SESAME : La science au service de la coopération au Moyen-Orient

Si le lancement de centres de recherche scientifique est aujourd’hui monnaie courante, en janvier 2003 naîtra une installation originale à Amman (Jordanie). Les bailleurs de fonds internationaux de ce nouveau centre de recherche, baptisé SESAME, sont convaincus que la collaboration scientifique contribuera à susciter une plus grande coopération au Moyen-Orient.

Jusqu’ici, l’Autorité palestinienne, le Bahreïn, l’Iran, la Jordanie, le sultanat d’Oman et la Turquie ont officiellement décidé de rejoindre SESAME. Les autres États membres du Conseil intérimaire sont l’Égypte, les Émirats arabes unis, la Grèce, Israël, le Maroc et le Pakistan. L’Allemagne, l’Arménie, le Brésil, Chypre, les États-Unis, la Fédération de Russie, la France, l’Italie, le Japon, le Koweït, le Royaume-Uni, le Soudan et la Suède y ont le statut d’observateurs.SESAME s’est inspiré des scientifiques qui travaillent en étroite collaboration avec le CERN (Conseil européen pour la recherche nucléaire). Créé en 1954 à Genève (Suisse), elle poursuivait aussi un double objectif : faire progresser la connaissance scientifique et technologique, et encourager la stabilité par la coopération. Depuis 2001, ce nouveau projet s’est adjugé le soutien plein et entier de l’UNESCO, qui l’a pratiquement adopté comme l’un de ses projets phares. Comme l’a souligné Koïchiro Matsuura, le Directeur général de l’UNESCO, SESAME« contribuera à lutter contre la fuite des cerveaux en attirant des scientifiques basés au Moyen-Orient mais aussi ceux qui sont originaires de la région et travaillent actuellement à l’étranger ». Il s’agit là clairement d’une occasion à saisir pour les jeunes scientifiques de la région, pour qui le Moyen-Orient a toujours été synonyme de conflits et de guerres. Et M. Matsuura de suggérer :« À travers leur rapprochement scientifique, ils seront à l’avant-garde du rapprochement politique dont la région a si grand besoin ».Les aspects scientifiques du projet sont eux aussi prometteurs. SESAME – qui signifie Rayonnement synchrotron pour les sciences expérimentales et appliquées au Moyen-Orient – est une source de rayonnement dite de « troisième génération ». Il existe environ 45 sources de rayonnement synchrotron en service aujourd’hui dans le monde. Elles fonctionnent par la circulation à très grande vitesse de particules (généralement des électrons) dans un anneau. Ces sources de rayonnement sont utilisées pour des recherches très variées allant de la découverte de la structure de virus à la compréhension du comportement détaillé de matériaux semi-conducteurs qui sous-tendent une bonne part de la vie quotidienne moderne. Le rayonnement de synchrotron couvre une large gamme du spectre électromagnétique (de l’infrarouge aux rayons X durs). Il s’agit de la meilleure source disponible de rayons X, ce qui constitue une précieuse source d’informations pour les scientifiques travaillant dans de nombreux domaines et en fait un équipement éminemment pluridisciplinaire.La demande de ces sources de rayonnement va croissant. En Europe, l’Espagne, la France et le Royaume-Uni construisent actuellement de nouvelles installations. Outre-Atlantique, de nouvelles sources sont aussi en préparation au Canada et aux États-Unis. Certains pays du Moyen- Orient ont sauté sur l’occasion, la Jordanie étant retenue comme pays d’accueil. SESAME remplira son office en se servant des composants d’une source de rayonnement de Berlin qui a été fermée en 1999. Des scientifiques de Stanford (États-Unis) et de Hambourg (Allemagne) avaient suggéré de recycler l’ancien équipement allemand sous forme de nouveau laboratoire ; peu après, le projet SESAME a pris forme. Les pays du Moyen-Orient n’ont pas tous adhéré au projet, mais certains ont fait connaître leur intention de le rejoindre lorsque la situation politique de la région se stabiliserait.Son financement n’a pas pour autant constitué un problème majeur. Treize États membres du Conseil intérimaire se sont engagés à payer pour les travaux préparatoires US$50 000 annuels chacun, pendant trois ans à compter du 1er janvier 2000, et les Départements d’État et de l’énergie américains ont apporté US$200 000. Des ateliers et des séminaires ont été organisés et plusieurs experts envoyés pour plus d’un an dans des laboratoires européens. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de Vienne et d’autres parrains ont apporté des financements. Le Brésil a offert des bourses qui permettront aux scientifiques de SESAME de passer du temps à travailler dans une source de rayonnement à Sao Paolo.La Commission européenne doit fournir €7 millions pour l’installation du nouvel équipement, ainsi que d’autres fonds pour la formation une fois la mise en route effectuée. Ces financements dépendront de l’élaboration d’un programme scientifique viable. Entre-temps, le gouvernement jordanien a accepté de financer la construction des bâtiments qui accueilleront le centre sur un campus à 30 km d’Amman. Les frais d’exploitation seront à la charge des États membres de SESAME, aidés des contributions volontaires de certains observateurs.* L’auteur a été le Directeur général du CERN de 1981 à 1988.


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