Le monde des affaires et l’OCDE Pour une action publique pragmatique

Le monde des affaires et l’OCDE s’impliquent de plus en plus dans la formulation de la politique publique. Un exemple à suivre, pour Douglas Worth.
En tant qu’Américain, je suis en droit d’attendre que mon gouvernement m’écoute. C’est un droit constitutionnel. D’après le Premier amendement de la Constitution américaine, le Congrès ne peut en effet édicter de loi restreignant le droit des citoyens à demander réparation.Un système sophistiqué de groupes consultatifs où le milieu des affaires se trouve représenté a donc été créé. Les entreprises ont par ailleurs monté des associations, à vocation plus ou moins large, chargées de faire entendre leur voix. En un mot, de faire pression. Pression, le terme est lâché ! Mais ne l’oubliez pas, j’ai parfaitement le droit de plaider ma cause devant mon gouvernement.En Europe, dans le sillage du Plan Marshall, les gouvernements ont, avec autant de prescience que d’audace, appelé le monde des entreprises à s’organiser… en groupes de pression, même si le terme n’est pas tout à fait exact, puisque l’OCDE n’est pas un organe législatif. En tout cas, l’OCDE a ainsi lancé le mouvement. Lorsque vous débattez du contenu économique d’une politique, il est devenu normal, pertinent et important d’impliquer les principaux acteurs économiques.Au cours de ma carrière, j’ai connu une époque où les gouvernements qui dialoguaient avec le monde des affaires se comptaient sur les doigts d’une main. Il fut un temps où l’administration japonaise était une forteresse. Aujourd’hui, de nombreux ministères n’hésitent plus à solliciter les avis. L’Union européenne a fait naître des dizaines de groupes consultatifs qui participent de plus en plus activement aux débats. En Amérique du Nord, le niveau d’organisation des groupes de pression est tel, qu’il dépasse presque la capacité de l’administration à assimiler leurs contributions.Depuis quelques années, l’OCDE n’a pas ménagé sa peine pour promouvoir une politique publique fondée sur les faits. La valeur ajoutée de l’OCDE, pour les membres comme pour les non-membres, consiste en l’application de ses différents thèmes de travail. Mais comme c’est dans les pays en développement que les erreurs de l’action publique causent le plus de dégâts, l’OCDE met désormais l’accent sur le renforcement des capacités du secteur privé dans les économies émergentes.Ces dernières années, les discussions entre les milieux d’affaires et l’OCDE ont été placées sous le signe de l’innovation et de la productivité. Les milieux d’affaires participent activement à de nombreux programmes de travail. Les initiatives viennent aujourd’hui des deux côtés.Ainsi, le dossier des biotechnologies est l’un des plus sensibles auxquels se soit attelée l’Organisation. De leur côté, les milieux d’affaires œuvrent, tant au niveau technique que conceptuel, pour que ce nouveau potentiel ne soit pas compromis par une pseudoscience ou par le protectionnisme. Autre exemple, la double imposition des stocks options a suscité la création d’un groupe de travail réunissant des représentants des entreprises et de l’administration fiscale. Par ailleurs, le Comité de l’OCDE qui se consacre à la politique de l’information, de l’informatique et des communications a pleinement ouvert aux entreprises son programme de travail sur le commerce électronique. Le secteur de la chimie coopère avec les pays membres de l’OCDE pour élaborer une méthode commune d’évaluation des nouveaux produits chimiques.Examen par les pairs de l’application de la Convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption, évaluation des réformes de la réglementation, contrôle de la mise en œuvre des Principes de l’OCDE applicables en matière de prix de transfert : dans ces trois domaines, les milieux d’affaires affirment leur présence. Ces travaux, très concrets, témoignent de l’utilité réciproque de cette forme de coopération.Multiplier ce type d’initiatives auprès des pays en développement, qui restent majoritaires sur cette terre, est la mesure la plus importante pour assurer une croissance économique durable. Les entreprises ne doivent pas oublier que leur implication est à double sens : elles peuvent effectivement demander réparation, mais aussi chercher à mieux comprendre les défis auxquels les pouvoirs publics sont confrontés.En 1994, j’ai été invité à faire à Pékin un exposé à l’École du Parti communiste. Quel en était le thème ? Je vous le donne en mille : l’intérêt que représente l’implication du privé dans les débats annonciateurs de changements dans l’action publique ! Les gouverneurs et vice-gouverneurs des régions, qui représentaient l’avenir du Parti, se sont montrés très intéressés. Je pense que pour eux, les choses sont claires et qu’ils comprennent ce qu’ils doivent faire pour transformer leur économie.Je suggère au reste du monde de surveiller attentivement et de rejoindre la voie ouverte par l’OCDE. La mise en place d’un partenariat avec le secteur privé est la voie de la raison, car elle seule est en mesure de relever le défi de la gestion économique de demain.


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