L’eau, source du développement durable

A priori, on ne pense pas à l’OCDE comme acteur dans la distribution et la gestion de l’eau. Pourtant, elle y joue un rôle majeur, comme dans tous les domaines du développement durable.

Le groupe consultatif de haut niveau que j’ai créé en 1996 sous la présidence conjointe de Stefan Schmidheiny et Jonathan Lash a conclu que l’OCDE était l’Organisation internationale « clé » pour traiter du développement durable. Pourquoi ? En raison de sa nature pluridisciplinaire. Peu de questions sont abordées isolément par l’OCDE parce qu’elles sont toutes liées entre elles et parce que l’OCDE est idéalement placée pour analyser les instruments économiques susceptibles d’améliorer le développement durable du point de vue économique, social et environnemental.

L’eau en est un parfait exemple.

Elle est un des quatre éléments que le rapport Brundtland de 1989 juge essentiels pour le développement durable, avec l’air que nous respirons, la terre que nous labourons et les êtres vivants, c’est-à-dire de la biodiversité. En fait, les êtres vivants contiennent environ 70 % d’eau en poids !La disponibilité d’une eau douce pure et saine conditionne l’avenir de l’homo sapiens et, au-delà, celui de la biosphère tout entière. Rien d’étonnant à cela. Chaque fois que nous nous intéressons à l’exploration spatiale, à la planète Mars, par exemple, nous nous demandons s’il y aura de l’eau, parce que sans elle, la vie telle que nous la connaissons est impossible. La technologie nous permet de produire de l’oxygène respirable à partir d’eau et de fertiliser des sols stériles avec de l’eau, comme le montrent les exemples du sud de la Californie et d’Israël.Les différentes sessions du Forum mondial de l’eau, qui s’est tenu au mois de mars 2003 au Japon, avaient pour thèmes l’eau et la climatologie ; l’eau et la pollution ; l’eau et la diversité culturelle ; l’eau et l’énergie ; l’agriculture, l’alimentation et l’eau ; l’eau et l’environnement ; l’eau et la pauvreté ; etc. La santé est un enjeu particulièrement sensible dans la mesure où un grand nombre de maladies infectieuses sont véhiculées par l’eau, avec des conséquences désastreuses sur la mortalité humaine, en particulier dans les pays en développement.Comment l’OCDE trouve-t-elle sa place dans ce cadre ? C’est très simple. Les instruments économiques joueront un rôle majeur dans le débat sur la conservation des ressources en eau, qu’il s’agisse de tarification, de taxation, de quotas négociables ou de tout autre instrument. L’eau n’échappera pas à l’analyse rigoureuse, par l’OCDE, des effets économiques, sociaux et environnementaux des politiques mises en œuvre pour gérer cette ressource précieuse dans l’intérêt de toute l’humanité. En outre, la gestion de l’eau ne se résume pas à sa dimension économique ; elle consiste aussi à faire partager les meilleures pratiques et la bonne gouvernance, thèmes qui sont au coeur de l’activité de l’OCDE.Cependant, alors que l’eau est le solvant universel dans la nature, c’est plutôt sous forme d’énigmes que de solutions qu’elle a tendance à apparaître dans la sphère politique. Certains prétendent qu’elle sera l’enjeu du XXIème siècle comme le pétrole a été celui du XXème. Je n’ai pas d’idée arrêtée en la matière mais je constate que l’eau douce, à l’instar du pétrole, est très inégalement répartie dans le monde. Ceux que Dame nature a favorisés, eu égard à la répartition de la population mondiale, se montreront peut-être moins hostiles, dans un souci d’équité planétaire, à l’idée d’un commerce international de l’eau. Après tout, vaut-il mieux laisser d’énormes volumes d’eau douce descendre les fleuves et se perdre dans les océans ou prélever cette précieuse ressource de façon rationnelle et mesurée pour en faire bénéficier les hommes et l’agriculture ? Il n’y a pas de réponse simple à cause de la multiplicité des préoccupations sociales et environnementales que ce type de question engendre. De plus, un phénomène qui n’a apparemment qu’une incidence minime sur les cours d’eau peut avoir parfois des effets imprévus. Ce n’est que récemment que nous avons commencé à appréhender toutes les conséquences environnementales des retenues des centrales hydroélectriques, et en particulier l’impact de ces réservoirs sur le climat à travers les émissions de gaz à effet de serre (de la végétation inondée) et sur les écosystèmes en général, sans parler des conséquences sociales pour les populations déplacées.Il faut aussi explorer les questions technologiques, comme le dessalement de l’eau de mer pour les usages humains, les mesures visant à contrecarrer les effets de la salinisation des sols résultant d’une irrigation permanente, ce qui s’impose dans de nombreuses régions du monde, ou encore le recours aux biotechnologies pour produire des plantes qui s’accommodent d’un apport minimum en eau. Là encore, par le biais de ses travaux dans le secteur scientifique et technique, comme le Forum mondial de la science, l’OCDE pourra contribuer largement à répondre à ces questions et à évaluer leurs incidences.Les Nations unies ont proclamé 2003 Année internationale de l’eau douce. Cependant, le problème de l’eau ne peut pas être traité indépendamment de considérations plus vastes sur un développement durable à l’échelle de la planète. D’après ce que j’ai pu voir jusqu’ici, je pressens que l’expertise des membres de l’OCDE jouera à nouveau un rôle essentiel pour soumettre des options politiques réalistes qui bénéficieront à tout le village mondial et pas seulement à quelques régions que la nature a privilégiées.


Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016