Pour l’équilibre de l’eau

La gestion intégrée de l’eau n’est pas seulement un objectif louable, ça marche.

Au Cameroun, c’est une plaine alluviale longtemps privée d’eau qui revit et qui permet à la population de se procurer, à nouveau, des céréales et du poisson. Au Canada, c’est un accord qui assure aux populations autochtones l’accès à l’eau d’un barrage proche. Au Népal, c’est un village qui est, désormais, approvisionné en eau grâce à la réussite du partenariat conclu entre les usagers, les pouvoirs publics et un donateur.On peut citer beaucoup d’autres expériences dans le monde ayant permis aux plus démunis d’accéder à l’eau, et à la vie de revenir dans les rivières. Ces exemples témoignent des efforts acharnés déployés par un grand nombre d’hommes et de femmes pour gérer l’eau dans une perspective de développement économique, de justice sociale et de préservation de l’environnement. Ils montrent aussi que nos efforts en faveur d’une gestion durable de l’eau commencent à produire des résultats tangibles.La tendance générale demeure, toutefois, inquiétante. Des millions de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable, les lacs et les cours d’eau constituent les écosystèmes les plus dégradés de notre planète et de nombreuses espèces d’eau douce sont menacées d’extinction.Or le deuxième Forum mondial de l’eau, organisé à La Haye en 2000, et la Conférence internationale sur l’eau douce, tenue à Bonn en 2001, avaient permis de réaliser des progrès significatifs. Nous espérions donc qu’une impulsion majeure serait donnée à la campagne en faveur de la gestion intégrée de l’eau lors de la rencontre de Johannesburg de 2002.Certes, le Plan de mise en œuvre, adopté à cette occasion, afin d’assainir l’eau et d’en développer l’offre n’apporte pas de réponses aux questions auxquelles nous sommes toujours confrontés : où et comment trouver l’eau nécessaire alors que les ressources mondiales sont déjà surexploitées et mal utilisées ? Et, à supposer que nous trouvions cette eau, comment la gérer ?L’objectif ultime a été défini depuis des années : il s’agit de gérer les ressources de manière intégrée en nous fondant sur des valeurs centrales largement acceptées : équité, efficience, durabilité, légitimité, responsabilité, subsidiarité et partenariat. Ceci dit, il est beaucoup plus délicat de définir la démarche qu’il convient d’adopter pour y parvenir. La réponse passe nécessairement par une action concertée, lorsque les organisations, représentant tous les secteurs sur le lieu de captation des eaux et à l’échelle nationale, travaillent ensemble. Il est essentiel que la société civile, les professionnels, les pouvoirs publics et les scientifiques unissent leurs forces pour améliorer concrètement l’accès à l’eau, la propreté des cours d’eau et la protection des ressources.La convergence qui se fait jour actuellement concernant les discussions sur l’eau est donc encourageante. L’organisation que je représente, l’Union mondiale pour la nature (UICN) a longtemps pâti du cliché selon lequel les organisations de défense de l’environnement s’intéressaient uniquement à la sauvegarde d’espèces particulièrement attachantes ou de beaux paysages, fut-ce au détriment de populations prises au piège de la pauvreté.Mais la plupart des personnes concernées réalisent, aujourd’hui, que la vérité est autre. Si nous voulons préserver la diversité de la nature c’est, bien sûr, parce qu’elle est source de beauté et d’inspiration, mais surtout parce que sa protection et celle des ressources est nécessaire à notre sécurité à tous. Les spécialistes des sciences de l’environnement sont sensibles à la pauvreté, les agronomes s’efforcent de protéger l’environnement et les responsables de projets de barrage coopèrent de plus en plus avec les communautés locales. Avec la dissipation progressive des stéréotypes, nous pouvons nous appuyer sur des bases solides pour agir concrètement, en collaboration et en concertation.Prenons l’exemple des forêts situées en amont des bassins versants. Leur protection constitue un objectif pertinent, que l’approche adoptée soit axée sur l’écosystème ou sur la gestion intégrée des ressources en eau. Cela permet de diminuer les sédiments charriés par les cours d’eau, d’en réguler le débit de l’eau et de fournir du bois et des produits non ligneux tout en sauvegardant la diversité biologique. Il est également judicieux, à court et à long terme, de laisser suffisamment d’eau dans une rivière pour permettre aux poissons de descendre le courant, pour irriguer les zones et pour alimenter les populations.Les débits environnementaux sont un instrument de gestion important pour assurer une répartition plus équitable des avantages de l’eau le long des bassins des rivières. Et, de nombreux pays y recourent afin de concilier les besoins et les souhaits des usagers en mettant l’accent sur le partage des ressources, la négociation et les compensations.La lutte contre la pollution a également progressé, même si cela a surtout été le cas dans les pays développés. Ailleurs, dans beaucoup de régions, la pollution des cours d’eau continue d’affecter la population de multiples façons : propagation de maladies, réduction de l’accès à l’eau, amenuisement des ressources. Et ce sont les populations les plus pauvres qui ont le plus de mal à se protéger de ces nuisances. Pour les aider, nous devons promouvoir le partage des capacités, des technologies et des ressources, d’autant plus que la croissance démographique, l’urbanisation et le développement agricole et industriel rendent encore plus nécessaires les actions préventives et curatives dans ce domaine.L’expérience nous a appris qu’il existe différentes façons de résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés et que des divergences d’opinion subsisteront donc toujours forcément. Répétons-le : les différences ne constituent pas un obstacle au changement.Ce qui importe, c’est d’avancer en donnant la parole aux diverses parties de manière à concilier les besoins de tous, et ce, dans un cadre ouvert et transparent. Une fois ces principes respectés, à nous d’assumer notre part de responsabilité, de négocier les meilleures solutions et de nous atteler à la tâche.


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