Un avenir à haut risque

OCDE Observateur

Dans les années à venir, la gestion des risques va devenir de plus en plus cruciale pour la société. Un rapport de l’OCDE mettra en lumière la nature des problèmes auxquels nous pourrions être confrontés et offrira des repères essentiels pour l’avenir.

« D’ici la fin du siècle, les maladies infectieuses ne représenteront plus une menace significative pour les êtres humains, même dans les pays les plus pauvres ». Une telle affirmation semble incroyable ? Pourtant, c’est sur cette prévision que reposait la « Stratégie mondiale de la santé pour tous d’ici l’an 2000 », signée par les membres des Nations unies en 1978. Or, chaque année, environ 13 millions de personnes meurent de maladies infectieuses – du choléra, du sida, de la tuberculose et de la malaria dans la plupart des cas.Les prévisions optimistes concernant la fin du siècle telles que celle évoquée plus haut étaient monnaie courante. Leur faiblesse ne résidait pas nécessairement dans le caractère rudimentaire des méthodes de prévision utilisées ni dans une forme d’illusion collective, mais probablement dans une grave sous-estimation des risques inhérents aux prédictions réalisées. Aujourd’hui, la tendance au progrès ininterrompu dans la lutte contre les maladies infectieuses et leur éradication, qui alimentait cet optimisme, semble s’être inversée.Ce phénomène est dû à la propagation de microbes résistants aux traitements, à l’apparition de nouvelles infections ravageuses et à la multiplication de facteurs socio-économiques aggravants, tels que les mégalopoles où règnent des conditions sanitaires déplorables, ou les migrations transfrontalières.Les risques ont toujours existé, mais la nature des risques majeurs a profondément évolué ces dernières années et d’autres changements sont à prévoir dans l’avenir. Au nombre des facteurs importants figurent les conditions climatiques extrêmes et instables, les explosions démographiques, la sur-concentration et la polarisation des richesses et des activités économiques, sans parler des risques liés aux découvertes technologiques et scientifiques. Une liste à laquelle il faut naturellement ajouter les risques que représentent les conflits et le terrorisme international.Les catastrophes peuvent avoir des conséquences extrêmement lourdes sur les plans social, économique et politique, de même que nos réactions à ce type de risque. Prenons l’exemple des attentats terroristes perpétrés aux États-Unis le 11 septembre 2001. Outre les 3 000 personnes auxquelles elles ont coûté la vie, ces attaques ont provoqué la perte de biens matériels estimés dans les comptes nationaux à plus de US$15 milliards. Les opérations de sauvetage et de remise en état ont coûté US$11 milliards. Le quartier de Lower Manhattan a perdu environ 30 % de ses espaces de bureaux, et un grand nombre d’entreprises ont disparu. Quelque 200 000 emplois ont été supprimés ou transférés, au moins temporairement. Depuis les attentats, les dépenses de défense et de sécurité ont augmenté.Le terrorisme, actuellement une des préoccupations essentielles de nombreuses personnes, ne doit toutefois pas occulter d’autres risques significatifs. De nouveaux aléas majeurs font leur apparition, certains d’entre eux se caractérisant par une incertitude extrême, voire par des dommages irréversibles. Selon plusieurs évaluations, les préjudices causés dans le monde par des événements catastrophiques, considérés comme la survenance de risques majeurs, semblent s’être aggravés au cours des dernières décennies. Tout d’abord, depuis le début des années 1960, le nombre de catastrophes naturelles observées, notamment les inondations, les tempêtes et les sécheresses, a augmenté de manière spectaculaire. Au cours des 10 dernières années, elles ont fait environ 79 000 morts par an et affecté 200 millions de personnes.Heureusement, les coûts humains sont, dans l’ensemble, moins lourds que pendant la première partie du siècle, grâce aux progrès accomplis dans les soins de santé, l’urbanisation et la construction, ainsi que dans les services d’urgence. Financièrement, en revanche, le montant des préjudices causés a connu une croissance exponentielle et ils se concentrent dans les pays développés (surtout si l’on raisonne en termes de préjudices assurés). L’ouragan Andrew, qui s’est abattu sur les États-Unis et les Bahamas en août 1992, a coûté la vie à 38 personnes et a provoqué des pertes économiques avoisinant les US$30 milliards en prix courants de l’année 2000. À titre de comparaison, le cyclone tropical Gorky a tué 138 000 personnes au Bangladesh en avril 1991, mais le montant des préjudices assurés était modeste.Le nombre de désastres d’origine technologique recensés, tels que les explosions, les incendies et les accidents de transport, a également augmenté rapidement au cours des 40 dernières années, de même que leur coût humain. Il s’agit dans la plupart des cas d’événements d’une portée relativement limitée, mais ils peuvent aussi prendre des proportions dramatiques, comme cela a été le cas de la collision entre un ferry et un pétrolier survenue en 1987 aux Philippines (4 375 victimes), de l’accident dans une usine chimique de Bhopal, en Inde en 1984 (3 000 victimes), ou de l’accident de fusion d’un réacteur à la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986 (31 victimes directes, 135 000 personnes affectées recensées, US$2,8 milliards de pertes économiques).Si les pays en développement sont les plus durement touchés par les maladies infectieuses, les pays de l’OCDE sont eux aussi exposés à des risques de pandémies, de résistance microbienne et d’intoxications alimentaires. Même la tuberculose, qui avait presque été éradiquée en Europe, a regagné du terrain ces dernières années. Une des caractéristiques importantes des catastrophes modernes réside dans la rapidité avec laquelle elles peuvent se propager dans l’espace et dans la durée. Pour reprendre les termes d’une grande compagnie de réassurance, les catastrophes peuvent atteindre « une dimension susceptible de provoquer l’effondrement du système économique de pays entiers, et même d’affecter les marchés financiers du monde entier » (Munich Re, 2000).Les données sur les répercussions des catastrophes doivent certes être examinées avec prudence. De meilleurs outils d’observation les mettent en effet davantage en relief. En outre, les coûts de ces sinistres sont difficiles à comparer. Ainsi, les inondations survenues en 1997 en Pologne semblent être une catastrophe de moyenne envergure en termes absolus (environ US$3 milliards), mais leur coût a tout de même été évalué à 3 % du PIB.Faire face aux risquesPuisque nous savons que l’avenir est porteur de risques considérables, la question est de savoir comment y faire face. C’est une question à laquelle l’OCDE, notamment par le biais de son Programme sur l’avenir, accorde une grande attention dans le cadre d’un projet essentiel sur les Risques systémiques émergents au XXIe siècle. Son rapport final devrait être publié en mars 2003. Ce projet permet d’identifier un certain nombre de domaines clés de la gestion des risques où des améliorations s’imposent. Ainsi, les dispositifs d’évaluation et de prévention des risques émergents doivent être conçus de manière plus prospective, et mis en œuvre avec une plus grande cohérence. Afin de réduire la vulnérabilité de systèmes complexes (tels que les infrastructures de communication d’une importance cruciale et les chaînes d’approvisionnement internationales de produits de base), une plus grande attention doit être accordée à la diversification des sources et à la mise en place de dispositifs de secours.La question du risque dans nos systèmes de plus en plus complexes, par exemple, et l’ampleur potentielle des conséquences négatives d’un accident suscitent une inquiétude croissante. Un accident résulte fréquemment de la coïncidence de plusieurs défaillances, dont chacune avait été anticipée par les concepteurs et les opérateurs du système, mais dont la conjonction était totalement inattendue. Le problème, c’est que la probabilité de telles conjonctions augmente avec le degré de complexité du système. Un manque de connaissances préalables peut même déboucher sur des mesures correctives qui aggravent la situation.Il n’en reste pas moins qu’un homme averti en vaut deux, et que la gestion des risques demeure une activité essentielle. En outre, elle semble porter ses fruits une fois adaptée à des systèmes complexes comme les réacteurs nucléaires. Le problème, c’est que les accidents sont si rares que les données empiriques à étudier sont très limitées. De ce fait, l’évaluation des risques liés aux réacteurs nucléaires est souvent fondée sur l’analyse des modes de défaillance et de leurs effets. La première étape consiste à identifier toutes les manières dont le fonctionnement du système peut être altéré, et à découvrir toutes les séquences d’événements envisageables qui pourraient déboucher sur de tels modes de défaillance. On estime ensuite des probabilités élémentaires de défaillance, sur la base desquelles sont définies des règles de gestion des risques.La gestion des risques nucléaires se caractérise également par une dose du fameux principe de précaution, qui consiste à reconnaître la nécessité de se prémunir contre des risques même en l’absence d’une évaluation claire de leur nature et de leur ampleur. Mais, si la prévention d’une catastrophe nucléaire nécessite des mesures contre des risques révélés et quantifiés, le principe de précaution implique d’agir contre des risques potentiels, dans des contextes souvent caractérisés par un degré élevé d’incertitude scientifique et de controverse. Alors que nous ne savons pas vraiment si les aliments contenant des organismes génétiquement modifiés (OGM) sont nuisibles ou non pour la santé, nous connaissons les conséquences que peut avoir un accident nucléaire. La notion de précaution est prise en compte depuis longtemps dans les réglementations alimentaires et sanitaires. De nombreuses références au principe de précaution figurent dans des accords internationaux, notamment dans la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement de 1992, ainsi que dans le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques de 2000. Divers pays ont intégré ce principe dans leur législation nationale, qui est devenu un outil utile dans le cadre de la coopération internationale.Il ne s’agit là que de quelques uns des points abordés par le Programme de l’OCDE sur l’avenir. N’oublions pas toutefois que, quel que soit le nombre de questions résolues, la possibilité d’une défaillance ne pourra jamais être exclue.


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