration palestinienne.Paradoxalement, beaucoup de pays dont la majorité de la population n’a pas accès à une eau salubre reçoivent très peu d’aide, voire aucune, comme le montre la diminution de la part de l’Afrique dans l’aide au secteur de l’eau. Globalement, les pays dans lesquels moins de 60 % de la population a accès à une source d’eau améliorée – la plupart des pays les moins avancés en font partie – n’ont bénéficié que de 12 % de l’aide totale consacrée à ce secteur.Qui sont donc les bailleurs de fonds ? Le Japon est de loin le premier en valeur, avec environ un tiers de l’aide totale au secteur de l’eau. Les activités financées par l’Association internationale de développement de la Banque mondiale, l’Allemagne, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Commission européenne représentent 45 % supplémentaires. Si l’on considère la répartition de l’APD totale par secteur, la part de la distribution d’eau et de l’assainissement, qui atteint 9 % en moyenne pour les pays membres du CAD, est supérieure à cette moyenne dans le cas de l’Allemagne, de l’Autriche, du Danemark, de la France, du Japon et du Luxembourg.Il est très difficile de savoir si l’aide bénéficie aux pays les plus nécessiteux, en particulier à cause du manque de transparence institutionnelle des bénéficiaires. Il se peut qu’elle soit utilisée au mieux. L’insuffisance des données ne permet toutefois pas de tirer des conclusions claires, mais il semble que les projets relevant du secteur de l’eau pourraient être mieux ciblés. Les membres du CAD en sont conscients. Il est temps d’agir en partenariat avec ceux qui ont le plus besoin d’eau.


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